[81] Au commencement de 1368, Louis, duc d’Anjou, à qui l’empereur Charles IV avait cédé en 1365 ses droits sur le royaume d’Arles, résolut de profiter de la présence de Bertrand du Guesclin et de l’absence de Jeanne, reine de Naples et comtesse de Provence, pour les faire valoir; dans les premiers jours de mars de cette année, il passa le Rhône et envahit la Provence (Dom Vaissete, Hist. de Languedoc, IV, 335).

[82] Bertrand du Guesclin assiégea Tarascon du samedi 4 mars au lundi 22 mai 1368. Après une résistance de deux mois et demi, la ville se rendit au duc d’Anjou (Thalamus parvus, p. 382). C’est pendant ce siége que Bertrand leva une contribution de guerre de 5000 florins sur les habitants d’Avignon et du Comtat (Arch. Nat., sect. hist., L 377). Par une bulle datée de Montefiascone le 1er septembre suivant, le pape Urbain V, indigné de cette vexation, donna l’ordre à l’official d’Avignon de faire le procès de «Bertrandus de Clerquino, comes de Longavilla, Nolyus Pavalhanus ac Parvus Meschinus, Bosonietus de Pau et Petrinus de Savoye, capitanei cujusdam gentis armigere atque detestabilis et perverse, que Societas appellatur.» Arch. de Vaucluse, série B-7 (registre des hommages de la Chambre apostolique).

[83] Le lundi après la Trinité tomba en 1368 le 5 juin. Lionel, duc de Clarence, dont la suite se composait de 457 serviteurs, parmi lesquels figurait Froissart, et de 1280 chevaux, s’arrêta à Paris, du dimanche 16 au jeudi 20 avril 1368 (Grandes Chroniques, VI, 251 et 252). Le prince anglais passa aussi quelques jours à Bourg en Bresse où Amédée VI, comte de Savoie, faisait alors sa résidence (Arch. de la Côte-d’Or, B 9292 et 9293; Invent., III, 398).

[84] Les Compagnies, congédiées par le prince d’Aquitaine au retour de son expédition en Espagne à la fin de 1367, se répandirent d’abord en Auvergne et en Berry. A l’entrée du mois de février 1368, le gros de ces bandes passa la Loire à Marcigny-les-Nonnains (aujourd’hui Marcigny, Saône-et-Loire, arr. Charolles, sur la rive droite de la Loire, près de Semur). Ces brigands restèrent quelque temps en Mâconnais. Ils entrèrent ensuite en Bourgogne, dans le duché; mais le défaut de vivres les força bientôt d’évacuer cette région, le duc Philippe ayant eu soin de faire tout mettre en sûreté dans les forteresses (Grandes Chroniques, VI, 249; Arch. Nat., JJ 115, no 66). Ils envahirent l’Auxerrois où ils s’emparèrent des églises fortifiées de Cravant et de Vermanton (JJ 122, no 221; JJ 111, no 355).

[85] A Cravant, la Grande Compagnie se divisa en deux bandes. Tandis que l’une de ces bandes, composée de huit cents hommes d’armes anglais, passait l’Yonne et entrait en Gâtinais, l’autre bande, où l’on comptait environ quatre mille combattants et dix mille pillards, femmes et enfants, passait la Seine, l’Aube et s’établissait en Champagne où elle occupait Épernay, Fismes, Coincy-l’Abbaye, Ay (Gr. Chron., VI, 250; JJ 100, no 24; JJ 104, nos 192, 211, 226).—Le samedi 18 mars 1368, la Grande Compagnie mit le siége devant le fort de Villiers-Saint-Benoit (Yonne, arr. Joigny, c. Aillant), au bailliage de Cepoy, qui se racheta après huit jours de résistance au prix de 300 livres (JJ 99, no 594).

[86] Olivier, sire de Clisson, envoyé par Charles V contre les Compagnies qui infestaient la Beauce et la Sologne (JJ 111, no 72; JJ 103, no 209), fit son mandement entre Tours et Vendôme en mai 1368. Jean de Mombrun, de Tours, qui prit part à cette expédition sous Robert de Beaumanoir, commit sur la route un grand nombre de vols (JJ 122, no 150).

[87] Froissart donne par erreur à cette princesse le prénom d’Isabelle, qui était celui d’une de ses sœurs morte sans alliance. Arnaud Amanieu, sire d’Albret et vicomte de Tartas, se maria à Marguerite de Bourbon, l’une des sœurs cadettes de la reine de France, par contrat passé le 4 mai 1368 (Hist. généal., I, 300; VI, 210, 211; VIII, 445). Cf. tome VI de cette édition, p. XCVI, note 345, et les Archives historiques de la Gironde, I, 157 à 159.

[88] L’édit fut promulgué à Angoulême le 26 janvier 1368 (n. st.). Par cet édit, Édouard, prince d’Aquitaine, fixa la taille de la monnaie pour cinq ans, à raison de 61 livres pour le marc d’or et de 5 livres 5 sous pour le marc d’argent, et fit diverses autres concessions, en considération d’un impôt que les trois États de Guyenne, réunis à Angoulême, avaient permis d’établir pour cinq ans sur tous les feux de la principauté, a raison de 10 sous par feu et par an. Archives de Bordeaux, I, 173 à 177.

[89] Jean Harewell, évêque de Bath et de Wells, chancelier du prince d’Aquitaine, obtint d’Édouard III des lettres de non-préjudice, le 28 novembre 1368 (Rymer, III, 852 et 853).

[90] Jean Chandos arriva à Saint-Sauveur-le-Vicomte vers la fin de mai 1368 (Delisle, Hist. du château et des sires de Saint-Sauveur; preuves, p. 147). Nous apprenons par un article d’un registre des revenus du roi de Navarre en Normandie, que Ferrando d’Ayenz, lieutenant du captal de Buch à Cherbourg, fit abattre un certain nombre de pièces de gibier dans la forêt de Brix pour fêter la venue du vicomte de Saint-Sauveur. «Pour despenz de pluseurs archiers qui furent par trois jours es forests de Bris chassier et prendre venaisons, en esté l’an LXVIII, pour la venue de messire Jehan Chandos qui ou pais de Costentin devoit venirBibl. Nat., ms. fr. no 10367, fo 130 vo.—Du reste, Chandos, comme nous l’établirons plus loin, ne passa guère que cinq mois, et non un an, en basse Normandie.