[293] La mention de la présence à cette mémorable séance du duc d’Anjou, de Du Guesclin et de Clisson, ainsi que du rôle prépondérant qu’y jouèrent ces trois grands personnages, nous permet d’en déterminer la date au moins approximative. Elle ne put avoir lieu que dans le courant du mois de septembre, puisque aucun des trois orateurs qui y prirent la parole n’était arrivé à Paris avant cette date (Voy. ci-dessus, p. LXXXV, [note 266], et p. [XCII], [note 291]), et vraisemblablement vers la fin de la première quinzaine de ce mois, puisque, d’une part, Clisson rejoignit le corps d’armée du duc de Bourgogne à Sézanne le 13 septembre (Voy. p. LXXXV, [note 266]), et que, d’autre part, le duc d’Anjou ne put guère partir de Paris beaucoup après cette date pour se trouver devant Derval à la Saint-Michel (Voy. p. XCII, [note 291], et p. [XCIII]). Nous inclinerions à fixer au 10 septembre la tenue de ce grand Conseil de guerre, précisément au lendemain de l’affaire d’Oulchy, dont l’heureuse issue venait de relever le crédit des partisans d’une offensive plus énergique. La présence de Du Guesclin et de Clisson à Paris, à la date que nous indiquons, est d’autant plus probable que cette même journée du 10 septembre 1373 fut marquée par les faveurs dont Charles V gratifia un certain nombre de chevaliers ou écuyers bretons, tels que Guillaume, seigneur de Penhoet (Hay du Chastelet, p. 383), Sevestre Campson, capitaine de Morlaix (Arch. Nat., J 621, no 82), Maurice de Plusquellec (Ibid., no 792), Hervé de Saint-Gouëno (Ibid., no 793), enfin Olivier le Moine (Ibid., no 79).—Quant aux ducs de Bourgogne et de Berry, dont Froissart mentionne également la présence, sans indiquer du reste l’avis qu’ils n’auraient certainement pas manqué d’émettre s’ils avaient réellement assisté à ce grand Conseil, ils étaient absents de Paris l’un et l’autre et ne purent par conséquent être consultés, du moins de vive voix. Quoi qu’il en soit, ce que dit Froissart de l’intimité qui s’établit dès lors entre le duc d’Anjou et Du Guesclin est confirmé par les faits. Le 28 octobre suivant, le jour même où Louis, duc d’Anjou, qui regagnait son gouvernement de Languedoc par Avignon, était de passage à Gien sur Loire (D. Vaissete, Hist. de Languedoc, Toulouse, 1885, X, 1495), Charles V, inspiré sans doute par son connétable, institua l’aîné de ses frères son lieutenant général dans tout le duché de Bretagne (Hay du Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 453).
[294] Des lettres de rémission, datées de novembre 1373, mentionnent le passage du duc de Lancastre et en particulier du connétable de son armée Édouard Spencer à Damery-sur-Marne (Marne, arr. et c. Épernay), où les deux ménestrels du dit connétable, originaires de la châtellenie d’Ypres, s’enfuirent en déserteurs du camp anglais avec leur valet (Arch. Nat., JJ 105, no 68, fo 44).
[295] Marne, arr. Châlons-sur-Marne. Eustache des Champs, dit Morel, a décrit dans quelques-unes de ses poésies les ravages commis par les Anglais aux environs de Vertus, d’où il était originaire.
[296] Le 18 octobre 1373, quelques-uns des hommes d’armes préposés à la défense de la Champagne, Béraud, comte dauphin d’Auvergne, Hugues de Melun, seigneur d’Antoing, Louis, seigneur de Sully et de Grez, Jacques Win, dit le Poursuivant d’Amours, furent passés en revue à Melun (La Roque, Hist. de la maison d’Harcourt, IV, 1452). Dès le 1er de ce mois, Jean, vicomte de Melun, comte de Tancarville, était à Pont-sur-Yonne (Yonne, arr. Sens) avec 50 hommes d’armes (Ibid., 1431, 1432). C’est à ce dernier grand seigneur que Charles V donna en 1379, à titre viager, le château de Beaufort (auj. Montmorency, Aube, arr. Arcis-sur-Aube, c. Chavanges), confisqué sur Jean, duc de Lancastre, qui le tenait du chef de sa femme (Arch. de la Côte-d’Or, série B, carton 3112).
