Jean, duc de Lancastre, fait célébrer à Bordeaux les obsèques de son neveu Édouard, fils du prince de Galles, son frère aîné. Sur ces entrefaites, Guillaume de Montpont livre son château de Montpont[26] aux hommes d’armes bretons qui tiennent garnison à Périgueux pour Louis, duc d’Anjou. A cette nouvelle, le duc de Lancastre[27], à la tête d’une armée de sept cents lances et de cinq cents archers où figurent les principaux seigneurs de Gascogne, va mettre le siège devant Montpont. Guillaume de Montpont, craignant de tomber entre les mains des Anglais, laisse son château sous la garde des Bretons qu’il y a appelés et court se mettre en sûreté derrière les remparts de Périgueux. P. 10 à 13, 263, 264.

Le duc de Lancastre emploie vingt jours à combler les fossés qui entourent le château de Montpont avec des fascines, de la paille et de la terre; cela fait, il livre cinq ou six assauts tous les jours. Les assiégés repoussent vigoureusement ces assauts. Deux écuyers bretons nommés Jean de Malestroit et Silvestre Budes, qui commandent la garnison de Saint-Macaire[28], forteresse située à peu de distance de Montpont, se disputent à qui ira porter secours à leurs compatriotes assiégés par le duc de Lancastre; ils tirent à la plus longue paille. Le sort favorise Silvestre Budes, qui monte aussitôt à cheval et amène à la garnison de Montpont un renfort de douze hommes d’armes, sa personne comprise. P. 13 à 15, 264, 265.

Les fossés une fois comblés au ras du sol, les assiégeants peuvent s’avancer jusqu’au pied des remparts dont ils font tomber à coups de pic une largeur de quarante pieds. Les archers anglais entrent par cette brèche et font pleuvoir une grêle de traits sur les assiégés. Les quatre principaux chefs de la garnison, Guillaume de Longueval[29], Alain de la Houssaye[30], Louis de Mailly[31], et le seigneur d’Arsy[32], envoient un de leurs hérauts en parlementaire vers le duc de Lancastre. Celui-ci, irrité de la résistance des assiégés qui lui tiennent tête depuis onze semaines, fait répondre par Guichard d’Angle, maréchal d’Aquitaine, qu’il exige qu’on lui livre préalablement Guillaume de Montpont, afin qu’il fasse justice de ce traître, et que les assiégés se rendent sans condition. Les chevaliers bretons déclarent qu’ils ne savent ce qu’est devenu Guillaume de Montpont et qu’ils se feront tuer jusqu’au dernier, si le duc ne s’engage à les prendre à rançon. Sur les instances de Guichard d’Angle, du captal de Buch et du seigneur de Mussidan, le duc de Lancastre consent enfin à recevoir à composition les assiégés. Il prend possession de la forteresse de Montpont[33], dont il confie la garde à une garnison de quarante hommes d’armes et de quarante archers placés sous les ordres du seigneur de Mussidan et du soudich de Latrau. Ces deux seigneurs, opérant de concert avec la garnison anglaise de Bourdeilles[34], se livrent à toute sorte d’hostilités contre les habitants de Périgueux[35]. P. 15 à 17, 265 à 268.

Au retour du siège de Montpont, les seigneurs de Gascogne sont en butte aux incursions du comte d’Armagnac et du seigneur d’Albret. C’est principalement sur la frontière du Poitou que les hostilités sont poussées avec le plus de vigueur. Pierre de la Grézille[36] et Jourdain de Coulonges[37] commandent la garnison du château de Moncontour[38], situé à quatre lieues de Thouars et à six lieues de Poitiers[39]; Charnel[40] occupe Châtellerault avec cinq cents Bretons; et les garnisons françaises de la Roche-Posay[41] et de Saint-Savin[42] inspirent une telle frayeur que les Anglais n’osent chevaucher dans ces parages que sous bonne escorte. P. 17, 18, 277.

