Si chevauchièrent et cheminèrent tant (les gens des Compagnies anglaises qui emmenaient prisonnière la duchesse douairière de Bourbon), par leurs journées, qu’il vinrent en Angouloime deviers le prinche qui les rechupt à grant joie. Et là fissent une requeste au dit prinche messires Jehans d’Euwrues, Hortingos, Cikos de la Salle et Bernars de Wes, qui Belleperche avoient pris et la damme tenoient pour prisonnierre, à savoir qu’il volloit qu’il fesissent de la dessus ditte damme. Li prinches de Galles, sur ceste parolle penssa un petit, et puis respondi, lui bien consilliet en soi meysmes: «Biau signeur, sans moy et mon consseil, vous le presistes: si en faittes dou sourplus ce que il vous samble que bon soit; mais je voeil, quel ordounnanche ne delivranche que vous en fachiés, que messires Simons de Burlé soit quittes de se prison et que je le raie.» Il respondirent: «Vollentiers.» Adonc empruntèrent li compaignon à monsigneur Simon de Burlée, qui estoit prisonniers à monsigneur Jehan de Buel, la tour de Broe, qui siet à quatre lieuwes de le Rocelle, et là le tinrent ung tamps bien et courtoisement, et li faisoient avoir em partie tout son estavoir. Si fu par tretiet tantost apriès ce delivrée pour le dessus dit monsigneur Simon de Burlée et six mil frans que elle paiia pour ses frès. Et si se ranchounna ossi messires Caponnés de Caponval, li chevaliers franchois qui avoit aporté l’apiel au prinche de par les seigneurs de Gascoingne, et qui fu pris et emprisonnés en Penne en Aginois. Si revint en Franche, mès li clers qui fu pris avoecq lui, mourut en prison.

Ossi se ranchounnèrent messires Loeys de Saint Juliien et Caruel, qui avoient estet pris au pont de Luzach des gens monsigneur Jehan Camdos, si comme vous avés chy dessus oy; mais li escuier Jakes de Saint Martin, qui li donna le cop de le mort, morut des playes qu’il eut, assés tost apriès en le chité de Poitiers... Fo 167 ro.

En ce tamps, estoient en grant tretiet de pais ou de gerre li rois de Franche et li rois de Navarre pour aucunnes terres que li rois de Navarre demandoit à avoir et à tenir ou royaumme de Franche. Si s’en ensonnioient, par cause de moiien, li comtes de Salebruche et messires Guillaummes de Dormans. Tant fu parlementé et allé de l’un à l’autre que on les acorda; car on remoustra au roy de Franche qu’il valloit mieux qu’il se laiast à dire et aucune [cose] aller du sien qu’il ewist gerre à son serourge le roy de Navarre, car il avoit gerre assés as Englès. Si descendi li roys de Franche à l’opinion de ses gens et pardounna au roy de Navarre son mautalent, et vint li dessus dis rois à Paris où il fu grandement festiiés.

Assés tost apriès, fu acordés li mariaiges de madammoiselle Jehanne de Franche, qui fu fille au roy Phelippe et de la roynne Blanche, serour au roy de Navarre, au fil le roy Pierre d’Aragon, et fu mout honnerablement envoiiée celle part, car elle estoit ante dou roy de Franche. Si s’en volloit li rois acquitter, ensi qu’il fist, moult grandement; mès elle trespassa sour le cemin: Dieux en ait l’anme!

Or revenrons as chevauchies que li signeur de Franche missent sus, et coumment et par où il entrèrent en Acquittainne. Fo 172 vo.

P. [223], l. 11: en ce parti.—Ms. A 8: en ce pais. Fo 330.

P. [223], l. 17: ensonniier.—Ms. A 8: embesoingnier.

P. [223], l. 18: usé.—Ms. A 8: aprins.

P. [223], l. 30: Burlé.—Ms. A 8: de Burlé.

P. [224], l. 7: s’ensonniièrent.—Ms. A 8: s’embesoingnièrent.