(vers 17115 à 17117).

Bertrand était encore occupé au siége de Tolède lorsqu’il reçut le premier messager, «un escuier d’onnour bel et puissant» (Ibid., p. 122, vers 16883 à 16946). Il travaillait à faire rentrer dans le devoir un certain nombre de vassaux révoltés de son duché de Molina lorsqu’un nouveau message lui fut apporté par Jean de Berguette:

Là vint un chevalier, où moult ot courtoisie,

Monseigneur de Berguettes ot non...

(vers 17125 et 17126).

L’Artésien Jean de Berguette, capitaine de Vatteville (auj. Vatteville-la-Rue, Seine-Infér., arr. Yvetot, c. Caudebec), fut en effet avec l’Aragonais François de Périllos, le Comtois Jean de Rye et le Breton Yvon de Keranbars, l’un des quatre agents diplomatiques qui prirent part aux négociations avec le roi de Castille et furent envoyés en Espagne pendant les années 1368 et 1369. Le 8 juin 1369, Jean de Berguette, cher, chambellan du roi de France, et Yvon de Keranbars, huissier d’armes du dit roi, étaient présents dans le palais de Tolède lorsque don Enrique, roi de Castille et de Léon, signa certains articles additionnels et interprétatifs du traité d’alliance conclu au siége devant Tolède le 20 novembre de l’année précédente (Hay du Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 324). A cette date, il y avait déjà plusieurs mois que la guerre était rallumée, notamment en Guyenne ainsi qu’en Picardie, et Charles V put très-bien charger Jean de Berguette d’inviter le comte de Longueville à rentrer en France. S’il fallait en croire Cuvelier (Ibid., p. 134 à 136), le cinquième messager (le trouvère ne nomme pas les deux autres), dépêché auprès de du Guesclin, n’aurait été autre que le plus ancien compagnon d’armes du chevalier breton, le vieux maréchal d’Audrehem lui-même:

Li vint le mareschal d’Odrehan le preudon

(vers 17212).

Au moment de l’arrivée du maréchal, Bertrand était venu renforcer Jean et Alain de Beaumont, ses neveux, qui avaient mis le siége devant Soria; car ce bourg, donné par don Enrique au célèbre capitaine français, n’en refusait pas moins de reconnaître celui-ci comme son seigneur. Le duc de Molina répondit d’abord avec une certaine brusquerie qu’il avait à faire ses affaires avant de se charger de celles du roi de France:

Mais ma chemise m’est plus prez certainement