[102] On rassembla les navires et les équipages qui devaient composer cette flotte à Harfleur du 15 avril au 15 mai 1372; le 8 mai, Charles V manda à Jean le Mareschal, receveur général des aides en Normandie, de remettre toutes les sommes dont il pourrait disposer à Jean le Mercier, trésorier des guerres, chargé de pourvoir aux frais de l’expédition (Delisle, Mandements de Charles V, p. 457). Par acte daté de Paris le 10 mai 1372, Owen de Galles, dans une charte où il revendique ses droits héréditaires et proteste contre l’occupation du pays de Galles par les rois anglais, se reconnaît redevable envers Charles V d’une somme de 300 000 francs d’or et plus «tant en gaiges de gens d’armes, d’archiers et d’arbalestriers comme en navire et en gaiges et despens de marigniers, en hernois et en autres frais, missions et despens plusieurs» (Arch. Nat., sect. hist., JJc, no 27, fo 55; publiée par M. Kervyn, Œuvres de Froissart, VIII, 435 et 436). Le 22 avril précédent, Jacques de Montmor, chevalier, et Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, qui jouèrent un rôle important dans l’expédition maritime commandée par Owen de Galles, avaient fait montre à Harfleur de 125 hommes d’armes, «lesquelz entrèrent en mer en plusieurs barges et vaisseaux pour servir le roy de France ou faict de la dicte armée» (Arch. Nat., sect. hist., J 475, no 1001). L’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois, le mieux informé de tous les chroniqueurs au sujet de cette expédition, dit que la flottille placée sous les ordres d’Owen de Galles et des frères de Montmor se composait d’environ 15 barges ou gros vaisseaux, non compris les petits navires, et qu’elle était montée par 600 hommes d’armes, sans compter les mariniers (p. 230). Ces données sont à peu près les mêmes que celles de Froissart, qui parle de 3000 combattants.
[103] Le gardien et capitaine des îles de Jersey, Guernesey, Serk et Aurigny était, à la date du 6 septembre 1371 et probablement aussi en 1372, Gautier Hewet, ce même chevalier qui guerroyait alors en Saintonge (Rymer, III, 922).
[104] Les habitants de Guernesey furent excités à la résistance par les jeunes femmes et les jeunes filles ou basselettes (diminutif de basse, jeune servante, en patois bas-normand) de l’île: «Et sachiez que jeunes femmes et les baisselettes des dictes ysles avoient en ce printemps de lors fait chapeaulx de flours et de violettes et les avoient donnés aux jeunez hommes et leur disoient que cil se devoient bien deffendre qui les avoient à amies.» Les Guernesiais se battirent si bien que plusieurs centaines d’entre eux restèrent sur le champ de bataille; en revanche, la garnison du château Cornet fit une sortie où elle tua par surprise un certain nombre de gamins de Paris enrôlés dans l’expédition lesquels s’étaient couchés et sans doute endormis devant un grand feu allumé en vue de la dite forteresse (Chronique des quatre premiers Valois, p. 230 et 231).
[105] L’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois rapporte également qu’après une descente à Guernesey la flotte française cingla vers les côtes d’Espagne. Les actes originaux confirment de point en point la version des deux chroniqueurs. On lit, en effet, dans un compte des recettes et dépenses de l’expédition arrêté à la date du 23 août 1372, que Jacques de Montmor, qui partageait avec Owen de Galles la direction des opérations, fit montre «à saint Ander le XXIIe jour de juillet CCCLXXII.» (Arch. Nat., J 475, no 1001.) On en peut conclure que la descente opérée à Guernesey par les Français eut lieu sans doute dans le courant de juin 1372, saison qui explique les chapeaux de violettes donnés par les Guernésiaises à leurs amoureux, et que la flotte placée sous les ordres d’Owen de Galles jeta l’ancre devant Santander vers le milieu du mois suivant.
[106] Une ligue offensive et défensive fut alors conclue entre Édouard III, roi d’Angleterre, et Jean V, duc de Bretagne et comte de Montfort. Cette ligue fut signée dans la chapelle royale de Westminster le 19 juillet 1372 (Rymer, III, 953 à 955). Par ce traité, Édouard III donnait à son gendre le comté de Richmond, s’engageait à envoyer en Bretagne 300 hommes d’armes et 300 archers et promettait de livrer au duc la marche d’entre Bretagne et Poitou. En retour, si le roi anglais venait en personne guerroyer au royaume de France, Jean V devait se joindre à l’expédition avec un corps d’armée de 1000 hommes d’armes dont chacun recevrait une indemnité annuelle de 160 francs.
[107] La flotte française, montée par des hommes d’armes dont Owen de Galles, Jean de Rye, seigneur de Balançon, Jacques et Morelet de Montmor étaient les principaux chefs, avait jeté l’ancre dans le port de Santander dès le 19 juillet 1372, comme le prouve l’extrait de compte qui suit: «Et par la main messire Jehan de Rye à Saint Ander le XIXe jour de juillet CCCLXXII: VIc XXXVI frans.» Cette flotte n’avait pas encore levé l’ancre le 22, puisque à cette date Jacques de Montmor fit montre à Santander: «par moustre faite et receue à Saint-Ander le XXIIe jour de juillet CCCLXXII.» (Arch. Nat., K 475, no 1001.)
[108] D’après Ayala, D. Enrique se trouvait à Burgos, comme le dit Froissart, lorsque le roi de Castille reçut la nouvelle de la victoire remportée par sa flotte devant la Rochelle ainsi que de la prise du comte de Pembroke: «E el Rey Don Enrique ovo grand placer con estas nuevas, é estovo en Burgos fasta que le enviaron alli al Conde de Peñabroch é á los Caballeros que con él fueron presos.» (Crónica del Rey D. Enrique Segundo, dans Crónicas de los Reyes de Castilla, II, 12). Ayala ajoute que les chevaliers faits prisonniers étaient au nombre de soixante-dix; outre le comte de Pembroke, le chroniqueur espagnol mentionne le seigneur de Poyanne et Guichard d’Angle, maréchal d’Angleterre ou plutôt d’Aquitaine. Après avoir été détenu pendant quelque temps au château de Curiel, Jean, comte de Pembroke, fut cédé par D. Enrique à Du Guesclin en échange des seigneuries de Soria, d’Almazan et d’Atienza, dont le connétable avait été gratifié, et en déduction d’une somme de 130 000 francs d’or à valoir sur le prix de rachat de ces seigneuries. Voy. p. XCVI, [note 299].
[109] Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant-les-Marais.
[110] Le 14 juin 1372, Bertrand du Guesclin se trouvait sans doute à Loches, car ce jour-là Jean, duc de Berry, alors de passage à Issoire, chargea Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, de porter lettres de sa part à monseigneur le connétable de France «à Loches en Thoraine» (Arch. Nat., sect. hist., KK 251, fo 88 vo).
[111] Chef-lieu d’arrondissement de la Vienne, sur la Gartempe, affluent de la rive gauche de la Creuse, à 49 kilomètres au sud-est de Poitiers.