Réponse de Philippe, datée d’Audenarde, 20 octobre 1382[408]: il s’étonne que son souverain seigneur, le roi de France, veuille aujourd’hui s’interposer en faveur de la paix, alors qu’il ne lui a pas répondu naguères sur le même sujet. Aucun traité n’aura lieu tant que toutes les villes et forteresses de Flandre ne seront pas ouvertes au peuple flamand; jusque-là, tous les messagers seront emprisonnés. P. [275] à [278], [392], [393].

Cette lettre est confiée à un écuyer d’Artois qui avait été fait prisonnier. Il la remet, à Tournai, à l’évêque de Laon et aux autres commissaires royaux, qui la communiquent au prévôt et aux jurés de la ville. P. [278] à [280], [393].

Voulant ne pas trop s’aliéner les gens de Tournai, Philippe leur écrit quelques jours après (23 octobre), pour leur dire qu’il désire vivre toujours en bonne amitié avec eux, qu’il regrette de ne pouvoir encore mettre en liberté les messagers, mais qu’il accorde toute facilité aux marchands pour trafiquer et passer par les Flandres. P. [280] à [282], [393], [394].

Cette lettre est apportée à Tournai par un valet de Douai; elle est lue en présence des commissaires royaux, qui conseillent aux gens de Tournai de ne pas répondre aux avances des Gantois, de crainte de mécontenter le roi de France et le duc de Bourgogne. Trois jours après, les commissaires retournent à Péronne[409] auprès du roi et de ses oncles. P. [282], [283], [394].

La veille, le comte de Flandre était arrivé pour plaider sa cause et faire hommage du comté d’Artois, qu’il venait d’hériter de sa mère. L’orgueil des Flamands et leur désir de s’allier aux Anglais décident le roi à soutenir les droits de son nouveau vassal[410].

Le comte retourne à Hesdin, et le roi appelle à Arras tous les gens d’armes du royaume[411]. P. [283] à [285], [394], [395].

Le comte s’occupe des vivres nécessaires à l’armée royale[412]. Le roi arrive à Arras[413], où le comte le rejoint; en recevant son hommage[414], il lui promet de le secourir en Flandre. P. [285], [286], [395].

Bien qu’il affecte de se moquer des entreprises du jeune roi de France, Philippe d’Artevelde n’en appelle pas moins à Audenarde le seigneur d’Herzeele pour le remplacer, tandis qu’il part pour Bruges et Ypres[415]. Craignant que les Français ne traversent la Lys, il charge Pierre du Bois de garder le passage de la rivière à Commines[416] et Pierre de Wintere de défendre le pont de Warneton, avec ordre de rompre les ponts d’Estaires[417], de la Gorgue[418], de Merville[419] et autres jusqu’à Courtrai. Philippe pense ainsi empêcher le roi de France de pénétrer en Flandre, jusqu’à l’arrivée des troupes anglaises, qui ne saurait tarder. P. [286] à [288], [395], [396].

Un certain nombre de chevaliers et écuyers de la garnison de Lille, 120 hommes environ, tentent, sous la direction du Hase de Flandre, de faire une chevauchée. Ils passent la Lys à Menin[420] et dévastent la ville, tuant et chassant tout devant eux; mais au retour, assaillis par les paysans, ne pouvant se servir du pont qui s’est brisé, ils perdent, tant tués que noyés, plus de 60 des leurs, sans parler des blessés[421], parmi lesquels il faut compter Jean de Jeumont. Le châtelain de Bouillon et Bouchard de Saint-Hilaire[422] sont tués; Henri de Duffle[423] se noie. P. [288] à [291], [396], [397].

Tandis que Pierre du Bois démolit le pont de Commines, Philippe apprend à Ypres la défaite des Français et s’en réjouit. Pendant cinq jours, il harangue le peuple, lui faisant entrevoir l’appui de l’Angleterre, et, confiant dans la fidélité des habitants, il retourne au siège d’Audenarde en passant par Courtrai, où il se repose deux jours. P. [291], [292], [397].