[247] Après son départ de Rouen, le roi s’arrête à Compiègne, où il convoque vers le milieu d’avril (Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 148) les trois États de la province de Reims, qui ne lui accordent pas entièrement ce qu’il désire (Chronographia, t. III, p. 32). Il demande alors aux Parisiens sur quelle aide il peut compter de leur part. Le sire de Couci part de Meaux, où est le roi (20 avril), pour chercher une réponse. Paris offre 12,000 francs pour les besoins personnels du roi. Le 18 mai, une conférence a lieu à Saint-Denis entre les représentants du roi, à la tête desquels se trouve le président au Parlement Arnaud de Corbie, et ceux de la ville, dirigés par l’avocat Jean Desmarès. Moyennant une amnistie générale remontant au 1er mars et la renonciation à toute aide, la ville accorde au roi une taille de 80,000 francs (le Religieux de Saint-Denis dit 100,000), dont 12,000 pour le roi et 8,000 pour les réparations de la ville; les 60,000 autres, destinés à la solde des gens de guerre, doivent rester entre les mains d’un receveur spécial (Chronographia, t. III, p. 36-37). «Et par ce furent pour lors paix et accort entre le roi et eulx» (Chr. des Quatre Valois, p. 302). Le roi, mécontent de cette solution, ne fit son entrée à Paris que le 1er juin et se hâta d’aller ensuite à Maubuisson (p. 303).

[248] L’émeute de Rouen précéda celle de Paris et commença le lundi 24 février, jour de la Saint-Mathias, «pour ce que le roy et son conseil revoudrent avoir toutes les aides comme devant» (Chronique de Pierre Cochon, p. 163), et dura trois jours, pendant lesquels il y eut «infractions de prisons, maisons rompues, murtres, larrecins, monopoles, conspiracions, assemblées, sons de cloches, portes fermées, pors d’armes, crimes de lese majesté, infractions de sauvegarde, sacrileges et infractions d’eglises et lieux saints, et autres maulx et inconveniens» (Arch. nat., JJ 122, fol. 56 vº). Les Rouennais, ayant à leur tête un drapier du nom de Jean le Cras (Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 130), obtiennent par la force du chapitre de Notre-Dame et des religieux de Saint-Ouen le renoncement à leurs droits (Ibid., p. 164-165; Chr. des Quatre Valois, p. 298), puis envoient demander au roi des lettres de rémission. Le roi part de Vincennes le 17 mars et séjourne à Pont-de-l’Arche du 23 au 27 (Petit, Séjours de Ch. VI, p. 13). Avant de faire une entrée triomphale à Rouen, il fait mettre à mort les plus compromis des émeutiers et déposer toutes les armes au château, puis, proclamant son pardon, il entre dans la ville le samedi 29, veille des Rameaux, et y reste jusqu’au 6 avril, jour de Pâques. Le maire de la ville est suspendu et sa mairie mise entre les mains du bailli de Rouen (Chr. de Pierre Cochon, p. 166). «Le roy estant à Rouen, fut par les barons et prelas et bourgois de Normendie acordée l’imposicion eu cas que les autres provinces du royaume de France l’acorderoient» (Chr. des Quatre Valois, p. 301).

[249] Les hésitations du duc d’Anjou furent grandes avant de se décider à aller en Italie. Malgré la prise d’Arezzo par Charles de la Paix, que le pape Urbain avait reconnu roi de Sicile, malgré les appels de la reine Jeanne (4 juin 1381), qui lui promettait de le faire couronner roi dès son arrivée en Italie (Bibl. nat., coll. Dupuy 845, 2e partie, fol. 26), malgré l’entrée à Rome (8 juin) de Charles, qui se fait couronner par Urbain et s’empare de Naples (16 juillet), le duc attend toujours, «illam guerram arripere trepidans» (Chronographia, t. III, p. 15 et 20). Dans un conseil du roi tenu à Créci les 26-28 juillet (Journal de Jean le Fèvre, p. p. H. Moranvillé, t. I, p. 8), il avait été alloué au duc 60,000 francs sur les aides; le roi lui donnait de plus 50,000 francs en pièces d’argenterie, «subsides auxquels il convient de joindre 32,000 francs que Louis s’était appropriés à la mort de son frère» (Valois, La France et le grand schisme d’Occident, t. II, p. 14-15). Décidé pour le moment à envoyer des secours pécuniaires à la reine Jeanne (Journal de Jean le Fèvre, t. I, p. 9-10), il apprend le 25 septembre qu’assiégée dans Castel Nuovo, elle s’est rendue à Charles de la Paix après la défaite de son mari, Othon de Brunswick; tout le pays, devenu urbaniste, s’est soumis au nouveau roi (Valois, La France et le grand schisme, t. II, p. 11-12). Le duc semble renoncer à ses projets définitivement; mais, à la fin d’octobre, il cherche à se renseigner auprès du pape sur les dispositions des Provençaux à son égard; enfin, le 8 janvier 1383, il s’engage à risquer l’entreprise malgré tout et envoie à Avignon son chancelier Jean le Fèvre (Journal de Jean le Fèvre, t. I, p. 11-14).

[250] Avant de partir pour l’Italie, le duc d’Anjou avait essayé, mais en vain, de contracter une alliance avec les Bolonais, les Florentins et les Génois. Ses ambassadeurs avaient été plus heureux avec les Visconti de Milan. Un projet de mariage avait été ébauché entre Louis, fils aîné du duc d’Anjou, et une des filles de Bernabo. Ce dernier s’engageait à payer pendant six mois la solde de 2,000 lances, commandées par un de ses fils. Même réussite auprès d’Amédée, comte de Savoie, auquel le duc abandonnait sur son futur royaume le Piémont et quelques villes. Le comte, en échange, suivait le duc en Italie avec 1,200 lances (Valois, La France et le grand schisme, t. II, p. 29-35).

[251] La majeure partie des troupes recrutées par le duc d’Anjou se composait des «gens d’armes de Bertram du Guesclin, qui encore se tenoyent ensemble» (Ist. et ch. de Flandre, t. II, p. 173).

[252] Les fiançailles d’Édouard, et non de Jean, fils du comte de Cambridge, avec la princesse Béatrice, furent solennellement célébrées. Couchés dans le même lit, suivant la coutume anglaise, ils furent bénis par l’évêque de Lisbonne et reçurent le serment de fidélité des nobles de Portugal (D. Nuñez, Cronicas, t. II, p. 321).

[253] Les troupes anglaises se livrèrent à Lisbonne à des excès et à des désordres sans nombre; se conduisant en hommes qui viendraient, non pas défendre le pays, mais le ruiner, ils pillaient les villes et violaient les femmes (F. Lopes, dans la Collecâo de libros ineditos de José Correa de Serra, t. IV, p. 413). Le roi de Portugal chercha alors à les éloigner; il aurait voulu les voir s’établir sur les rives de la Guadiana, à la frontière même; mais ils restèrent à Villa Viçosa, où ils continuèrent à exaspérer les populations, qui ne pouvaient se venger d’eux qu’en cachette (D. Nuñez, t. II, p. 323-324).

[254] Portugal, prov. d’Alentejo.

[255] Portugal, prov. d’Alentejo, près de la frontière d’Espagne.

[256] Après la prise d’Almeida, le roi de Castille était venu à Coca. Le 9 décembre 1381, il est à Madrigal; le 31 à Avila (Ayala, t. II, p. 155).