[313] Bertrand du Guesclin n’accompagna point le duc d’Anjou dans ce voyage; il employa les deux derniers mois de 1373 à donner la chasse aux Anglais du duc de Lancastre. Treize jours après l’arrivée du duc à Toulouse, le samedi 21 janvier 1374, Bertrand, devenu veuf par le décès de sa première femme Tiphaine Raguenel, morte peu après le 23 juillet de l’année précédente, se remaria à Rennes à Jeanne de Laval, dame de Tinténiac, fille de Jean de Laval, sire de Châtillon, et d’Isabeau, dame de Tinténiac, de Bécherel et de Romillé (Hay de Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 250; P. Anselme, Hist. généal., VI, 186). Le connétable passa en Bretagne et en basse Normandie, à Pontorson, avec sa jeune femme, la fin de janvier ainsi que les mois de février et de mars, et n’alla rejoindre le duc d’Anjou en Languedoc que dans le courant du mois d’avril. Une quittance d’une somme de 1000 francs qu’il délivra à Étienne de Montmejan, trésorier des guerres du roi de France et du duc d’Anjou, atteste sa présence à Toulouse le 25 avril 1374 (Bibl. Nat., Pièces Originales, vol. 1433, dossier Du Guesclin).

[314] Ce corps d’armée, dont Froissart exagère beaucoup l’effectif, ne fut pas formé à Périgueux, mais à Toulouse, et nous possédons les montres des principaux hommes d’armes enrôlés à cette occasion par le duc d’Anjou (D. Vaissete, Hist. de Languedoc, Toulouse, 1885, X, col. 1503-1509).

[315] Auj. Saint-Sever-de-Rustau, Hautes-Pyrénées, arr. Tarbes, c. Rabastens, sur l’Arros, à 22 kil. au nord-est de Tarbes. Le cloître de l’abbaye bénédictine de Saint-Sever au diocèse de Tarbes subsistait en partie, quoique à moitié ruiné, il y a quelques années. «Les châteaux du Bigorre, écrivait en 1885 M. A. Molinier, étaient tenus par les Anglais au nom du captal de Buch, celui-ci ayant été gratifié de ce comté par le roi d’Angleterre et son fils le duc d’Aquitaine» (Hist. de Languedoc, IX, 843, note 1). Le consciencieux annotateur de dom Vaissete commet ici une petite erreur. Le 27 juin 1369, le prince de Galles avait en effet donné au captal le comté de Bigorre, et cette donation avait été confirmée par Édouard III le 20 avril de l’année suivante (Rymer, III, 890). Mais trois mois après la prise du captal de Buch à Soubise, le 20 novembre 1372, Édouard III avait donné la viguerie de Mauvezin en l’évêché de Tarbes et la terre de Maransin à Roger Bernard de Foix, vicomte de Castelbon et seigneur de Navailles (Bibl. Nat., Collect. de Bréquigny, XXX, fos 134, 136).

[316] Hautes-Pyrénées, arr. Argelès, à 19 kil. au sud-ouest de Tarbes. Quoi qu’en ait dit dom Vaissete, dont le principal annotateur de la nouvelle édition de l’Histoire générale de Languedoc, M. A. Molinier, a accepté sur ce point les conclusions (IX, 835, 843, note 1; X, 117), il n’y a point lieu de distinguer deux expéditions du duc d’Anjou contre les places anglo-gasconnes du comté de Bigorre, l’une qui se fit réellement du milieu de juin au 7 juillet 1373, l’autre que l’on aurait recommencée du 14 juin au 8 juillet de l’année suivante. Quant à l’expédition très réelle de 1373, trois actes vidimés dans les registres du Trésor des Chartes l’établissent avec la dernière évidence. Le premier de ces actes par lequel Louis, duc d’Anjou, donne au comte d’Armagnac la viguerie de Goudon en Bigorre (Hautes-Pyrénées, arr. Tarbes, c. Tournay) est daté «en nos tentes devant Mauvoisin», le 20 juin 1373 (Arch. Nat., JJ 105, no 55, fo 37 vo). Le second acte, par lequel ce même duc gratifie le dit comte d’une autre viguerie du comté de Bigorre, celle de Mauvezin, et aussi de la cité de Capvern, confisquées sur le vicomte de Castelbon rebelle, a été dressé «en nos tentes devant Lourdes», le dernier jour de juin, c’est-à-dire le 30 juin suivant (Ibid., no 73, fo 47). Enfin, la date d’une confirmation faite par le duc d’Anjou d’un acte antérieur est ainsi conçue: «in tentis nostris ante Lourdam, anno Domini millesimo trecentesimo septuagesimo tercio, mense junii» (Ibid., JJ 149, no 296, fo 148 vo). Dès 1867, un érudit du Bigorre, M. Curie-Seimbres, avait assigné sa véritable date à la campagne du duc d’Anjou en Bigorre; malheureusement, il s’est trompé à son tour en faisant assiéger Lourdes, au mois de juin 1373, par Du Guesclin qui guerroyait alors en Bretagne (Mém. de la Soc. des Hautes-Pyrénées, année 1867, p. 104, 105). Quoi qu’il en soit, il demeure certain que le siège de Mauvezin, puis de Lourdes, par le duc d’Anjou, pendant la seconde quinzaine de juin 1373, est établi par des actes et ne saurait être contesté, tandis que la prétendue expédition de ce même duc et de Du Guesclin contre Saint-Sever et Lourdes en 1374, soit du 8 juillet au 1er août, soit, comme le suppose M. A. Molinier, du 14 juin au 8 juillet, est en contradiction avec des documents authentiques, au moins en ce qui concerne le connétable de France. Froissart, ayant commis l’erreur de faire guerroyer le duc d’Anjou en Bretagne pendant la première moitié de 1373, a rapporté sans doute à l’année 1374 des faits de guerre qui s’étaient passés précisément un an auparavant et qu’il n’aurait pu, sans se contredire, mentionner à leur date véritable. L’erreur de dom Vaissete et des nouveaux éditeurs de l’Histoire générale de Languedoc est d’autant plus singulière qu’ils ont connu deux des pièces dont nous venons de donner l’analyse (Hist. de Languedoc, IX, 835, note 5).

