[194] Vienne, arr. Civray. Le château de Gençay, dont il subsiste des ruines imposantes, situé un peu au sud de Poitiers, à 133 mètres d’altitude, commandait la vallée de la Cloyère, affluent de la rive droite du Clain et la route qui va directement de cette ville à Civray, à Ruffec, à Angoulême et à Bordeaux. Le 12 juin 1373, Jean, duc de Berry, comte de Poitou, fit donner 60 sous tournois à un nommé Rynant, «escuier de monseigneur le connestable de France, lequel s’estoit eschapé des Anglois de Gençay où il estoit prisonnier» (Arch. Nat., KK 251, fo 122 vo). Vers le milieu de cette année, les Français assiégeaient Gençay en même temps que Lusignan et avaient élevé des bastilles devant ces deux châteaux. Par un mandement en date du 14 juillet 1373, Jean, duc de Berry et comte de Poitou, fit sommation à un certain nombre de retardataires de payer leur quote-part d’une somme de 2000 francs d’or levée pour les frais de la bastille de devant le château de Gençay (Redet, Inventaire des archives de Poitiers, p. 312, no 1955). Le 3 octobre suivant, ce même duc de Berry, qui se trouvait à Gençay, envoya de cette ville Clément l’Enffant, l’un de ses messagers, porter une lettre au maréchal d’Auvergne (KK 251, fo 129). Le 8 du même mois, un chevalier nommé Grégoire Seys, qui tenait du roi d’Angleterre la seigneurie de Gençay, se fit donner à Bordeaux par Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, 20 arcs, 20 gerbes de flèches, 24 cordes et autres munitions destinées à la défense du dit lieu de Gençay (Arch. hist. de la Gironde, XII, 330. Cf. le sommaire du tome VII de notre édition, p. LIV, note 165). Gençay ne redevint français qu’au commencement de 1375. Par acte «donné devant le fort de Gençay» le 17 février de cette année, Bertrand du Guesclin, comte de Longueville, connétable de France, en vertu d’un traité de capitulation intervenu entre lui, d’une part, messire Dagori Sais (Gregoire ou Gregori Seys, dans le compte du contrôleur de l’artillerie de Bordeaux), seigneur de Gençay, les capitaine, connétable, receveur et autres Anglais tenant le dit fort de Gençay, d’autre part, moyennant la reddition du dit fort dans le délai fixé et à un certain terme convenu, confirma la femme et la fille du dit Dagori Sais et leurs hoirs dans la possession et la jouissance de tous les revenus des héritages que le dit Dagori et sa femme tenaient au temps que le pays était sous l’obéissance du prince de Galles. Ce traité fut ratifié par le roi dès le 22 février suivant. (Arch. Nat., JJ 106, no 249, fo 136; JJ 153, no 94, fo 46.) Le 7 avril 1376 (n. st.), Charles V donna à son frère le duc de Berry les châteaux de Gençay, de Mortemer et de Neuville (Neuville-de-Poitou, arr. Poitiers) que Radegonde Bechet, «femme d’un certain Anglois nommé Dagoris Sès» et Catherine le Senecal, fille de la dite Radegonde et seconde femme de Jean Harpedenne, avaient fortifiés et si bien pourvus de gens d’armes qu’il avait fallu de grands frais et des troupes nombreuses pour en faire le siège et en déloger l’ennemi (Arch. Nat., JJ 109, no 18, fo 10). Cf. p. XLIX, [note 153].
[195] Froissart rapporte l’affaire de Chizé au 21 mars 1373. Ce combat dut certainement être livré peu de jours avant le 30 mars 1373, puisque ce fut à cette dernière date que Jean, duc de Berry, qui se trouvait alors à la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), envoya Vitu, l’un de ses messagers, à Mehun-sur-Yèvre porter à la duchesse sa femme la nouvelle de la défaite et de la prise de Jean Devereux: «A dit Vitu, messaigier monseigneur, envoié le dit jour (30 mars 1373) de la Souterraine à Mehun-sur-Yèvre porter lettres de par monseigneur à madame de Berry contenant que messire Jehan d’Esvreux avoit esté desconfit et pris: XXXV sols tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo 93 vo.) Le même jour, le duc envoya Simonnet Champion, l’un de ses chevaucheurs, porter à Poitiers et à la Rochelle des lettres dont le contenu se rapportait sans doute au même événement que le message confié à Vitu (Ibid., fos 93 vo et 94). Cabaret d’Orville et Pierre Cauchon se trompent donc, le premier en plaçant l’affaire de Chizé avant la fête de Noël 1372 et le retour de Du Guesclin à Paris (Chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 41), le second après le lundi d’avant Pâques Fleuries ou le 4 avril 1373 (Chronique de P. Cauchon, p. 127). Au mois de décembre 1373, Charles V octroya des lettres de rémission à Perrin, dit Crespé, «en considération de ses services, tant au fait de la prise du captal de Buch où il fu et en la desconfiture que nostre amé et feal connestable fist devant le fort de Chiset, comme en la chevauchie et poursuite de nos ennemis.» (Arch. Nat., JJ 105, no 90, fo 57.) Du Guesclin avait formé son petit corps d’armée en concentrant les garnisons françaises du Poitou dont beaucoup occupaient des églises que l’on avait fortifiées et où l’on s’était retranché pour résister aux Anglais. C’est ainsi que Philibert de l’Étoile, Jean de Rasiné, Aimeri Paillart, écuyers, et un nommé Perrot Caillé avaient converti en forteresse l’église paroissiale de Bertegon (Vienne, arr. Loudun, c. Monts) dont la seigneurie appartenait en partie à Charles d’Artois, comte d’Eu; et nous lisons dans des lettres de rémission datées de juillet 1376 que ces écuyers se «départirent de la dite forteresse et nous alèrent servir en nos guerres, tant à la bataille de Chisey et au siège de Lesignan comme autre part». (Arch. Nat., JJ 109, no 116.) Chizé était le chef-lieu d’une châtellenie. L’église de cette localité avait sans doute été endommagée pendant le combat; aussi, pour la réparer, Du Guesclin légua une somme de cent francs, par une clause spéciale de son testament daté de juillet 1380. Jean Devereux, le principal chef du corps d’armée anglais, fut fait prisonnier à Chizé par Pierre de Negron.
