Signé L. DELISLE.
Certifié,
Le Secrétaire de la Société de l’Histoire de France,
J. DESNOYERS.
SOMMAIRE.
CHAPITRE XCVIII
1370, 4 décembre. COMBAT DE PONTVALLAIN.—19 décembre. MORT DU PAPE URBAIN V. 30 décembre. ÉLECTION DE GRÉGOIRE XI.—1371, avant le 15 janvier. AGGRAVATION DE LA MALADIE ET RETOUR EN ANGLETERRE D’ÉDOUARD, PRINCE D’AQUITAINE ET DE GALLES.—1370, 1ers jours de décembre à 1371, fin de février. SIÈGE ET PRISE DE MONTPONT, EN PÉRIGORD, PAR JEAN, DUC DE LANCASTRE.—1371, août et septembre. SIÈGE ET PRISE DE MONCONTOUR, EN POITOU, PAR JEAN, DUC DE LANCASTRE, ET THOMAS DE PERCY, SÉNÉCHAL DE POITOU.—1371, fin de janvier et février. EXPÉDITION DE BERTRAND DU GUESCLIN EN VUE DE LA LEVÉE DU SIÈGE DE MONTPONT ET SIÈGE D’USSEL.—1371, 1er août. COMBAT NAVAL DE LA BAIE DE BOURGNEUF. 22 août. BATAILLE DE BASTWEILER.—1372, premiers mois. RETOUR EN ANGLETERRE DE JEAN, DUC DE LANCASTRE ET MARIAGE DE CE PRINCE AVEC CONSTANCE DE CASTILLE, FILLE AÎNÉE DE D. PÈDRE, D’EDMOND, COMTE DE CAMBRIDGE, FRÈRE DE JEAN, AVEC ISABELLE, SŒUR DE CONSTANCE.—1372, 13 janvier. MORT DE GAUTIER DE MASNY (§§ 669 à 686).
Aussitôt[1] après sa promotion à la dignité de connétable de France, Bertrand du Guesclin entreprend une chevauchée contre Robert Knolles, qui ravageait alors les marches d’Anjou[2] et du Maine; il vient tenir garnison au Mans[3]; Olivier de Clisson, compagnon d’armes de Bertrand, occupe une forteresse voisine. Jean de Menstreworth[4], l’un des chevaliers de l’armée anglaise d’invasion, combat tous les plans de Robert Knolles. Cette armée est divisée en deux corps dont le premier, sous les ordres de Robert Knolles et d’Alain de Buxhull, est déjà arrivé aux environs du Mans[5], tandis que le second corps, commandé par Thomas de Granson, resté plus en arrière, est séparé du premier par une journée de marche environ. Aussitôt qu’il est informé des projets des Français, Robert Knolles prend des mesures pour opérer la concentration des forces anglaises; il mande à Thomas de Granson, à Hugh de Calverly, capitaine de Saint-Mor-sur-Loire[6], à Robert Briquet, à Robert Cheyne et à Jean Cressewell de venir le rejoindre en toute hâte. Au moment où Thomas de Granson, à la tête de deux cents lances, exécute une marche de nuit pour répondre à l’appel de Robert Knolles, il est attaqué à l’improviste près de Pontvallain[7] par Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson, qui ont sous leurs ordres environ quatre cents lances. Cette bataille se livre le 10[8] octobre 1370. Les Anglais sont défaits. Les Français vainqueurs ramènent au Mans[9] leurs prisonniers. A cette nouvelle, le reste des forces anglaises se disperse; Hugh de Calverly, Robert Briquet, Robert Cheyne et Jean Cressewell retournent précipitamment dans leurs garnisons. Robert Knolles lui-même court s’enfermer en toute hâte dans son château de Derval, et Alain de Buxhull vient passer ses quartiers d’hiver à Saint-Sauveur-le-Vicomte. P. 1 à 5, 255 à 257.
Après la victoire de Pontvallain, Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson amènent leurs prisonniers[10] à Paris; et loin de les charger de chaînes, ainsi que font les Allemands, ils les prennent à rançon courtoise et les mettent en liberté sur parole. Pendant ce temps, le prince de Galles et le duc de Lancastre, revenus de l’expédition de Limoges, se tiennent à Cognac[11].—Le pape Urbain V meurt à Avignon vers la fête de Noël[12]. Grâce à l’entremise de Louis, duc d’Anjou[13], qui se trouve sur les lieux pendant la réunion du conclave, le cardinal de Beaufort est élu souverain pontife sous le nom de Grégoire XI.—Eustache d’Auberchicourt est fait prisonnier en Limousin par un homme d’armes breton nommé Thibaud du Pont, capitaine d’un château appartenant au seigneur de Pierre-Buffière[14]; condamné à verser une rançon de douze mille francs, il en paye comptant quatre mille et donne son fils François en otage pour le reste; puis il va occuper la forteresse de Carentan[15], en basse Normandie, que lui a donnée le roi de Navarre et où il devait mourir.—Sur ces entrefaites, le vieil Arnoul d’Audrehem, qui avait été si longtemps maréchal de France, meurt à Paris[16] où l’on célèbre ses obsèques. P. 5, 6, 257 à 259.
Raymond de Mareuil, chevalier du Limousin[17], qui avait abandonné le parti anglais pour le parti français[18], un certain jour qu’il revenait de Paris dans son pays natal, est fait prisonnier par les gens d’armes de Hugh de Calverly[19] et enfermé dans une forteresse appartenant à Geoffroi d’Argenton[20]. Édouard III, qui veut punir Raymond de sa défection, offre six mille francs à celui qui l’a pris à condition que l’on remettra le prisonnier entre ses mains. Informé des intentions du roi d’Angleterre, Raymond de Mareuil parvient à s’échapper par une nuit d’hiver et gagne une forteresse française de l’Anjou[21] située à plus de sept lieues du lieu de sa détention, grâce à la complicité de l’écuyer anglais qui le garde et auquel il a promis la moitié de ce qu’il possède. Rentré chez lui, il veut tenir sa promesse, mais l’écuyer anglais qui a facilité son évasion ne consent à accepter que deux cents livres de revenu. P. 6 à 9, 259, 260.
Le fils aîné d’Édouard, prince de Galles, meurt à Bordeaux[22]. Sur le conseil de ses médecins et de ses chirurgiens, le prince de Galles, atteint d’une maladie qui s’aggrave de jour en jour, prend la résolution de retourner en Angleterre. Après avoir convoqué à Bordeaux les barons de Gascogne, de Saintonge et de Poitou et leur avoir fait prêter serment de féauté et d’hommage entre les mains de son frère le duc de Lancastre, il s’embarque sur la Garonne en compagnie de la princesse de Galles, de leur jeune fils Richard, d’Edmond, comte de Cambridge[23], son frère, de Jean, comte de Pembroke, et fait voile pour l’Angleterre. Débarqué à Southampton[24], il va passer quelques jours à Windsor, à la cour du roi son père, puis il fixe sa résidence à Berkhampstead[25], à vingt lieues de Londres. P. 9, 10, 261 à 263.