[2] Après avoir ravagé les environs de Paris à la fin de septembre 1370 (voy. t. VII, sommaire, p. CVII, note 316), le gros de l’armée de Robert Knolles s’était certainement avancé dans la direction de Vendôme, en passant par Chartres et Châteaudun. Dans les premiers jours du mois de novembre, les Anglais étaient arrivés dans le Vendômois «le jour de la Toussains derrain passée, lit-on dans une lettre de rémission datée de Paris en mai 1371, environ le temps que Robert Canole, Engloiz, et ses adherenz noz ennemiz estoient ou pays de Vendomoys» (Arch. Nat., section hist., JJ 109, no 15, fo 128). Robert Knolles paraît avoir employé la plus grande partie du mois de novembre à s’emparer d’un certain nombre de petites places situées dans la vallée du Loir, vallée qu’il suivait pour se rendre du Vendômois à son château de Derval en Bretagne. Chemin faisant, il occupa successivement Ruillé (auj. Ruillé-sur-le-Loir, Sarthe, arr. Saint-Calais, c. la Chartre-sur-le-Loir), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame de Vaas (Vaas, Sarthe, arr. la Flèche, c. Mayet) (Bibl. de l’Arsenal, fonds des Belles-Lettres, ms. fr. no 168; Arch. Nat., J 179B, no 12; KK 241, fo 1; JJ 109, no 15), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame du Loroux, aujourd’hui écart de Vernantes, Maine-et-Loire, arr. Baugé, c. Longue (Bibl. Nat., collection de dom Housseau, à la date du 8 janvier 1371, n. st.) et la ville du Lude (Sarthe, arr. la Flèche). Nous disons la ville, et non le château du Lude, car une lettre de rémission du mois de septembre 1371 établit que ce château, défendu par Guillaume de Meron, résista à toutes les attaques des Anglais (Arch. Nat., JJ 103, no 214). Quoi qu’en dise Froissart, il paraît peu probable que Robert Knolles, pour gagner la Bretagne et son château de Derval, ait pris la route du Mans par où il savait peut-être que le corps d’armée rassemblé par Du Guesclin devait s’avancer à marches forcées pour le rejoindre; menacé d’être acculé entre le connétable de France, au nord, et Jean de Beuil, lieutenant de Louis, duc d’Anjou, au midi, le capitaine anglais dut s’échapper à l’ouest dans la direction de la Flèche, de Sablé et de Château-Gontier; c’était du reste la route la plus directe qu’il pût suivre pour se rendre à Derval.
[3] Pendant les semaines qui précédèrent la journée de Pontvallain, Bertrand du Guesclin ne tint point garnison au Mans, et Olivier de Clisson n’occupa point une forteresse voisine du Mans, comme le raconte Froissart. Deux documents, indiqués dans une des notes précédentes, établissent que, le 6 novembre et le 1er décembre 1370, le connétable de France était encore à Caen. Bertrand dut quitter cette ville dans la journée du dimanche 1er décembre et ne put guère arriver au Mans que le surlendemain mardi, dans l’après-midi du 3. Là, il apprit que l’arrière-garde de Robert Knolles, forte d’environ 600 combattants et placée sous les ordres de Thomas de Granson, était encore à Mayet (Sarthe, arr. la Flèche), gros bourg situé à une dizaine de lieues au sud du Mans. Ce fut pour barrer la route aux Anglais et les écraser au passage que Bertrand, après avoir fait au Mans une simple halte, alla coucher avec sa troupe en un lieu que Cuvelier (II, 164) appelle le «chastel de Villé». C’est aujourd’hui Fillé (Sarthe, arr. le Mans, c. la Suze), sur la Sarthe, à quatre lieues au sud du Mans dans la direction de Pontvallain et de Mayet.
[4] Jean de Menstreworth figure parmi les onze chevaliers anglais qui, par acte daté de Westminster le 10 juillet 1370, jurèrent de servir fidèlement dans l’expédition projetée en France sous Robert Knolles, Alain de Buxhull, Thomas de Granson et Jean Bourchier (Rymer, III, 897 et 898).
[5] Robert Knolles, qui se dirigeait en toute hâte vers la Bretagne pour s’enfermer dans son château de Derval, se trouvait à une grande distance du Mans au moment où Du Guesclin arriva dans le Maine pour couper le capitaine anglais de son arrière-garde et écraser cette dernière: «Le dit monseigneur Bertran, nouvel connestable, fit sa semonce des nobles et parsuy monsigneur Robert Canole, maiz le dit Canole estoit ja entré en Bretaingne.» Chronique des quatre premiers Valois, p. 208.
