[141] Arch. Nat., JJ 100, nos 171 à 173.

[142] Au commencement de 1369, Beraud, comte dauphin d’Auvergne, se racheta moyennant 12 000 nobles d’or, et, par acte daté de Souvigny, le 4 juillet de cette année, Louis, duc de Bourbon, comte de Clermont, se porta garant du payement de cette somme. Rymer, III, 816, 817, 875.

[143] Le payement de la rançon de Jean de Châtillon, comte de Porcien, n’était pas encore définitivement réglé le 28 octobre 1375. Rymer, III, 1043.

[144] Nous sommes en mesure d’indiquer dès maintenant le cas fortuit auquel Froissart fait allusion. En 1374, Bertrand du Guesclin négocia et obtint la mise en liberté de Mathieu II du nom, seigneur de Roye et de Germigny, otage en Angleterre depuis 1360, à condition que le dit Mathieu donnerait Marie, sa fille unique, en mariage à Alain de Mauny, neveu à la mode de Bretagne du connétable de France. Anselme, Hist. généal., VIII, 9 et 10.

CHAPITRE XCV

[145] Par acte daté de Paris le 5 février 1369 (n. st.), Charles V institua Jean, duc de Berry et d’Auvergne, son lieutenant général pour le fait de la guerre ès parties de Berry, d’Auvergne, de Bourbonnais, de Forez, de Sologne, de Touraine, d’Anjou, du Maine, de Normandie, d’entre les rivières de Seine et de Loire, de Mâconnais et de Lyonnais, excepté les fiefs du duc de Bourgogne ès pays de Lyonnais, et lui donna pouvoir d’assembler des gens d’armes pour résister aux Compagnies qui étaient sur le royaume et à tous autres. Arch. Nat., sect. adm., P 2294, fo 730.

[146] Dès la fin de 1368, la région de la Touraine, contiguë au Poitou, avait beaucoup à souffrir du voisinage des garnisons anglaises. L’imprenable forteresse de Loches, mise en bon état de défense par Enguerrand de Hesdin quelques années auparavant, était le grand refuge des malheureux habitants de cette région, comme on le voit par un acte daté de Paris en décembre 1368, où Charles V autorise la création d’un marché à Loches le lundi de chaque semaine, considérant que «nonnulli patriote et alii in multitudine copiosa affluerint in eadem tempore periculoso, et ipsorum quidam in ipsa sepius morentur ad evitanda pericula que sepe eveniunt in illa patria prope metas cujuscumque frequentant plures nostri malivoli.» Arch. Nat., JJ 99, no 280.

[147] Ce brave chevalier était originaire de la Marche. Le 20 février 1369 (n. st.), Charles V le chargeait, ainsi que Troullart de Maignac, de «certaines grans et secrètes besongnes» pour l’accomplissement desquelles il faisait donner à ces deux chevaliers une somme de 2000 francs d’or. «Sachent tuit que nous Loys de Saint Julian et Troullart de Maignac, chevaliers, confessons avoir eu et receu de François d’Aunoy, receveur sur le fait des aides ordenez pour la provision et defense du royaume ès cité et diocèse de Paris, la somme de deux mille frans d’or lesquelz le roy nostre sire nous a fait bailler comptant par le dit receveur pour certaines grans et secrètes besongnes touchans le bien et prouffit du roy nostre dit seigneur et du dit royaume. Desquelz deux mille frans nous nous tenons à bien payez et en quittons le dit seigneur, ycelui receveur et touz autres à qui quittance en appartient. En tesmoing de ce, nous avons scellé ceste quittance de nostre seel commun ouquel sont les noms et l’emprainte des armes esquartelées de nous deux ensemble, qui fu faicte l’an mil ccclx huit, le xxe jour de fevrier.» Bibl. Nat., Titres scellés de Clairambault, vol. 62, fo 4799, au mot Julien.