[196] Le 28 avril 1373, cinq semaines après l’affaire de Chizé, Jean, duc de Berry, était à Niort, d’où il envoya Jean Blondeau, l’un de ses valets de pied, porter lettres au sénéchal de Poitou: «A Jehan Blondeau, vallet de pié, pour porter lettres de par monseigneur (Jean, duc de Berry), de Nyort au seneschal de Poitou (Alain de Beaumont). Yci le dit jour (28 avril 1373), XV sols.» (Arch. Nat., KK 251, fo 94 vo.) L’occupation n’eut pas lieu sans coup férir, puisque l’intrépide écuyer breton Jean de Kerlouet fut tué devant Niort. Ce fut aussi sans doute à cette occasion que périt le maître de ce chien dont parle l’auteur du Ménagier de Paris (éd. Jérôme Pichon, I, 94), auquel le duc de Berry, probablement pendant un séjour qu’il fit à Niort du 18 au 25 juillet 1373 (Arch. Nat., KK 251, fo 105 vo), assura une pension alimentaire, pour le récompenser de sa fidélité envers son maître défunt sur la tombe duquel il se tenait, sans vouloir la quitter, depuis trois mois. D’après Cuvelier (Chronique rimée de B. du Guesclin, II, vers 22 486 à 22 504), Du Guesclin, ayant défait à Chizé les garnisons anglaises réunies sous le commandement de Jean Devereux, aurait fait revêtir à ses gens les cottes d’armes des Anglais et aurait pris ainsi Niort par surprise. Cette version s’accorde avec celle de Froissart pour placer la prise de Niort presque immédiatement après le combat de Chizé qui fut livré, comme on l’a vu plus haut, le 21 mars. Il y a tout lieu, par conséquent, d’accepter une tradition qui avait cours à Niort dès la fin du XVe siècle et qui fixait au 27 mars la reprise de cette ville par Bertrand du Guesclin. Voici, en effet, ce qu’on lit dans le plus ancien registre conservé sous le no 881 aux Archives municipales de Niort; c’est le compte de Geoffroi Faifeu, receveur du 1er juillet 1487 au 1er juillet 1488: «Item, à messire Jehan Bonnet, viquayre de l’eglise paroschiale de Nostre Dame de la dicte ville, la somme de cinq solz pour la messe dicte à notte, à dyacre et soubzdyacre, du jour de la reprinse de la ville qui fut le XXVIIe jour du dit moys de mars.» En souvenir de cet événement, les habitants de Niort firent construire une chapelle, dite de Recouvrance, dont le nom s’est conservé jusqu’à nos jours dans un lieu-dit situé à l’extrémité du territoire de cette ville, sur le bord de la route de Fontenay-le-Comte. C’était l’usage de se rendre tous les ans en procession à cette chapelle, le 27 mars, anniversaire de la «recouvrance» de Niort sur les Anglais; cet usage paraît être tombé en désuétude vers la fin du XVIe siècle, à l’époque des guerres de religion qui amenèrent en Poitou l’abandon de quelques cérémonies publiques du culte en même temps que la destruction de plusieurs dépôts d’archives et d’un certain nombre de monuments religieux. A la date du 22 juillet 1373, Guillaume de la Mousse était châtelain de Niort pour Jean, duc de Berry (Arch. Nat., KK 251, fo 105 vo). A cette même date, Owen de Galles était capitaine de la Tour de Broue (Ibid., fo 95 vo), Tristan Rouaut de Thouars, André Rouaut de Marans (Ibid., P 128 vo), Maurice du Parc de la Rochelle (Bibl. Nat., Decamps, 84, fo 177 vo), Alain de Beaumont de Saint-Maixent et de Saintes (Ibid., fo 94 vo) et Thibaud du Pont de Rochechouart et d’Angoulême (Ibid., fo 128). Les Anglais continuaient d’occuper Cognac (Ibid., fo 129) qui ne fut repris par du Guesclin que le 1er juin 1375 (Grandes Chroniques de France, VI, 346).
