[338] «Fortuna eos (il s’agit des doyen et chanoines de la cathédrale de Limoges) capi per dictos inimicos permisit et sic omnia bona et jocalia ipsius ecclesie una cum suis propriis perdiderunt, et eos redimi oportuit quasi ultra posse,» lit-on dans un privilége du 27 janvier 1372 (n. st.) où Charles V soustrait les chanoines de Limoges à toute autre juridiction que celle du Parlement de Paris, pour les dédommager de ce qu’ils ont souffert pour la cause française (Arch. Nat., JJ 104, no 287). Le prince de Galles, de son côté, affectant de rejeter sur l’évêque seul toute la responsabilité de la reddition de Limoges, avait fait grâce au chapitre de cette ville par acte daté de Bordeaux le 10 mars 1371 (Arch. dép. des Basses-Pyrénées, fonds de la vicomté de Limoges, série E); mais les chanoines durent trouver cette clémence un peu tardive.
[339] On fit grâce de la vie à Jean de Cros, évêque de Limoges, mais non de sa rançon, au payement de laquelle le roi de France contribua, le 4 février 1371, pour une somme de 100 francs (Gall. Christ., II, 534). Jean de Cros était le cousin du pape Grégoire XI qui le fit cardinal dans un conclave tenu six mois après son élection, le 6 juin 1371 (Vit. pap. Avenion., I, 427). Le massacre de Limoges avait soulevé dans toute la chrétienté une réprobation générale, et l’élection de Grégoire XI elle-même, qui eut lieu le 30 décembre 1370, environ trois mois après ce massacre, doit être considérée comme une sorte de protestation du sacré collége contre la conduite barbare du prince de Galles. Pierre Roger, dit le cardinal de Beaufort, n’avait pas encore, au moment de son élection, reçu la prêtrise (il ne fut ordonné prêtre que le 4 janvier 1371), mais il était originaire de ce Limousin livré alors à la vengeance d’un vainqueur impitoyable, il était le cousin de cet évêque de Limoges que le prince de Galles avait voulu faire mettre à mort, il était enfin le propre frère de ce Roger de Beaufort, le beau-frère de ce Hugues de la Roche, l’oncle de ce Jean de la Roche, tombés aux mains des Anglais après avoir défendu Limoges avec tant d’héroïsme; et les membres du sacré collége obéirent sans aucun doute à l’une des plus nobles inspirations de l’esprit chrétien en donnant, dans de telles circonstances, leurs suffrages à Pierre Roger.
[340] De nombreux actes attestent que Charles V n’eut rien plus à cœur que de dédommager, autant qu’il était en son pouvoir, les habitants de Limoges de ce qu’ils avaient souffert pour la cause française. Non content d’avoir réuni inséparablement leur ville à la Couronne, il les mit, le 2 janvier 1372, en possession du château (Ordonn., V, 439, 443). Le 27 du même mois, il autorisa les doyen et chanoines de Limoges à faire construire pour leur usage une forteresse, entièrement distincte et indépendante de la cité proprement dite, afin de pouvoir s’y renfermer et s’y défendre au besoin contre l’ennemi (Arch. Nat., JJ 104, no 263; Ordonn., V, 446, 447). Enfin, le 16 juin 1376, il décida que les affaires de l’église et de l’évêque de Limoges ne pourraient être jugées que par le Parlement de Paris (Ordonn., VI, 204).
[341] Les provisions de l’office de connétable de France, vacant par la démission de Robert, sire de Fiennes, dit Morel, en faveur de Bertrand du Guesclin, duc de Molina et comte de Longueville, sont datées de Paris en l’hôtel Saint-Pol le mercredi 2 octobre 1370 (Mém. de la Chambre des Comptes coté D, fo 101, cité par Blanchard, Compil. chronol., p. 155). On lit dans un acte, en date du 5 de ce mois, que du Guesclin fut pourvu de cet office sur l’avis du grand Conseil du roi et d’une assemblée de prélats, de nobles, de bourgeois et d’habitants de Paris: «par la deliberation et advis de nostre grant Conseil et de plusieurs prelas, nobles, bourgoiz et habitans de nostre bonne ville de Paris, avons ordenné de mettre sus sans delay certaine provision pour la deffense de nostre dit royaume, pour laquelle briefment executer et mener à bonne et desiderable conclusion, avons, par la dicte deliberation et advis, fait et establi nostre connestable de France, nostre amé et feal Bertran du Guesclin.» (Arch. Nat., sect. hist., K 49, no 52.)
VARIANTES
[342] Le manuscrit d’Amiens donne ici la charte que nous avons publiée tome VI, § 480, p. 27 à 33.
[343] Voyez ci-dessus § [602], p. 87 à 91.
TABLE.
Entrée du prince de Galles en Espagne.—1367, 6 janvier. Naissance à Bordeaux du prince Richard, depuis Richard II.—Du 10 au 29 janvier. Concentration de l’armée anglaise à Dax; arrivée du duc de Lancastre; occupation de Miranda et de Puente-la-Reina; entrevue de don Pèdre, du prince de Galles et du roi de Navarre, à Peyrehorade.—Du 14 au 20 février. Passage des Pyrénées et du défilé de Roncevaux par les trois corps de l’armée anglaise.—13 mars. Arrestation concertée du roi de Navarre par Olivier de Mauny.—Reddition de Salvatierra à don Pèdre et arrivée des Anglais devant Vitoria; défaite de Thomas Felton; mort de Guillaume Felton.—Mouvement rétrograde de l’armée anglaise; passage à Laguardia, à Viana; occupation de Logroño et de Navarrete.—1er avril. Lettre du prince de Galles à don Enrique.—2 avril. Réponse de don Enrique campé à Najera. —Sommaire, p. [I] à [XII]. —Texte, p. [1] à [31]. —Variantes, p. [259] à [279].