[148] Si Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes (château situé à Pressigny-le-Petit, Indre-et-Loire, arr. Loches, c. du Grand-Pressigny), chevalier et chambellan du roi de France, guerroya sur la frontière du Poitou, ce ne put être que pendant la seconde moitié de 1369, car diverses montres de la première moitié de cette année établissent la présence de ce chevalier à Alençon le 28 janvier, à Saint-Lo le 15 mars et à Saint-Omer le 12 juin (Bibl. Nat., Titres scellés de Clairambault, au mot Bordes). Toutefois, la situation du domaine des Bordes, si rapproché de la Roche-Posay, rend cette participation de Guillaume Guenaut à la guerre du border poitevin très-vraisemblable. Les Guenaut étaient en outre seigneurs du Blanc (auj. chef-lieu d’arr. du dép. de l’Indre) dont le château, situé sur les confins du Berry et du Poitou, était alors occupé par les Anglais. Le château du Blanc ne fut repris par les Français sous la conduite de Jean de Villemur que dans les premiers jours de février 1370 (Arch. Nat., JJ 100, no 290).

[149] Jean de Kerlouet, écuyer, originaire de Plévin au diocèse de Quimper (auj. Côtes-du-Nord, arr. Guingamp, c. Mael-Carhaix; d’après la carte de l’état-major, il y a encore un hameau de Kerlouet en Plévin), était âgé de trente-cinq ans lorsqu’il déposa à Angers le 5 novembre 1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois. Ancien serviteur et partisan dévoué du mari de Jeanne de Penthièvre, Kerlouet avait accompagné Bertrand du Guesclin dans sa première expédition en Espagne, et c’est au retour de cette expédition, en 1368, qu’il commença à guerroyer contre les Anglais sur la frontière du Poitou: «Item, quando iste (Jean de Kerlouet) et multi alii regressi sunt de Yspania in societate Bertrandi de Guesclin, iste et alii socii, numero duodecim bellatorum vel circiter, iverunt in equitatu versus Salmurum ubi inimici sui erant, ut dicebatur. Et dum fuerunt prope Salmurum, invenerunt inimicos suos quasi numero duodecim bellatorum. Et cum iste et socii aliquem capitaneum non haberent et inimicos assalire vellent, petiverunt unus ab altero qualem clamorem levarent, et proclamaverunt sanctum Carolum et victoriam obtinuerunt.» Dom Morice, Preuves de l’hist. de Bretagne, II, 19 et 20.—Dans les quittances auxquelles Jean de Kerlouet a apposé son sceau (l’écu, soutenu par un homme armé, porte un cor de chasse accoté de trois merlettes), le nom de cet écuyer breton est écrit tantôt Karalouet (quittance des 20 avril et 12 septembre 1371), tantôt Karelouet (quittance du 23 avril 1371), tantôt enfin Kaierlouet (quittance du 4 octobre 1371). Bibl. Nat., Titres originaux, au mot Karalouet et Titres scellés de Clairambault, tome LXII, fo 4819.—Le plus beau titre de Jean de Kerlouet, ce sont les lignes suivantes du testament de Charles V daté du château de Melun en octobre 1374: «Item, voulons que pareillement soient achetées trente livres de rente pour fonder une chapelle pour Caralouet, où plus profitablement pourra estre fait au regart de ses amis.» Arch. Nat., J 153, no 17; K 50, no 10, fo 3.—Il importait d’autant plus de bien établir ici l’individualité de Jean de Kerlouet qu’on a confondu récemment (Œuvres de Froissart, XX, 546, au mot Charuel) cet écuyer breton avec l’un de ses compatriotes, Even Charuel, chevalier, et l’un des héros du combat des Trente. On est allé jusqu’à dire, pour justifier cette identification, qu’Even était l’équivalent de Jean. Nous ne prendrions pas la peine de relever de telles méprises, si elles n’émanaient d’un savant dont le nom, entouré d’un prestige légitime, pourrait les faire accepter de confiance.