[297] De Sézanne, qu’il quitta pendant la nuit du mardi 13, le duc de Bourgogne vint dîner et camper à Saint-Just (Saint-Just-Sauvage, Marne, arr. Épernay, c. Anglure) et, pressé de couvrir Troyes devenu l’objectif de l’ennemi, fit une telle diligence qu’il arriva dans la capitale de la Champagne le jeudi soir 15 septembre. Il y resta onze jours du jeudi 15 au lundi 26; le mardi 20, il alla coucher à Juilly (Côte-d’Or, arr. et c. Semur), où la duchesse de Bourgogne vint à sa rencontre; mais il était de retour à Troyes dès le lendemain. Cette excursion matrimoniale du duc de Bourgogne nous est un indice que les Anglais passèrent devant Troyes, selon toute apparence, entre le mercredi 21 et le lundi 26 septembre. Cf. Revue de Champagne et Brie, VI, 1879, p. 58.
[298] Jean de Hastings, comte de Pembroke, nommé lieutenant du roi d’Angleterre en la principauté d’Aquitaine le 20 avril 1372, avait été battu et fait prisonnier par la flotte de Castille à la bataille navale livrée devant la Rochelle le 23 juin suivant (Voy. plus haut, p. [XXIII] à [XXVII]).
[299] Aux termes de «l’endenture» faite le 11 janvier 1375 (n. st.) entre Du Guesclin et le comte de Pembroke, le chiffre de la rançon s’élevait, non à 120 000, comme le dit Froissart, mais à 130 000 francs d’or du coin de France, payables: 50 000 francs avant la Purification ou le 2 février suivant, 10 000 francs six semaines après la rentrée du comte en Angleterre, et 70 000 en obligations munies des sceaux de cinq comtes et de cinq chevaliers anglais, lesquelles obligations seraient remboursables 35 000 francs à Noël ou le 25 décembre 1375, 35 000 francs le 24 juin ou à la Saint-Jean-Baptiste 1376. Il était convenu en outre que Jean de Hastings se pourrait armer et faire tout ce qui appartient à bon et loyal chevalier, aussitôt qu’il aurait payé les 10 000 francs pour lesquels il s’était personnellement obligé. A l’échéance du 2 février 1375, le comte de Pembroke n’ayant pu réunir tout l’argent dont il avait besoin pour faire son premier payement, Du Guesclin consentit d’autant plus facilement à accorder un délai à son prisonnier que l’évêque de Bayeux et le comte de Saarbruck furent bientôt appelés à se rendre à Bruges pour sceller chez un marchand lucquois nommé Fortiguerra le sac où l’on avait mis en dépôt, non seulement 23 135 nobles et demi et 2 gros valant 50 000 francs, mais encore deux obligations représentant une somme de 70 000 francs et revêtues de la garantie des cinq comtes et des cinq chevaliers anglais désignés dans l’endenture. Le comte de Pembroke était mort sur ces entrefaites, le lundi 16 avril 1375; et les gens du connétable avaient eu beau faire diligence, le malheureux prisonnier avait rendu le dernier soupir à Moreuil en Picardie (Somme, arr. Montdidier), et non à Arras, suivant la version de Froissart, avant d’avoir touché une terre anglaise. Sur l’ordre du duc de Lancastre, qui savait que le roi son père avait fait l’avance des sommes déposées chez Fortiguerra, la garnison anglaise de Guines avait refusé de prendre livraison d’un cadavre qui aurait coûté si cher, de telle sorte que les restes du comte auraient pu être abandonnés sur la voie publique si on ne les eût pas recueillis par pitié dans une abbaye située à deux lieues de Calais. Aussitôt qu’il fut informé du décès de son gendre, Édouard III n’eut rien de plus pressé que de se