[131] Le 24 novembre 1368, Charles V fit l’avance de 12 000 francs d’or à Taleyrand de Périgord, et, le 28 de ce même mois, de 40 000 fr. d’or, au comte de Périgord, pour les frais de la guerre contre le roi d’Angleterre (Delisle, Mandements de Charles V, p. 240 à 242).

[132] La plupart de ces chefs de Compagnie étaient Bretons. L’un d’eux, Alain de Taillecol, surnommé l’abbé de Malepaye, qui prend le titre d’écuyer du roi dans une quittance datée d’Angers le 2 avril 1366 (n. st.), (Hay du Chastelet, Hist. de Bertrand du Guesclin, p. 341 et 342), occupait alors (Arch. Nat., JJ 109, no 192) le fort de Breviande, en Sologne (aujourd’hui ferme de la Ferté-Hubert, Loir-et-Cher, arr. Romorantin, c. Neung).

[133] Par acte daté de Westminster, le 30 octobre 1368, Édouard III accorda des lettres de sauf-conduit aux comtes de Tancarville et de Saarbruck, à maître Guillaume de Dormans, chevalier, et à Jacques le Riche, doyen de Paris, qui se rendaient en Angleterre avec une escorte de cent chevaux (Rymer, III, 850). Le 24 décembre suivant, Charles V envoyait encore en Angleterre un de ses huissiers de salle porter des fromages de France à sa «très chiere et amee suer la royne d’Angleterre.» Delisle, Mandements de Charles V, p. 245, no 483.—Le 27 décembre, une somme de mille francs d’or par mois était allouée au comte de Tancarville pour ses frais de voyage et de séjour en Angleterre.

[134] Que le roi de France ait fait porter par un de ses valets de cuisine un défi à son adversaire d’Angleterre, cela est dépourvu de vraisemblance, et rien n’est plus contraire à tout ce que l’on sait du caractère de Charles V. Quoi qu’il en soit, les deux rois se préparèrent ouvertement à la guerre dès les premiers mois de 1369.

[135] Guillaume de Seris, que la Rochelle avait député vers le roi de France, à Calais, avec quatre autres bourgeois, le 15 août 1360 (Chroniques de J. Froissart, VI, XVII, note 67), institué avec Jean Chandos, le 20 juillet 1366, gardien des terres et seigneuries situées en Poitou et Saintonge, et cédées par le duc d’Orléans à Thomas de Wodestok, l’un des fils d’Édouard III (Rymer, III, 794), encore fidèle au parti anglais à la date du 14 juin 1367 (Delpit, Documents français en Angleterre, p. 127), fut gratifié par Charles V, en mai 1371, de 1000 livrées de terre ou de 1000 livres parisis de rente annuelle et perpétuelle, pour s’être rallié au parti français, «cum dilectus et fidelis miles et consiliarius noster Guillelmus de Seris, primus presidens in parlamento nostro Parisiensi, habita noticia nostri juris et justicie in guerra quam Eduardus Anglie et princeps Wallie primogenitus suus, cujus erat consiliarius, nobis noviter suscitarunt, spretis honoribus quibus se gaudebat attolli et commodis omnibus, et dimissis possessionibus et bonis suis quibuscumque, mobilibus et immobilibus, que sub dictorum hostium nostrorum dominio possidebat, ad nos accedens, nostre se submiserit obediencie, nobis et nostris se offerens serviturum....» Arch. Nat., sect. hist., JJ 102, no 272.—Douze jours avant la reddition de la Rochelle, par acte daté de son château du Bois de Vincennes, le 27 août 1372, le roi de France donna à Guillaume de Seris, chevalier, son conseiller, premier président en son Parlement, «pour ce que liberalment s’est soubmis à nostre obeissance, en cognoissant le droit qui nous appartient en la duché de Guienne», une maison appelée la maison de Fessac, sise à la Rochelle et confisquée sur Jean de Ludent, prêtre anglais et receveur de Saintonge. JJ 103, no 237.—Guillaume de Seris, institué premier président du Parlement, avant le mois de mai 1371, mourut à Lyon au retour d’un voyage à Rome le 3 octobre 1373, et le Parlement assista en corps à ses obsèques qui furent célébrées à Paris le 23 novembre suivant; il est mentionné comme mort dans un mandement en date du 28 décembre 1374, relatif à un don de 200 francs fait à son neveu Étienne Poissonart, huissier d’armes de Charles V, «pour consideration des services que nous fist en son vivant nostre dit conseiller, oncle du dit Estienne.» Delisle, Mandements de Charles V, p. 564.—En supposant exact pour tout le reste le récit de Froissart, Guillaume de Seris ne serait donc resté à l’abbaye de Cluny que deux ans tout au plus, et non cinq ans.

[136] Le 26 avril 1369, Édouard III renvoya cinquante pipes de vin que Charles V lui avait fait porter en Angleterre et présenter par un des officiers de son échansonnerie nommé Jean Eustache (Rymer, III, 864). Cet envoi de vin, qui put paraître au roi d’Angleterre une sorte de bravade et de provocation dérisoire en présence des préparatifs de guerre ouverte que l’on faisait dès lors de l’autre côté du détroit (Delisle, Mandements, p. 255, no 507), n’aurait-il pas donné lieu à la legende du défi rapportée plus haut, et le «Johannes Eustachii, pincerna regis Franciæ», ne serait-il pas le «valet de cuisine breton» dont parle Froissart?

[137] A la nouvelle des préparatifs maritimes du roi de France, l’opinion publique, en Angleterre, fut tellement excitée contre les otages français, qu’Édouard III dut défendre, le 26 avril 1369, de leur faire outrage, menace ou violence (Rymer, III, 864).

[138] Le 9 mars 1369, le roi d’Angleterre donna l’ordre à Henri Lescrop, gouverneur de Calais, Merck, Oye, Sangate, Hames, Audruicq, Guines, Ardres, et à Nicolas de Louvain, gouverneur et sénéchal du Pontieu, en résidence à Abbeville (Rymer, III, 812), de mettre en bon état de défense les forteresses confiées à leur garde (Ibid., 862).

[139] Le dimanche 29 avril 1369, Abbeville et Rue se rendirent à Charles V et ouvrirent leurs portes à Hue de Châtillon, maître des arbalétriers de France. Le comté de Pontieu tout entier était redevenu français dans la première quinzaine de mai, à l’exception de Noyelles (auj. Noyelles-sur-Mer, Somme, arr. Abbeville, c. Nouvion) où les Anglais parvinrent à se maintenir (Grandes Chroniques, VI, 271 et 272). Aussi, la plupart des priviléges, qui furent alors accordés aux bourgeois d’Abbeville, en récompense de leur soumission spontanée, sont-ils datés de ce même mois de mai 1369. Ordonn., V, 177. Delisle, Mandements, nos 541 et 542. Arch. Nat., JJ 100, nos 8, 167, 169, 189, 212, 213, 219, 228, 517.

[140] Nicolas de Louvain avait deux maisons: l’une à Rue, l’autre à Abbeville «devant les Flos Saint Sepulcre», qui furent toutes les deux confisquées en mai 1369. Arch. Nat., JJ 100, nos 502, 611.