[184] D’après Cabaret d’Orville, l’occupation par les Français de la Tour de Broue (auj. hameau de Saint-Sornin, Charente-Inférieure, arr. et c. Marennes) aurait précédé la prise du captal de Buch ainsi que la reddition de Soubise et serait par conséquent antérieure au 23 août 1372 (Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 92). Au contraire, l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois (p. 244) place cet événement, ou du moins la délivrance de la duchesse de Bourbon enfermée dans la Tour de Broue, en 1373. Il faut donner la préférence au témoignage de Cabaret d’Orville, puisque nous possédons un acte daté du 23 juillet 1372, par lequel Simon Burleigh et Nicolas Dagworth prennent l’engagement de délivrer la duchesse de captivité et de la remettre aux mains du duc de Bourbon son fils, au plus tard le 1er novembre suivant (Arch. Nat., P 13581, no 504; Huillard-Bréholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, I, 565, 566), sauf toutefois le cas où la dite duchesse serait reprise auparavant «par force d’armes». Lorsque Cabaret d’Orville et l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois affirment que la duchesse douairière de Bourbon dut sa mise en liberté à ce dernier mode de délivrance, il y a d’autant plus lieu d’ajouter foi au témoignage de ces deux chroniqueurs que le duc de Bourbon, fils de la princesse prisonnière, qui prit part depuis le commencement jusqu’à la fin à toutes les opérations de la campagne, aurait gravement démérité au point de vue de l’honneur chevaleresque et encouru le reproche de félonie si, dès le début de cette campagne, il n’avait pas fait tous ses efforts pour enlever la Tour de Broue et reprendre ainsi de haute lutte la duchesse sa mère aux aventuriers qui la détenaient. D’un autre côté, comme Simon Burleigh, par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, se reconnaît redevable d’une somme de 1000 francs d’or envers le duc de Bourbon (Arch. Nat., P 13582, no 567; Huillard-Bréholles, Titres, etc., I, 567), il se peut que cette somme représente ou bien une partie de la rançon de ce chevalier fait prisonnier en défendant la Tour, ou bien le remboursement d’un acompte déjà payé par le duc sur la rançon de sa mère, acompte qui devait donner lieu à une restitution, si, comme nous le supposons, Isabelle avait été déjà à cette date reprise par force d’armes. Enfin, il résulte d’un article de compte que, le 20 mai 1373, Owen de Galles occupait pour le roi de France la Tour de Broue (Arch. Nat., KK 251, fo 95 vo). Cette mention, rapprochée de ce que l’on sait par la Chronique des quatre premiers Valois du rôle décisif joué par ce même Owen de Galles dans l’affaire de la prise du captal de Buch, donne lieu de croire que les deux forteresses de Soubise et de la Tour de Broue, très rapprochées d’ailleurs l’une de l’autre, ont dû être recouvrées à peu près en même temps par les Français, c’est-à-dire à la fin du mois d’août 1372.

[185] Charente, arr. et c. Cognac.

[186] Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.

[187] Ainsi que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon dont Froissart a tort de le séparer ici, Du Guesclin, après la reddition de Thouars et la soumission des principaux seigneurs poitevins, se dirigea vers Paris où il fit son entrée le 11 décembre 1372, ayant dans son cortège les deux prisonniers anglais les plus importants, le captal de Buch et Thomas de Percy. Voy. plus haut, p. XLVI, [note 144].

[188] A la date du 31 août 1373, Mortagne était encore au pouvoir des Anglais, comme le prouve l’article de compte suivant: «A Berry le heraut pour faire ses fraiz et despens, en alent de Poitiers à Mortaigne convoier une quantité d’Anglois, du commandement de monseigneur (le duc de Berry), yci, par quittance donnée le darrain jour d’aoust (1373) rendue à court: XL sols.» (Arch. Nat., KK 251, fo 128).