faire restituer par les échevins de Bruges ou plutôt de faire restituer à son fils le duc de Lancastre les sommes mises en dépôt chez Fortiguerra. Ce fut alors que le Breton Yves de Kerambars, procureur de Bertrand du Guesclin, adressa à ces mêmes échevins de Bruges, à l’appui des réclamations du connétable, un long mémoire conservé aux Archives Nationales dans un des registres du Trésor des Chartes (J 381, no 16), mémoire dont M. Kervyn de Lettenhove a publié le texte en 1874 (Œuvres de Froissart, XVIII, 511-543). Le 20 juillet 1375, Charles V, prenant en considération l’appel interjeté par Du Guesclin contre la décision des échevins, fit ajourner ces derniers devant le Parlement de Paris. Les magistrats de Bruges n’ayant point comparu, furent condamnés par défaut, et le profit de ce défaut fut adjugé au connétable. Ce profit, purement de style, fut la seule satisfaction que Bertrand parvint à obtenir, quoique le procès en revendication qu’il avait intenté ait continué de figurer sur les rôles du Parlement pendant les années 1376 et 1377. La somme de 120 000 francs, chiffre de la rançon imposée par D. Enrique de Trastamar, roi de Castille, au comte de Pembroke, son prisonnier, avait été accepté par Du Guesclin en déduction du montant du produit de la vente de son duché de Molina et de son comté de Soria, rachetés par le dit roi de Castille. Comme le connétable n’avait fait cette vente que pour rester au service de Charles V, ce prince éprouva le besoin de dédommager, au moins dans une certaine mesure, son fidèle et loyal serviteur, auquel il donna, par acte daté de Paris, le lundi 30 mars 1377, une somme de 50 000 francs, exigible à raison de 5000 francs par mois jusqu’à parfait payement, en retour de quoi Bertrand lui transporta le 27 novembre suivant tout le droit qu’il pouvait avoir contre les échevins de Bruges (Hay du Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 454, 456, 457).
[300] Jean de Hastings, comte de Pembroke, mourut à Moreuil le 16 avril 1375, et Du Guesclin fit de vains efforts, dans le cours des années 1375 et 1376, pour se faire payer la rançon de son prisonnier. Froissart connaissait tous ces faits lorsqu’il en a intercalé la mention dans son récit de l’expédition du duc de Lancastre en France pendant la seconde moitié de 1373. Par conséquent, la rédaction de cette dernière partie de son premier livre ne peut être antérieure à la fin de 1376 ou au commencement de 1377. La mention de la mort d’Édouard Spencer, décédé au mois de novembre 1375, que l’on trouvera un peu plus loin, vient encore confirmer l’exactitude de cette conclusion (Voy. p. CIII, [note 311]).
[301] Guichard d’Angle, maréchal d’Aquitaine, avait été fait prisonnier ainsi que le comte de Pembroke dans la bataille navale livrée devant la Rochelle le 23 juin 1372 (Voy. plus haut, p. [XXVI], [XXVII]).
[302] Mathieu, seigneur de Roye et de Germigny, envoyé comme otage en Angleterre après le traité de Brétigny, n’avait pas encore recouvré sa liberté à la date du 5 novembre 1371 (Rymer, III, 928). Au mois d’octobre 1368, Charles V, voulant dédommager ce chevalier d’une captivité aussi longue et aussi onéreuse, avait fondé à Germigny (Marne, arr. Reims, c. Ville-en-Tardenois) une foire annuelle qui se tenait depuis la veille de Saint-Simon et Saint-Jude jusqu’au deuxième jour après la dite fête (Arch. Nat., JJ 100, no 165).