[328] Le duc de Berry, prévoyant cette colère du prince de Galles, avait envoyé, le jour même où il prit possession de Limoges, c’est-à-dire le 22 août 1370, cinq messagers au prince de Galles, sans doute pour assumer toute la responsabilité de la reddition et en décharger, autant que possible, les habitants de cette ville: «A cinq messagiers envoiés en Angolmois pourter lettres de par mon dit seigneur au prince de Gales..., par la main Ymbaut du Peschin, par mandement du dit seigneur donné le XXIIe jour du dit mois (d’août 1370): randu à court: XXX livres tournois.» KK 251, fos 39 vo et 40.
[329] Jean de Cros avait tenu sur les fonts du baptême un des enfants du prince d’Aquitaine. Le 27 août, le duc Jean, retournant du Limousin en Berry, fut rejoint à Felletin (Creuse, arr. Aubusson), par un écuyer qui lui remit, de la part de l’évêque de Limoges, une lettre où cet infortuné prélat le priait sans doute de ne pas abandonner les habitants de sa ville épiscopale (KK 251, fo 27 vo); mais le futile et égoïste prince passait ses journées à jouer aux dés avec ses chambellans, et la veille même il avait déboursé quarante livres tournois, pour «raimbre» ou racheter ses patenôtres de corail, mises en gage à la suite d’une dette de jeu (Ibid., fo 18). Il n’était pourtant pas incapable d’un bon mouvement, ainsi que l’atteste le touchant article de compte suivant: «A un pauvre enffant de village qui fu trouvés tout seul en l’oustel où mon dit seigneur se lougha à Saint Denis du Chastel (auj. hameau de la Courtine, Creuse, arr. Aubusson, c. Felletin): LX sous.» Ibid., fo 27.—Le 14 septembre, le jour même où le prince de Galles mit le siége devant Limoges, le duc de Berry envoya Bertrand du Montail porter une lettre, où il devait faire appel à la clémence d’Édouard en faveur des assiégés. Ibid., fo 40.
[330] Le dimanche 22 septembre 1370, Robert Knolles et ses gens vinrent camper vers Mons (auj. Athis-Mons) et Ablon (Seine-et-Oise, arr. Corbeil, c. Longjumeau), et le mardi 24, ils se rangèrent en bataille entre Villejuif et Paris. Quoique Paris eût alors une garnison de 1200 hommes d’armes, Charles V refusa de faire donner ses troupes. Les Anglais mirent alors le feu à Villejuif, à Gentilly, à Cachan, à Arcueil, à l’hôtel de Bicêtre, et allèrent loger, ce même mardi, au soir, à Antony. Puis, dès le lendemain, ils levèrent leur camp et se dirigèrent vers la Normandie, à travers la Beauce (Gr. Chron., VI, 324, 325). Le jeudi 26, ils étaient déjà dans les environs de Gallardon (Arch. Nat., JJ 100, no 911), et le dimanche 29, un de leurs détachements saccageait la paroisse Saint-Gervais de Séez (Bibl. Nat., Quitt., XVIII, 1054). On voit par les registres du chapitre de Notre-Dame, qu’avant de s’éloigner des environs de Paris, ils avaient prélevé de fortes rançons sur Orly, Itteville et presque tous les villages de cette région (Arch. Nat., LL 210, fos 527, 532, 586).
[331] Par acte daté de Paris le 9 juillet 1369, Jeanne de Penthièvre, vicomtesse de Limoges, avait donné la vicomté de Limoges à Charles V (Arch. Nat., J 242, no 51); mais cet acte était de pure forme et destiné à permettre au roi de France d’arracher le Limousin aux Anglais. Charles V, par une contre-lettre secrète, de même date que l’acte précédent, déclarait la dite donation non avenue, et s’engageait à restituer intégralement à sa cousine, Jeanne de Penthièvre, et à ses héritiers, la vicomté de Limoges (Arch. départ. des Basses-Pyrénées, série E, no 137). Cette importante contre-lettre a été signalée et publiée pour la première fois par dom Plaine (Jeanne de Penthièvre, Saint-Brieuc, 1873, p. 44 à 46).