Grâce aux démarches de Louis de Saint-Julien et du vicomte de Rochechouart, le seigneur de Pons[43], un des plus puissants barons de Poitou, se rallie au parti français, tandis que sa femme la dame de Pons et aussi les bourgeois de sa ville de Pons restent dans le parti anglais. Le duc de Lancastre institue Amanieu du Bourg capitaine de Pons, pour défendre cette forteresse contre les incursions du seigneur transfuge. Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, réunit à Poitiers un corps d’armée de cinq cents lances et de deux mille brigands munis de pavois pour mettre le siège devant Moncontour[44]. Noms des principaux seigneurs, soit poitevins, soit anglais, qui composent ce corps d’armée. P. 18 à 20, 277.

Trois capitaines de compagnies, Jean Cressewell, David Holegrave et Gautier Hewet, viennent renforcer l’armée assiégeante. Après dix jours de siège, une tranchée est ouverte, et les Anglais emportent d’assaut la forteresse de Moncontour[45]. La garnison tout entière est passée au fil de l’épée, excepté Pierre de la Grézille, Jourdain de Coulonges et cinq ou six hommes d’armes que l’on prend à merci. Thomas de Percy, Guichard d’Angle et Louis de Harcourt confient la garde de Moncontour à Hewet, à Cressewell et à Holegrave, qui disposent de cinq cents combattants et ne cessent de faire des courses en Anjou et dans le Maine. P. 20, 21, 277, 278.

Après la Chandeleur[46], Bertrand du Guesclin, qui se tient à Paris depuis sa victoire de Pontvallain, entreprend une expédition contre les Compagnies anglaises qui ravagent le Poitou, le Quercy et le Rouergue. Noms des principaux seigneurs qui prennent part à cette expédition. Apprenant qu’un capitaine anglais nommé Jean Devereux s’est emparé du château d’Ussel[47], Bertrand assiège cette forteresse. Après quinze jours de siège[48] et plusieurs assauts où Waleran de Ligny[49], fils du comte de Saint-Pol, court un grand péril, le connétable continue sa chevauchée et entre en Rouergue. Quelques-uns des plus grands seigneurs du corps d’armée français vont à Avignon présenter leurs hommages au nouveau pape Grégoire XI et au duc d’Anjou qui se trouve à ce moment de passage à la cour papale[50]. Dans le cours de sa chevauchée à travers le Rouergue, Du Guesclin se fait rendre par Thomas de Walkefare[51] les deux forteresses de Millau[52] et de la Roque-Valsergue[53] et quelques autres châteaux situés sur les frontières du Limousin. Après quoi, le connétable de France, les ducs de Berry et de Bourbon reviennent mettre de nouveau le siège devant Ussel, en s’aidant de puissants engins de guerre qu’ils avaient eu soin de faire venir de Riom et de Clermont. P. 21 à 23, 270 à 274.

Reddition d’Ussel[54]. La garnison a la vie sauve et peut se retirer avec armes et bagages à Sainte-Sévère[55]. Bertrand du Guesclin revient en France[56].—Robert Knolles, qui s’est enfermé dans son château de Derval après sa défaite à Pontvallain, a encouru la disgrâce d’Édouard III; il envoie alors deux de ses écuyers d’honneur présenter ses excuses au roi d’Angleterre; ces excuses, appuyées par Alain de Buxhull, sont agréées[57]. Jean de Menstreworth, convaincu de haute trahison, subit le dernier supplice[58]. P. 23, 24.

Édouard III s’assure l’alliance des ducs de Gueldre[59], de Juliers[60] et dépêche le comte de Hereford[61] vers le duc de Bretagne.—Bataille navale livrée dans un havre de Bretagne, nommé la Baie[62], entre les Anglais et les Flamands; les Flamands ont le dessous et sont tous tués ou faits prisonniers.—Bataille [de Bastweiler] livrée dans la nuit de la Saint-Barthélemy[63] 1371 entre Wenceslas de Luxembourg, duc de Brabant, d’une part, Édouard, duc de Gueldre, et le duc de Juliers, d’autre part. Défaite des Brabançons. Le duc de Brabant, tous les enfants de Namur[64], le comte de Salm[65], Jacques de Bourbon[66], Waleran de Ligny, fils de Gui, comte de Saint-Pol[67], sont faits prisonniers; Gui, père de Waleran, est tué sur le champ de bataille. P. 25, 26, 274 à 276, 279.

Nouvelles escarmouches sur mer entre les Anglais et les Flamands; ceux-ci se décident à faire la paix avec le roi d’Angleterre[68]. P. 26, 27, 280 à 282.