[6] Abbaye fondée vers le milieu du sixième siècle par saint Maur, disciple de saint Benoît, dont on voit encore aujourd’hui les ruines en la commune du Thoureil, Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes. Chassés de Saumur en 1369, Hugh de Calverly et Jean Cressewell avaient occupé et fortifié l’abbaye de Saint-Maur, d’où ils rançonnaient le pays environnant. Cf. Chroniques de J. Froissart, VII, sommaire, p. LXXXII, note 244.
[7] Pontvallain, Sarthe, arr. la Flèche, à 30 kilomètres au sud du Mans.
[8] Selon toute vraisemblance, la bataille de Pontvallain fut livrée, non le 10 octobre, mais le 4 décembre 1370. Arrivé à Fillé, à 16 kilomètres au sud du Mans, sur la route de cette ville à Angers, le 3 décembre, au soir, Bertrand fut informé pendant la nuit que les Anglais, venant de Mayet, essayaient de s’échapper par la route qui va de Mayet et de Pontvallain au Lude, afin de mettre le cours du Loir entre eux et les Français; il voulut aussitôt déjouer cette tentative en accomplissant le mercredi 4 décembre une marche forcée de nuit, de grand matin, sous une pluie battante. Cuvelier nous dit que Du Guesclin et plusieurs de ses compagnons d’armes y crevèrent leurs chevaux déjà harassés par la marche rapide des jours précédents. Après avoir traversé la petite rivière d’Aune, affluent de la rive droite du Loir, le connétable atteignit les Anglais près du «château de la Fagne», mentionné dans la Chronique normande (éd. Molinier, p. 107) et marqué sur la carte de Cassini. Poursuivi à travers la lande de Rigalet et les prairies qui bordent l’Aune un peu avant son confluent avec le Loir, l’ennemi prit la fuite dans la direction du Lude et de Vaas. Une croix en bois, dite la Croix Brette, élevée peu après l’événement à l’endroit où Du Guesclin passait pour avoir enterré ses morts, indiquait sans doute le théâtre principal de l’action. Cette croix, qui se trouvait à peu près à moitié chemin sur la route de Pontvallain au Lude, a été remplacée en 1828 par un obélisque en pierre.
[9] Loin de revenir sur ses pas et de ramener ses prisonniers au Mans, Bertrand du Guesclin donna la chasse aux fuyards jusqu’en Anjou et même au delà de la Loire; il contraignit Hugh de Calverly et Jean Cressewell à évacuer l’abbaye fortifiée de Saint-Maur-sur-Loire, moyennant, il est vrai, une assez forte rançon, pour le payement de laquelle Bertrand leva sur les marchandises passant en Loire entre Cande et Champtoceaux un subside qui se maintint jusqu’au XVIIIe siècle sous le nom de Trépas de Loire (voyez notre tome VII, sommaire, p. LXXXII, note 244). Le 6 décembre 1370, deux jours seulement après sa victoire à Pontvallain, le connétable de France était à Saumur, où il passa en revue la compagnie de Mouton de Blainville, maréchal de France (voyez plus haut, p. IV, [en note]). Il poursuivit l’ennemi jusqu’à Bressuire en Poitou (Grandes Chroniques, VI, 326; Chronique normande, p. 199; Cabaret d’Orville, éd. Chazaud, p. 27 et 28; Chronique rimée de B. du Guesclin, II, p. 178 à 185, vers 18 507 à 18 704).
[10] Les plus importants parmi ces prisonniers étaient Thomas de Granson, Gilbert Giffard, Geoffroi Worseley, Philippe de Courtney, Guillaume de Nevill et Hugh Spencer, neveu d’Édouard Spencer. La Chronique normande (p. 197) ajoute à ces noms ceux de Richard, de David de Green et de Thomas Fillefort. Sur la prise de Granson, voyez un acte de donation fait par Charles V en septembre 1371 (Arch. Nat., JJ 101, no 130).
[11] Un acte par lequel Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, donne à son frère Jean, duc de Lancastre, les château, ville et châtellenie de Bergerac, est daté de Cognac le 8 octobre 1370. Delpit, Documents français en Angleterre, p. 130 et 131.