[100] Montiel était une riche commanderie de Saint-Jacques, dont le gouverneur, nommé Garci Moran, était un des vieux serviteurs de don Pèdre. «E aquella noche el alcayde del castillo de Montiel, que era un Caballero de la Orden de Santiago Comendador de Montiel, que decian Garci Moran, que era Asturiano, él é los suyos vieron grandes fuegos á dos leguas del logar de Montiel, é ficieron saber al Rey Don Pedro que parescian grandes fuegos á dos leguas del castillo donde él estaba, é que catase si eran de sus enemigos.» Ayala, 1369, cap. VI.—Les feux, dont il est question dans ces lignes d’Ayala, étaient les torches portées par l’avant-garde de du Guesclin. C’est pour n’avoir pas tenu compte de l’avis de Garci Moran que don Pèdre fut surpris et vaincu devant Montiel.
[101] L’affaire de Montiel, qui fut une surprise plutôt qu’un combat, ne fut au contraire nullement sanglante. «E en esta batalla non morieron de los del Rey Don Pedro omes de cuenta, salvo un Caballero de Cordoba que decian Juan Ximenez; é la razon porque pocos morieron fué porque los unos posaban en las aldeas, é non eran llegados á la batalla; é los otros que y eran recogieronse con el Rey al castillo de Montiel.» Ayala, 1369, cap. VI.
[102] Froissart s’est trompé grossièrement en assignant à l’affaire de Montiel la date du 13 août 1368. «E fué esta batalla miercoles catorce dias de marzo deste dicho año (1369), á hora de prima.» Ayala, 1369, cap. VI.—Cette date est exacte de tout point: en 1369, le 14 mars est tombé un mercredi.
[103] Don Pèdre essaya de s’échapper la nuit du 23 mars 1369, dix jours après le combat de Montiel. D’après le récit d’Ayala, fort différent de celui de Froissart, don Pèdre, par l’entremise d’un de ses chevaliers, Men Rodriguez de Senabria, l’un des tenanciers de la seigneurie de Trastamare, naguère racheté par Bertrand du Guesclin à Bernard de la Salle au prix de 5000 florins, don Pèdre, dis-je, aurait fait proposer à Bertrand de lui donner en héritage Soria, Atienza, Almazan, Monteagudo, Deza, Moron et de plus 200 000 doubles castillanes d’or, si le chevalier breton consentait à le tirer d’affaire et à le mettre en lieu sûr; et du Guesclin, après avoir communiqué à don Enrique les ouvertures de Men Rodriguez, aurait attiré don Pèdre hors du château en feignant de se rendre à ses propositions (Ayala, 1369, cap. VIII; Chronicon Briocense, dans dom Morice, Preuves de l’Hist. de Bretagne, I, 46; Thalamus parvus, p. 383).
[104] Cet Yvon de Lakouet était entré au service du roi de France le mercredi 26 avril de l’année précédente, et Olivier de Mauny s’était porté garant des engagements pris par son compatriote, ainsi qu’il résulte de l’acte suivant: «Sachent tuit que je Olivier de Mauny, chevalier, ay promis par la foy de mon corps et juré et jure aus sains ewangiles de Dieu que, ou cas où messire Yon de Lacouet, chevalier de Bretaingne, mouvroit ou feroit Compaingnes ou assemblées de gens ou royaume de France pour grever ou dommager ycellui, aporterai dommage par moy et de tout mon povoir au dit messire Yon et à ses aliez, par toutes les voyes et manières que je pourré, si tost et incontinant que par le roy nostre sire ou ses gens en seray acertenez...; et, pour ce tenir et non venir contre ou enfraindre, je, à la requeste du dit messire Yon, me establis pleiges envers le roy nostre sire soubz l’obligacion de tous mes biens meubles et heritages à justicier par toute justice. Donné en tesmoing de ce soubz mon seel le mercredi XXVIe jour d’avril l’an mil CCCLX et huit.» Arch. Nat., J 621, no 72.—Charles V avait raison de prendre ses sûretés en enrôlant Yvon de Lakouet. Ce chef de bande était, suivant l’expression consacrée, sujet à caution, comme le prouve un acte daté de Paris en juin 1368 par lequel le roi fit grâce à un certain Guillaume Bonnet, âgé de vingt ans, originaire de Saint-Germain-du-Plain et demeurant à Chalon, qui, trois ans auparavant, s’était mis en la route et compagnie «d’un Breton nommé Lakouet et de ses gens, qui aloient ou paiz d’Espaigne, lesquelz, quant il passèrent devant la Couloinne (aujourd’hui la Colonne, hameau de Gigny, Saône-et-Loire, arr. Chalon, c. Sennecey), y mistrent et boutèrent les feus en plusieurs lieux et depuis à Brancion (aujourd’hui Brancion, Saône-et-Loire, arr. Mâcon, c. Tournus). Arch. Nat., JJ 99, no 236.
