Le roi de Majorque[69], fait prisonnier par D. Enrique de Trastamar, roi de Castille, recouvre la liberté moyennant le payement d’une rançon de cent mille francs[70] fournie par la reine de Naples, sa femme, et la marquise de Montferrat, sa sœur[71]. A peine remis en liberté, le roi de Majorque, soutenu par le pape Grégoire XI, prend à sa solde des gens des Compagnies et surtout des Bretons, traverse la Navarre avec l’assentiment du roi de ce pays, et déclare la guerre au roi d’Aragon[72] qui avait tué son père et l’avait dépouillé de son royaume; les hostilités sont poussées avec beaucoup d’acharnement de part et d’autre. Ce fut pendant le cours de cette guerre que Jacques, roi de Majorque, mourut[73] au val de Soria; les gens des Compagnies qu’il avait enrôlés rentrent alors en France. P. 27, 28, 276.
Jean, duc de Lancastre, lieutenant d’Édouard III à Bordeaux, est veuf; il a perdu sa première femme Blanche[74], duchesse de Derby et de Lancastre. Les deux filles de D. Pèdre[75], roi de Castille, après la mort de leur père, ont cherché un refuge à Bayonne. Sur le conseil des barons de Gascogne, le duc de Lancastre se remarie à l’aînée nommée Constance, et la cérémonie des fiançailles a lieu à Roquefort[76], village situé près de Bordeaux. L’arrivée dans cette ville de la jeune princesse et de sa sœur donne lieu à des fêtes magnifiques. P. 28 à 30, 282 à 284.
Ces nouvelles parviennent en Castille, où D. Enrique de Trastamar apprend à la fois que l’aînée de ses nièces, Constance, est mariée au duc de Lancastre, et que la cadette, Isabelle, doit épouser le comte de Cambridge. Il envoie aussitôt des ambassadeurs vers le roi de France, en leur donnant mission de conclure un traité d’alliance offensive et défensive avec Charles V. Ce traité[77] est conclu par l’entremise de Bertrand du Guesclin, qui aime beaucoup le roi de Castille. Après avoir ainsi accompli leur mission, les ambassadeurs de D. Enrique retournent auprès de leur maître, qui tient alors sa cour dans la ville de Léon. P. 30, 31, 286, 287.
Vers la Saint-Michel 1371[78], le duc de Lancastre s’embarque à Bordeaux pour retourner en Angleterre après avoir institué divers grands seigneurs pour gouverner la Gascogne, le Poitou et la Saintonge pendant son absence. Débarqué à Southampton, il se rend à la cour du roi son père, qui donne des fêtes en l’honneur de la duchesse de Lancastre, sa belle-fille, et fait grand accueil à Guichard d’Angle, chevalier poitevin que le duc de Lancastre a emmené avec lui.—Sur ces entrefaites, Gautier de Masny meurt[79] à Londres et l’on dépose ses cendres dans un couvent de Chartreux qu’il avait fait construire dans un faubourg de cette ville; Édouard III et ses enfants, les prélats et les barons d’Angleterre assistent aux obsèques de ce vaillant chevalier. Jean, comte de Pembroke, marié à Anne de Masny[80], hérite des seigneuries[81] de Gautier situées en Hainaut, pour lesquelles il prête serment de foi et hommage à Aubert, duc de Bavière, qui tient alors à bail le comté de Hainaut. P. 31 à 33, 284, 285, 287, 288.
CHAPITRE XCIX
1372, 23 juin. DÉFAITE DE LA FLOTTE ANGLAISE DEVANT LA ROCHELLE.—Juillet. SIÈGE DE MONCONTOUR ET DE SAINTE-SÉVÈRE; REDDITION DE CES DEUX PLACES AUX FRANÇAIS.—7 août. REDDITION DE POITIERS.—Du 22 au 23 août. DÉFAITE ET CAPTURE DE JEAN DE GRAILLY, CAPTAL DE BUCH, CONNÉTABLE D’AQUITAINE ET DE THOMAS DE PERCY, SÉNÉCHAL DE POITOU, DEVANT SOUBISE; REDDITION DE CETTE PLACE.—REDDITION D’ANGOULÊME (8 septembre), DE SAINT-JEAN-D’ANGELY (20 septembre), DE TAILLEBOURG, DE SAINTES ET DE PONS.—REDDITION DES CHÂTEAUX DE SAINT-MAIXENT (4 septembre), DE MELLE ET DE CIVRAY.—8 septembre. REDDITION DE LA ROCHELLE.—15 septembre. PRISE DU CHÂTEAU DE BENON ET REDDITION DE MARANS.—19 septembre. REDDITION DE SURGÈRES.—9 et 10 octobre. REDDITION DE LA VILLE ET PRISE DU CHÂTEAU DE FONTENAY-LE-COMTE.—1er décembre. REDDITION DE THOUARS ET SOUMISSION DES PRINCIPAUX SEIGNEURS DU POITOU ET DE LA SAINTONGE.—SIÈGE DE MORTAGNE.—1373, 21 mars. DÉFAITE DES ANGLAIS A CHIZÉ.—27 mars. OCCUPATION DE NIORT.—REDDITION DES CHÂTEAUX DE MORTEMER ET DE DIENNÉ (§§ 687 à 723).
