Que ma cote ne fait, c’est fait évidamment

(vers 17227 et 17228).

Le trouvère ajoute qu’aussitôt après la prise de Soria, Bertrand consentit à suivre le maréchal d’Audrehem et se mit en route pour la France. Il est certain que du Guesclin se trouvait dans sa ville de Soria le 26 avril 1370, jour où le duc de Molina, comte de Longueville, seigneur de Soria et de la Roche-Tesson, assigna en viager à son cousin Alain de Mauny la seigneurie d’Anneville (Seine-Infér., arr. Dieppe, c. Longueville), autrefois donnée à feu Guillaume du Guesclin son frère (dom Morice, Preuves de l’hist. de Bretagne, I, 1638 et 1639).

[291] Bertrand du Guesclin, duc de Molina, comte de Longueville et de Borja, était encore à Borja le 26 juin 1370, jour où il donna à son cousin Alain de Mauny la seigneurie de Ricarville (Seine-Inf., arr. Dieppe, c. Envermeu) relevant du comté de Longueville (Bibl. de l’Arsenal, fonds des Belles-Lettres, ms. fr. no 168; copies du 16e siècle sur parchemin reliées à la suite du poëme de Cuvelier). Borja, qui faisait alors partie du royaume d’Aragon, est une petite ville située sur la rive droite de l’Èbre (d’où, pour le dire en passant, la célèbre famille des Borgia a tiré son nom modifié par la prononciation et l’orthographe italiennes); et en supposant que Bertrand se soit mis en route pour la France dans les derniers jours de juin, il ne put guère arriver à Toulouse avant la mi-juillet 1370. Louis, duc d’Anjou, de son côté, arrivé à Toulouse le 11 de ce mois, dut se mettre en campagne le 15, car, dès le lendemain 16, il datait un acte de Grenade-sur-Garonne (dom Vaissete, Hist. de Languedoc, IV, 345) et, le 18, un autre acte, de Beaumont (auj. Beaumont-de-Lomagne, Tarn-et-Garonne, arr. Castelsarrazin), où il fit halte dans sa marche sur Moissac.

[292] Bertrand de Guesclin, duc de Molina et comte de Longueville, était à Moissac le 26 juillet 1370 et donna quittance dans cette ville de 6800 francs d’or à valoir sur une somme de 25 320 francs qu’il avait prêtée au duc d’Anjou (Bibl. Nat., Titres originaux, au mot du Guesclin). On connaît aussi un certain nombre d’actes délivrés par Louis, duc d’Anjou, à Moissac, dont trois sont datés des 28 (Arch. Nat., JJ 163, no 117), 31 juillet (Ordonn., VI, 403, 404) et 1er août (JJ 102, no 243; JJ 156, no 260) 1370. D’après la chronique provençale du Thalamus parvus, Moissac se rendit au duc d’Anjou le 23 de ce mois: «Item, lo XXIII jorn de julh (1370), se rendit lo luoc de Moyssac e motz autres entorn al dit mossenhor lo duc.» Thalamus parvus, p. 384.—Les comtes d’Armagnac, de l’Isle-Jourdain, de Montlezun ou de Pardiac, le vicomte de Caraman, le sire de Beaujeu, Jean de Vienne, les seigneurs de Vinay, de la Barthe, de Puycornet et de Malauze, apposèrent leurs signatures au bas de la capitulation accordée à Moissac (dom Vaissete, IV, 345).