[105] Le vicomte de Rocaberti est aussi nommé par un auteur catalan anonyme dont voici le texte cité par Llaguno dans ses notes sur Ayala: «Entonces el Vizconde de Rocaberti dió un golpe de la daga al Rey Don Pedro, y le trastornó de la otra parte.»
[106] Par acte daté de Séville le 4 mai 1369, don Enrique, roi de Castille, de Tolède, de Léon, de Galice, de Séville, de Cordoue, de Murcie, de Jaen, d’Algarbe, d’Algeciras et seigneur de Molina, régnant avec la reine doña Juana sa femme et l’infant don Juan héritier des royaumes de Castille et de Léon, donna à perpétuité à «messire Bertran de Glaquen, comte de Longueville,» 1o son bourg de Molina, avec le château et l’autorisation de prendre le titre de duc de Molina, 2o le bourg de Soria avec le château, 3o le bourg d’Atienza avec le château, 4o le bourg d’Almazan avec le château, 5o Moron, 6o Monteagudo, 7o le bourg de Deza. Don Enrique ne retint que les mines d’or, d’argent et d’azur (lazulite) et le privilége de battre monnaie de sept ans en sept ans. Ces donations furent faites à la condition que du Guesclin resterait au service de don Enrique, et, après le décès du roi de Castille, au service de l’infant don Juan, son fils et héritier présomptif (Dom Morice, Preuves de l’hist. de Bretagne, I, 1628 à 1631). L’original du diplôme, dont nous venons de donner l’analyse, rédigé en castillan, se trouve aujourd’hui à la bibliothèque de la ville de Rennes à laquelle il a été légué par la dernière duchesse de Gesvres; et le texte en a été publié par M. André (Bulletin de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine, t. VII).—Le duché de Molina et tous les fiefs énumérés plus haut, ainsi que le comté de Borja donné dès 1366 par le roi d’Aragon, sont situés dans un rayon assez rapproché. Tout le monde connaît cette chaîne de montagnes, analogue à nos Cévennes, qui, des Asturies à Gibraltar, coupe du nord au sud la péninsule ibérique en deux versants très-inégaux, le versant oriental et le versant occidental. Soria se trouve sur le versant occidental de cette chaîne, tout près des ruines de l’antique Numance et non loin de la source du Duero, le seul fleuve qui arrose, avec le concours de nombreux affluents, il est vrai, la Vieille Castille et Léon. Le comté de Borja s’étendait sur le versant oriental de cette même chaîne, au bas des pentes de la Sierra Moncayo, qui sépare le Duero naissant et ses premiers affluents de la vallée de l’Èbre au milieu de laquelle s’élève, sur la rive droite, la ville de Borja, qui avait donné son nom à ce comté. La seigneurie d’Agreda, cédée par don Enrique à Olivier de Mauny, est précisément à mi-chemin de Borja et de Soria. La ville forte de Molina (auj. Molina de Aragon, prov. de Guadalajara, dioc. de Sigüenza), chef-lieu de la seigneurie de ce nom, érigée en duché en faveur de du Guesclin, est située, comme Soria, sur le versant occidental de la chaîne dont il s’agit, mais un peu plus au sud, là où commence la vallée du Tage ou plutôt de son premier affluent le Gallo; elle commandait par conséquent la route qui met Saragosse en communication avec Tolède, c’est-à-dire l’Aragon avec la Nouvelle Castille, la Manche et l’Estramadure. En 1375, Bertrand du Guesclin vendit le comté de Borja à l’archevêque de Saragosse, moyennant le prix de 27 000 florins d’or (Arch. de l’Archevêché de Zaragoza, d’après une communication de M. le marquis de Santa Coloma).
[107] La ville d’Agreda, cédée à Olivier de Mauny, fait aujourd’hui partie, ainsi du reste que presque toutes les seigneuries données à du Guesclin, de la province de Soria.
[108] Lionel, duc de Clarence, né à Anvers le 29 novembre 1338, fit son testament le 3 octobre 1368 et mourut le 17 de ce mois. La rumeur publique ayant attribué à un empoisonnement la mort de ce prince, marié depuis quelques mois seulement à Yolande Visconti, Édouard Spencer, qui avait accompagné Lionel en Lombardie et en Piémont, entreprit de le venger, prit en main les intérêts du défunt contre le duc de Milan et reçut à cette occasion, au mois de décembre 1368, les félicitations ainsi que les remercîments du roi d’Angleterre. Kervyn, Œuvres de Froissart, XVIII, 489, 490.