[332] Divers documents mentionnent la soumission de Saint-Yrieix, au roi de France, dès le milieu de 1370 (Ordonn., VI, 242; Arch. Nat., JJ 114, no 146). On sait même, par un autre document, qu’à cette date des Bretons y tenaient garnison (Arch. Nat., JJ 109, no 386).
[333] Bertrand ne fit qu’une très-courte apparition sur les confins du Limousin et du Périgord; le 30 août 1370, il était à Montauban où le duc de Molina, comte de Longueville et de Soria, donna quittance de 10 000 francs d’or, pour ses gages et ceux des gens d’armes de sa compagnie servant en Guyenne, «tant en la compaignie du dit monseigneur le duc (d’Anjou) comme autrement, estant ès frontieres de Limosin et autre part ou dit duché de Guienne, où le dit monseigneur le duc a ordenné estre en frontiere contre les ennemis du royaume.» Bibl. Nat., Titres originaux, au mot du Guesclin.—Le 14 septembre suivant, du Guesclin était de retour à Toulouse où le duc de Molina, comte de Longueville, seigneur de Soria, donna quittance de 3000 francs d’or pour ses gages et ceux des gens d’armes «estans du comandement du dit monseigneur (le duc d’Anjou) avec nous et en nostre compaignie ou pais de Perregueurs et sur le pais d’Angoulesme.» Ibid.—La chevauchée de Bertrand sur les confins du Périgord, du Limousin et de l’Angoumois, se place ainsi entre le 30 juillet, date d’une quittance de 1500 francs d’or donnée à Toulouse, et le 30 août suivant, date d’une autre quittance de 10 000 francs, délivrée à Montauban et analysée dans les lignes qui précèdent. D’ailleurs, dans un acte daté de Poitiers le 9 août 1372, du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, fait allusion à sa campagne de 1370, sur les confins du Limousin, et rappelle qu’il avait rallié au parti français les trois frères Jean, Aimeri et Rouffaut de Bonneval, «du pays de Limousin, en la vicomté de Limoges, pour lors que nous venismes d’Espaingne.» Arch. Nat., JJ 109, no 64.
[334] Le siége de Limoges ne dura pas un mois, mais seulement six jours, du 14 au 19 septembre 1370. «Item, aquel an meteyss (1370), a XIX jorns del mes de setembre, fon preza et destrucha la cuitat de Lymotges per lo princep de Galas loqual y avia tengut seti per alcun temps petit.» Thalamus parvus, p. 385.
[335] Hugues de la Roche était marié à Dauphine de Beaufort, l’une des filles de Guillaume Roger, comte de Beaufort, et de sa première femme Marie de Chambon, et par conséquent l’une des sœurs de Roger de Beaufort et du cardinal de Beaufort, élu pape à la fin de cette même année sous le nom de Grégoire XI (Anselme, Hist. généal., VI, 317).
[336] Roger de Beaufort, émancipé par son père le 26 mars 1361 (n. st.), était le troisième fils de Guillaume Roger, comte de Beaufort, IIe du nom, et de Marie de Chambon; Guillaume Roger, comte de Beaufort, IIIe du nom, et Pierre Roger, né en 1339, qui allait bientôt devenir le pape Grégoire XI, étaient ses aînés (Anselme, Hist. généal., VI, 316). Le 25 septembre 1371, Grégoire XI intercéda auprès d’Édouard III pour la mise en liberté de son frère, prisonnier de Jean de Grailly, captal de Buch (Rymer, III, 923). Les démarches du pontife restèrent sans résultat, puisque Roger de Beaufort et son neveu, Jean de la Roche, étaient encore prisonniers des Anglais le 27 juin 1375 (Ibid., 1033, 1034) et le 27 mai 1377 (Ibid., 1078).
[337] «Civitas Lemovicensis capta fuit cum omnibus in ea existentibus, tam incolis quam aliis, qui pro sui tuitione ad eam confugerant, ac multis nobilibus viris qui pro ejus succursu et adjutorio illuc advenerant; fuit que demum totaliter demolita et destructa ac ædificia ejus ad terram prostrata, et exinde effecta inhabitabilis et deserta, sola ecclesia cathedrali dumtaxat remanente.» Baluze, Vitæ pap. Avenion., I, col. 392.