[293] Agen avait fait sa soumission dès le mois de février 1370, et c’est alors et non, comme le raconte Froissart, à la fin de juillet, que le duc d’Anjou alla prendre possession de cette ville, du moins pour la première fois, au nom du roi de France; il accorda, entre autres faveurs, aux habitants une exemption perpétuelle de contributions, aux consuls le droit de justice en matière criminelle, l’établissement d’un hôtel des monnaies; et il profita de son voyage à Paris pour faire confirmer ces priviléges à Vincennes le 18 mai suivant (Ordonn., XV, 636). Toutefois, il est certain que le duc d’Anjou, une fois maître de Moissac, se rendit à Agen; il était dans cette ville le 8 août, jour où il fit payer 238 francs d’or à Antoni Doria, cher, «pour avoir fait venir du pais de Gennes et de Savoie les arbalestriers en nostre service et pour les conduire au duché de Guienne en notre compaignie et sequelle.» Bibl. Nat., Titres originaux, au mot Doire ou Doria.—Dès le 31 janvier de cette année, il avait envoyé messire Jean de Chantemerle, licencié en lois, institué juge mage d’Agenais, tenir garnison à Condom, sur les confins de cette sénéchaussée (Bibl. Nat., Quitt., XVIII, 836). Par acte daté de Toulouse le 4 février suivant, il avait donné pouvoir à son cher cousin le comte d’Armagnac «de luy transporter en ou devant la ville d’Agen et par toutes les aultres villes, forteresses, chasteaux et lieux de l’Agenois, et toutes aultres qu’il saura non estre obeissans à monseigneur et à la couronne de France, et de induire et requerir les nobles, consuls et habitans,» afin de les amener à faire leur soumission (Ibid., fonds Doat, 197, fos 78 et 79).—Le mois suivant, les services rendus par Geraud de Jaulin, cher, «in multis, arduis et magnis actibus» avaient été récompensés par la donation des bastides de Sainte-Maure (auj. Sainte-Maure-de-Peyriac, Lot-et-Garonne, arr. Nérac, c. Mézin) et de Boulogne (auj. Saint-Pé-de-Boulogne ou Saint-Pé-Saint-Simon), «que sunt de conquesta terrarum Aquitanie.» Arch. Nat., JJ 102, no 335.—Enfin, au commencement du printemps, les deux plus puissants seigneurs de cette région, Arnaud Amanieu, sire d’Albret, beau-frère du roi de France, et son frère Berard d’Albret, seigneur de Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne, arr. et c. Marmande), étaient entrés en campagne dans la partie orientale de la sénéchaussée d’Agenais et dans le Bazadais où le sire d’Albret avait brillamment inauguré cette levée de boucliers par la prise de Bazas (Arch. Nat., JJ 100, no 889). Pendant ce temps, Puymirol (Lot-et-Garonne, arr. Agen; JJ 100, no 784), Villeneuve-d’Agen (JJ 102, no 104), suivant l’exemple donné pendant la première moitié de 1369 par Nérac, Casteljaloux, Mézin et un certain nombre d’autres localités de l’Agenais oriental (Bibl. de l’École des Chartes, XII, 105; JJ 100, no 744), plus récemment par Agen et par Penne (JJ 102, no 104), Puymirol, dis-je, et Villeneuve-d’Agen avaient fait leur soumission. Dans le courant de juillet, une rencontre avait eu lieu près d’Aiguillon entre les Anglais et les Français (voyez plus bas, note [295]), et le 26 de ce mois, Charles V, à la fois pour récompenser Berard d’Albret et pour l’encourager, avait donné à ce chevalier Monségur (Gironde, arr. la Réole), Sauveterre en Bazadais (auj. Sauveterre-de-Guyenne, Gironde, arr. la Réole), Sainte-Foy en Agenais (auj. Sainte-Foy-la-Grande, arr. Libourne), la prévôté d’Entre-deux-Mers, en Bordelais, «lesquelles choses tiennent et occupent à present noz ennemis et rebelles» JJ 100, no 670.—Il ressort de ce rapide exposé que les hostilités étaient ouvertes dans l’Agenais longtemps avant l’arrivée du duc d’Anjou; mais ce prince, qui connaissait le prestige irrésistible du nom de du Guesclin, encore accru par les événements dont l’Espagne venait d’être le théâtre, n’en tint pas moins à faire une apparition à Agen en compagnie du célèbre capitaine et aussi du vicomte de Caraman (JJ 102, no 116). Il ne fit pour ainsi dire que passer dans cette ville, car il se rendit ensuite dans le Périgord, principal objectif de l’expédition, et notamment à Sarlat où sa présence pendant la première quinzaine d’août est attestée par une lettre de rémission (JJ 101, no 139); dès le 18 de ce mois, il était de retour à Toulouse (Bibl. Nat., Titres originaux, au mot Doria), après avoir passé par Gourdon (JJ 151, no 198) et par Cahors d’où il a daté plusieurs actes (Ordonn., V, 353, 354; JJ 100, no 608; K 166b, no 222).

[294] Lot-et-Garonne, arr. Agen, au nord-ouest d’Agen, sur la rive droite de la Garonne. La bailie du Port-Sainte-Marie ne fut définitivement soumise qu’au mois d’août 1372 (Arch. de Lot-et-Garonne, Compte de la sénéchaussée d’Agenais du 24 juin 1372 au 24 juin 1374, communiqué par mon savant confrère, M. Tholin).