[317] Un peu avant le mois de juillet 1374, Roger Bernard de Foix, vicomte de Castelbon, entama des négociations avec le duc d’Anjou et fit présenter à celui-ci par son procureur des propositions d’accommodement dont nous possédons le texte publié pour la première fois en 1885 sous la date erronée de 1369 par M. A. Molinier (Hist. de Languedoc, X, col. 1420 et 1421); mais l’éditeur a reconnu qu’il faut faire descendre en 1374 la rédaction de ces propositions (Ibid., IX, 843, note 2). Dans le courant du mois de juillet de cette année, ces négociations aboutirent à un traité conclu à Toulouse, dont Vaissete a publié le texte (Ibid., X, col. 1482-1486). En dédommagement du château de Mauvezin en Bigorre dont il s’était emparé, le duc assigna au vicomte: 1o 500 livres de rente annuelle assises sur les château et châtellenie de Sauveterre de Bercodan en la sénéchaussée de Toulouse (Haute-Garonne, arr. Saint-Gaudens, c. Saint-Bertrand); 2o le droit de battre monnaie; 3o 1000 livres de rente à prendre sur la conquête à faire de la Guyenne; 4o le lieu de Bonnegarde en la sénéchaussée des Landes (Landes, arr. Saint-Sever, c. Amou); 5o la restitution d’une rente annuelle de 600 livres dont Géraude de Navailles, femme du vicomte, devait jouir sur la recette de Toulouse.

[318] Raymond Bernard, seigneur de Castelnau-Tursan (Landes, arr. Saint-Sever, c. Geaune).

[319] Basses-Pyrénées, arr. Oloron, c. Accous.

[320] Sault-de-Navailles, Basses-Pyrénées, arr. et c. Orthez. Dans les propositions transmises par son procureur, le vicomte de Castelbon exprimait le vœu que le duc d’Anjou le chargeât de la garde de Sault avec 60 lances et de celle de Mauvezin avec 30 lances, mais le lieutenant du roi en Languedoc se garda bien de faire droit à ces deux demandes.

[321] Cette journée n’était point assignée, du moins à l’origine, à la mi-août, mais au lendemain de Pâques, c’est-à-dire au lundi 3 avril 1374. Froissart a entraîné dans son erreur le judicieux dom Vaissete lui-même, ainsi que le très diligent annotateur de la nouvelle édition de l’Histoire générale de Languedoc, qui aurait dû peut-être prendre plus garde au passage suivant du journal de Pierre Scatisse publié en 1751 par Ménard: «... tout pour le grant besoing de finence que monseigneur avoit pour payer les gens d’armes qu’il avoit mandés estre devers lui à lendemain de Pasques, pour la dite journée qu’il entendoit à tenir contre le duc de Lancastre sur les champs» (Hist. de Nismes, II; Preuves, p. 6). Walsingham fixe cette journée au 10 avril 1374.

[322] Les légats que Grégoire XI avait chargés de s’entremettre de la paix, vers le milieu de 1373, étaient Simon, cardinal, archevêque de Canterbury, et Jean de Dormans, chancelier de France, dit le cardinal de Beauvais (Rymer, III, 969, 970); mais ce dernier mourut le 7 novembre de cette année. En 1374, le pape confia la même mission à Pileus de Prata, archevêque de Ravenne, et à Guillaume de Lestrange, évêque de Carpentras.