[189] «Et celle saison (pendant les deux derniers mois de 1372), le roy de France envoia plusieurs fois messaiges grans et notables par devers le duc de Bretaigne que l’en sentoit moult favorable aux Anglois, et le fist le roy par plusieurs fois requerir que il feist son devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du roy et pair de France et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer en son pais de Bretaigne ne les conforter en aucune maniere: lequel duc respondoit toujours que ainsi le feroit.» (Grandes Chroniques de France, VI, 337.)—Au commencement de novembre 1372, Jean, duc de Berry, fit un voyage en Bretagne où le roi de France son frère l’avait chargé sans doute d’une mission diplomatique. Le 9 de ce mois, il était à Rennes d’où il envoya Guillaume Mauvinet, chevalier, l’un de ses chambellans, à Paris «devers le roi» (Arch. Nat., KK 251, fo 99 vo).

[190] Saint-Mathieu, surnommé par les Bretons Loc Mazé Pen ar Bed ou la Cellule de Saint-Mathieu Fin de Terre, est aujourd’hui un simple écart de la commune de Plougonvelin, située à l’extrémité occidentale du département du Finistère. D’après une légende, c’est l’endroit où aurait été débarqué le chef de saint Mathieu apporté d’Éthiopie par des navigateurs du Léon et où saint Tanguy fonda un monastère à l’époque mérovingienne. En réalité, l’envoi fait par Édouard III au duc de Bretagne fut seulement de 300 hommes d’armes et de 300 archers, et non de 400. Voy. plus haut, p. XXX, [en note].

[191] Du Guesclin, après avoir quitté le Poitou au commencement de décembre 1372 et avoir fait son entrée à Paris le 11 de ce mois, se trouvait encore dans cette ville le 10 janvier suivant, car ce jour-là il reçut au château du Louvre le serment de Thomas de Percy qui, mis en liberté provisoire pour aller en Angleterre recueillir l’argent exigé pour sa rançon, s’engagea, la main dans la main du connétable, à être de retour au Palais royal à Paris pour le terme de Pâques suivant ou le 17 avril 1373 (Arch. Nat., J 362, no 2). D’un autre côté, un mois ne s’était pas écoulé depuis cette prestation de serment que Bertrand était déjà retourné en Poitou. Dès le 17 février 1373, il était à Poitiers, d’où il a daté un acte par lequel il fit don à son bien amé écuyer Jean de Kerlouet des biens confisqués de Hugues Beuf, de la mère de Hugues, de Galhaut le Boucher et de Perrot de Saint-Flavet, «en remuneracion de partie des bons et agreables services qu’il a fais au roy nostre sire en ces presentes guerres, en la prise du fort de Chistré (auj. Chitré, hameau de Vouneuil-sur-Vienne, Vienne, arr. Châtellerault, sur la rive gauche de la Vienne), occupé et tenu pour le roi d’Angleterre par les dits Hugues, Galhaut et Perrot.» (Arch. Nat., JJ 104, no 87, fo 41 vo).

[192] Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux, un peu au sud de Niort et de Melle, sur la Boutonne, affluent de la rive droite de la Charente.

[193] Au commencement de 1373, la place où Jean Devereux, sénéchal anglais du Limousin, tenait le plus habituellement garnison était la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), forteresse qui commandait la route de Bourges et de Châteauroux à Limoges, sur les confins des trois provinces de Limousin, de Berry et de Poitou. Par acte daté de mai 1374, Charles V donna à une femme de la Souterraine, nommée Rose des Moulins, les biens confisqués de Laurence Lescharde, fille de la dite Rose, maîtresse de Jean Devereux, au temps où ce chevalier anglais «tenoit et occupoit ycelle ville de la Sousterraine, laquelle Lorance, par legiereté de cuer et de sa voulenté, après ce que elle eust esté par certain temps en la compaignie du dit chevalier anglois, s’est partye puis demi an ença de la dite ville et s’en est alée avecques les Anglois, afin de dédommager la dite Rose des Moulins «des dommages euz et soustenuz ou conflit et prise de la dite ville de la Sousterraine» (Arch. Nat., JJ 105, no 340, fo 183). Dès la fin de mars 1373, aussitôt après la victoire de Chizé et la reddition de Niort, Jean, duc de Berry, mit le siège devant la Souterraine (Arch. Nat., KK 251, fos 93 vo, 94; Delisle, Mandements de Charles V, p. 499, no 960). Toutefois, cette forteresse ne tomba au pouvoir des français que vers la fin de cette même année 1373.