[295] Lot-et-Garonne, arr. Agen, c. le Port-Sainte-Marie, au nord-ouest du Port-Sainte-Marie, sur la rive gauche du Lot, près de son confluent avec la Garonne. Par acte daté de Moissac le 31 juillet 1370, Louis, duc d’Anjou, donna 2000 francs d’or à Pierre Raymond de Rabastens, sénéchal de Toulouse, capitaine général en Agenais, pour l’aider à payer sa rançon, lequel Pierre Raymond avait été fait prisonnier en dernier lieu par les ennemis auprès d’Aiguillon (Bibl. Nat., Titres originaux, au mot Rabastens). D’où l’on peut conclure que les opérations des Français, commandés par Pierre Raymond de Rabastens, contre Aiguillon, avaient commencé avant l’arrivée du duc d’Anjou en Agenais, et probablement même avant l’entrée en campagne de ce prince et de Bertrand du Guesclin. Le seigneur de Montpezat reconquit la bailie d’Aiguillon et s’en fit céder les revenus par le duc d’Anjou en juillet 1372. C’est aussi la date de la réduction complète des bailies de Penne (soumise le 12 septembre 1372), de Castelnaud et Saint-Pastour, de la Gruère (soumise par Jean de Caumont, le 24 août 1372), de Castelseigneur (soumise par Bertrand du Fossat, fils d’Amanieu), de Monflanquin (soumise en septembre 1372 par Jean de Durfort), de Miramont (soumise le 20 septembre 1372), de Sainte-Livrade (soumise en septembre 1372). Arch. de Lot-et-Garonne, Compte précité de la sénéch. d’Agenais.

[296] Lot-et-Garonne, arr. Marmande, au nord-ouest d’Aiguillon, sur la rive droite de la Garonne. C’est seulement en août 1372 que Guillaume Ferréol remit en l’obéissance du roi de France la bailie de Tonneins, dont le duc d’Anjou l’autorisa à percevoir les revenus (Ibid.). Contrairement à l’opinion du très-savant historien de Marmande, M. Tamizey de Larroque (Notice sur Marmande, Villeneuve-sur-Lot, 1872, p. 53), il nous est impossible de placer vers 1369 l’occupation de cette ville par les Français. Sans doute, Charles V, par acte daté de Paris le 28 janvier de cette année, «tesmoing le seel de nostre secret mis en ceste cedule», donnait à Othon de Lomagne 600 livres de rente annuelle et viagère sur le péage de Marmande (Arch. Nat., JJ 100, no 793); mais dans une confirmation par Louis duc d’Anjou, à Toulouse, au mois d’avril suivant, de la donation d’une rente annuelle de 220 livres sur le péage de Marmande, faite par Jeanne de Périgord à Anissant des Pins, chevalier, seigneur de Taillebourg, on constate que la dite ville de Marmande est encore au pouvoir des Anglais, «ex eo quia villa de Marmenda est adhuc in obediencia principis Aquitanie», JJ 102, no 134.—D’un autre côté, Marmande avait été repris par les Français avant le 12 novembre 1371, jour où les gens des Comptes mandèrent au sénéchal et receveur d’Agenais de faire payer à Anissant des Pins «emolumentum dicti pedagii», Bibl. Nat., Doat, 197, fo 24 vo.—Par acte daté d’Agen en juillet 1372, le duc d’Anjou donna la seigneurie de Gontaud (Lot-et-Garonne, arr. et c. Marmande) au fameux routier Gassion ou Garcia du Castel, «qui est venus humblement japieça à l’obeissance de mon dit seigneur et de nous», Arch. Nat., JJ 104, no 356.—Dans le compte de la sénéchaussée d’Agenais, qui va du 24 juin 1372 au 24 juin 1373, on trouve ce même Garcia du Castel en possession du château et du péage de Marmande, tandis que Garcia de Jusix tient la bailie du même lieu, en vertu d’une donation viagère faite par le duc d’Anjou (Arch. de Lot-et-Garonne, ibid.). Aussi, lorsqu’au mois d’août 1373, Charles V assigna au sire d’Albret: 1o les château et ville de Marmande, comme assiette de 4000 livres de rente; 2o la terre de Caumont, comme assiette de 2000 livres de rente, données au dit sire dès le 19 novembre 1368, Arnaud Amanieu se vit disputer la jouissance de la bailie par Garcia de Jusix, et celle du péage par Garcia du Castel (Arch. Nat., J 474, no 5; JJ 105, no 67). Le 18 avril 1374, ce dernier fut remplacé, comme châtelain de Marmande, par Arnaudot de Podensac, écuyer (J 400, no 68). Le 3 mars précédent, le sire d’Albret avait fait hommage par-devant notaires au roi de France pour cette seigneurie (J 477, no 5 bis), hommage qui fut renouvelé et prêté personnellement, le lendemain 4 mars, par Arnaud Amanieu (J 477, no 6).

[297] Dordogne, arr. Bergerac, au nord d’Agen, sur la route qui va de cette ville à Sarlat et dans le Périgord oriental.