Les Anglais se préparent à envahir la France de deux côtés à la fois, par la Guyenne et par Calais[82]. Charles V, que ses espions tiennent au courant de tous les projets d’Édouard III[83], a soin de faire mettre en bon état de défense les places de son royaume, particulièrement en Picardie. Guichard d’Angle est fait chevalier de la Jarretière le jour Saint George dans une fête solennelle de l’Ordre qui se tient au château de Windsor. Sur les instances du dit Guichard, Jean de Hastings, comte de Pembroke, gendre d’Édouard III, est nommé lieutenant du roi d’Angleterre en Guyenne[84]. P. 33 à 35, 288 à 291.
Jean, comte de Pembroke[85], accompagné de Guichard d’Angle et d’un chevalier d’outre-Saône nommé Othe de Granson[86], met à la voile à Southampton pour se rendre en Guyenne; outre le corps d’armée embarqué sur la flotte anglaise, le comte emporte de quoi payer la solde de trois mille combattants pendant un an. Prévenue par le roi de France de la prochaine arrivée des Anglais, une flotte espagnole, envoyée par D. Enrique[87], roi de Castille, et composée de 40 gros navires et de 13 barges[88], se tient à l’ancre devant le havre de la Rochelle; cette flotte est placée sous les ordres d’Ambrosio Boccanegra[89], de Cabeça de Vaca[90], de D. Ferrand de Pion[91] et de Radigo le Roux[92] ou de la Roselle. La rencontre des deux flottes a lieu dans les eaux de la Rochelle la veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste 1372[93]. Inférieurs en nombre à leurs adversaires, dont les navires plus grands et plus élevés au-dessus de la ligne de flottaison[94] sont en outre pourvus d’abris et armés d’arbalètes ainsi que de canons, les Anglais et les Anglo-Gascons n’en soutiennent pas moins avec beaucoup de vigueur l’attaque des Espagnols; lorsque le reflux de la mer et la tombée de la nuit mettent fin au combat, ils n’avaient encore perdu que deux de leurs navires chargés de provisions[95] sur les quatorze[96] dont se composait leur flottille. P. 36 à 39, 292 à 295.
Malgré les instances du sénéchal Jean Harpedenne, Jean Chauderier, maire de la Rochelle[97], et les habitants de cette ville refusent de porter secours aux Anglais que vont renforcer pendant la nuit le dit Jean Harpedenne, le seigneur de Tonnay-Boutonne, Jacques de Surgères et Mauburni de Lignières[98]. Le lendemain matin, à la mer montante, les Espagnols attaquent de nouveau les Anglais, dont ils accrochent les navires avec de grands crocs et des grappins retenus par des chaînes. Le comte de Pembroke se voit entouré par quatre navires ennemis placés sous les ordres de Cabeça de Vaca et de D. Ferrand de Pion, tandis qu’Othe de Granson et Guichard d’Angle sont aux prises avec Boccanegra et Radigo le Roux. Après une résistance désespérée, tous les Anglais et les Anglo-Gascons sont tués ou faits prisonniers. Au nombre des prisonniers figurent le comte de Pembroke, Guichard d’Angle, Othe de Granson, le seigneur de Poyanne[99], le seigneur de Tonnay-Boutonne, Jean Harpedenne, Robert Twyford, Jean de Gruyères, Jacques de Surgères, Jean de Courson, Jean Trussell et Thomas de Saint-Aubin[100]. Aimeri de Tarde, chevalier gascon, Jean de Langton, Simon Hansagre, Jean de Mortain et Jean Touchet sont tués. P. 38 à 42, 295 à 299.
La nef qui portait l’argent destiné à la solde des hommes d’armes de Guyenne avait été coulée bas pendant l’action, et le précieux chargement englouti au fond de la mer[101]. Les habitants de la Rochelle, informés de la défaite des Anglais par Jacques de Surgères qui avait obtenu sa mise en liberté moyennant le payement d’une rançon de trois cents francs, s’en réjouissent plus qu’ils ne s’en affligent. Le jour Saint-Jean-Baptiste, après nonne, la flotte espagnole victorieuse lève l’ancre et cingle vers la haute mer pour regagner les côtes de Galice. Le soir de ce même jour, six cents hommes d’armes anglais et anglo-gascons arrivent à la Rochelle sous la conduite de Thomas de Percy, de Gautier Hewet, de Jean Devereux, de Jean de Grailly, captal de Buch, et du soudich de Latrau; ils sont consternés en recevant la nouvelle de la défaite et de la prise du comte de Pembroke. P. 42 à 44, 299, 300, 302 et 303.