[197] Le château de Lusignan, situé à 134 mètres d’altitude, commandait la route de Poitiers à Saint-Maixent et à Niort, ainsi que l’étroite vallée de la Vonne, bordée presque dans toute sa longueur de hautes murailles de rochers à pic. Froissart se trompe en rapportant l’occupation de Lusignan par les Français à la même date que la reddition de Niort. Le samedi 5 mars 1373, le premier samedi de carême, trois semaines par conséquent avant l’affaire de Chizé, Alain de Beaumont, sénéchal de Poitou, Jean de la Personne, vicomte d’Aunay, Gadifer de la Sale et Aimeri de Rochechouart mirent le siège devant le château de Lusignan, défendu par une garnison anglaise dont les deux principaux chefs étaient Jean Cressewell et Geffroi de Saint-Quentin (Delpit, Documents français en Angleterre, p. 191; Bibl. Nat., collection Decamps, vol. 84, fo 170). Afin de protéger les assiégeants contre les sorties de cette garnison, Jean, duc de Berry, fit construire au moins deux bastilles, chacune pourvue de quatre «eschiffes» et d’un engin apporté de Loudun, lesquelles bastilles ne furent complètement terminées et mises en état que plusieurs mois après l’investissement (Redet, Invent. des arch. de Poitiers, p. 90, 91; Arch. Nat., KK 251, fos 102 vo, 122, 127 à 129). Cet investissement dura sans interruption depuis le 5 mars 1373 jusque vers le milieu de l’année suivante (Ibid., KK 252, fos 27 vo, 29 vo, 30). Par une «endenture» datée de Bordeaux le 4 avril 1374, en présence du seigneur de Percy et de Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, Jean, duc de Lancastre, ayant conclu avec Du Guesclin une trêve pendant la durée de laquelle les garnisons anglaises devaient cesser de vivre comme par le passé aux dépens du pays environnant, alloua à titre d’indemnité 6000 florins d’Avignon à Jean Cressewell et à Geffroi de Saint-Quentin, capitaines du château de Lusignan, en même temps qu’il les prorogea dans leur commandement jusqu’au 1er septembre suivant (Delpit, Documents français, etc., p. 191, 192). Du 19 septembre 1373 au 20 juillet 1374, les comptes du contrôleur de l’artillerie du château de Bordeaux mentionnent plusieurs livraisons de munitions, notamment d’arcs, de gerbes de flèches et de cordes, faites par Thomas de Felton, par Florimond, seigneur de Lesparre, ainsi que par Robert Roux, maire de Bordeaux, tant à Jean Cressewell, capitaine de Lusignan, qu’à Thomas Brancestre, lieutenant du dit capitaine (Arch. hist. de la Gironde, XII, 329, 330, 337). Cressewell fut fait prisonnier par les Français un peu avant le 24 juin 1374, puisque ce jour-là le duc de Berry, qui se trouvait à Issoudun, donna l’ordre de payer 40 sous à Araby le chevaucheur «qui estoit venu de Poitou dire les novelles de la prise de Cressoelle» (Arch. Nat., KK 252, fo 21). La capture de cet audacieux partisan contribua sans nul doute à amener la reddition du château de Lusignan, qui dut avoir lieu vers la fin de septembre 1374 au plus tard. Ce qui est certain, c’est que, dès le 1er octobre suivant, Lyonnet de Pennevaire fut institué par Jean, duc de Berry, capitaine, châtelain et gardien du château de Lusignan (Redet, Tables de Dom Fonteneau, Poitiers, 1839, p. 305). D’après Thomas Walsingham, une des conditions de la reddition aurait été la mise en liberté de Thomas de Percy, sénéchal du Poitou, fait prisonnier à Soubise (Hist. angl., p. 317). La délivrance du prisonnier coïncida avec la livraison de la forteresse. Conduit de Tours à Poitiers le 18 septembre 1374, Thomas de Percy fut dirigé sur Cognac le 11 octobre suivant (KK 252, fos 22, 31). Le roman de Mélusine, par Jean d’Arras, contient de curieuses légendes relatives à ce siège de Lusignan et surtout aux apparitions de la fée Mélusine, qui passait pour avoir fondé ce château, à Cressewell (éd. de 1854, p. 420-424). Il résulte d’un acte de donation daté de mars 1376 (n. st.) que le duc de Berry fit un vœu à saint Germain d’Auxerre et une fondation en faveur de l’abbaye placée sous le vocable de ce saint, pour obtenir la reddition d’une forteresse réputée imprenable en raison de son origine féerique (Arch. Nat., J 185, no 36; Gall. Christ., XII, col. 395).
[198] Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.
[199] Jeanne Payen de Monpipeau.
[200] Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.
[201] Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.
[202] Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon. Voyez le sommaire du tome VII de notre édition, p. LXXVII, note 231.
[203] Charente, arr. et c. Cognac.