[323] Dom Vaissete a supposé que cette trêve ou suspension d’armes avait été conclue vers le 15 juin 1374 par l’entremise du comte de Foix et du vicomte de Castelbon (Hist. de Languedoc, IX, 843; X, 117). C’est une erreur. La trêve dont il s’agit est antérieure au 4 avril 1374, puisqu’il en est fait mention dans une «endenture» entre le duc de Lancastre et les deux capitaines anglais de Lusignan qui porte cette date: «pour cause de cestes trevez qe au present ont esté pris par mon dit seigneur de Castille (le duc de Lancastre) et ses adversaires de France» (Delpit, Documents français en Angleterre, p. 191). Antérieurement au 9 mars de cette année, Du Guesclin, qui se disposait à quitter la Bretagne pour se rendre en Languedoc, est mentionné comme ayant conclu de son côté un arrangement avec le duc de Lancastre (Arch. Nat., X1a 1470, fo 110 vo), lequel arrangement n’est autre sans doute que la trêve mal datée par dom Vaissete. D’après Thomas Walsingham, cette trêve, conclue à l’insu d’Édouard III, devait durer jusqu’au 20 mai 1374 (Historia anglicana, p. 316). D’après le rédacteur des Grandes Chroniques de France (VI, 343), elle avait été négociée par Bertrand du Guesclin, du côté des Français, par Robert, seigneur d’Aubeterre, et par Thierry, dit le Chanoine de Robersart, du côté des Anglais; elle prit fin le 21 mai 1374, le jour de la fête de la Pentecôte, et l’on voit que cette date finale est la même à un jour près que celle qui est donnée par Walsingham.
[324] D’après le rédacteur des Grandes Chroniques de France (VI, 342), Jean, duc de Lancastre, quitta Bordeaux pour retourner en Angleterre dans le courant du mois d’avril 1374. Ce départ eut lieu sans doute peu de jours après le 4 avril, date de l’endenture qui fut passée à Bordeaux entre le duc et les deux capitaines anglais de Lusignan (Voy. plus haut, p. LXIII, [note 196]).
[325] Thomas de Felton fut confirmé par Édouard III dans son office de sénéchal d’Aquitaine par un acte passé à Westminster le 6 mars 1374 (Rymer, III, 1000). Avant son départ de Bordeaux, Jean, duc de Lancastre, nomma lieutenants en Aquitaine pendant son absence, outre Thomas de Felton, Florimond, seigneur de Lesparre, et Robert Roux, maire de Bordeaux (Delpit, Documents français en Angleterre, p. 328).
[326] Le 20 août 1373, Bertrand du Guesclin avait ordonné la levée d’un subside de 1 franc par feu dans les cinq diocèses de Rennes, de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc et de Vannes, «pour paier certaine somme à messire Robert Richier à cause de Becherel» (Voy. p. LXXXV, [note 267], et p. [LXXXVI].). Cette phrase semblerait indiquer qu’à la date du mandement le château de Bécherel s’était déjà rendu aux Français par composition, c’est-à-dire moyennant le payement d’une somme déterminée.
[327] A l’origine, comme nous l’avons établi plus haut, la journée sur les champs entre Montauban et Moissac, entre les rivières de Garonne et de Tarn, avait été fixée au lundi 3 avril 1374. Il est vrai que, trois semaines avant le terme convenu, le 17 mars, le duc d’Anjou dépêcha un docteur en lois et deux de ses chambellans auprès de Gaston Phœbus, comte de Foix, par l’intermédiaire duquel il négociait avec le duc de Lancastre, pour entamer des négociations sur de nouvelles bases et suspendre, continuer, proroger ou même au besoin faire tenir comme nulle et non avenue la journée primitivement fixée au 3 avril (Rymer, III, 1000). Si l’on admet la version de Froissart, ces nouveaux pourparlers auraient eu pour résultat de faire proroger la journée de Moissac du 3 avril au 15 août. Arrivé de Bretagne à Toulouse au plus tard le 25 avril 1374, Du Guesclin employa les mois de mai, de juin et de juillet à mettre en bon état de défense les places fortes du bas Languedoc et à donner la chasse aux Compagnies qui infestaient cette région. Le 19 mai, il était à Narbonne, où il fut consulté par le duc d’Anjou sur les mesures à prendre pour fortifier cette ville (Hist. de Languedoc, X, note XXVIII, p. 115), le 26 du même mois et le 2 juin à Carcassonne, le 19 et le 20 juin à Montpellier; dès le 8 juillet, il était de retour à Toulouse, où il se trouvait encore le 26 de ce mois (Bibl. Nat., Pièces Originales, vol. 1433, dossier Du Guesclin). Le 1er août suivant, il partit sans doute de Toulouse avec les ducs d’Anjou et de Bourbon pour aller mettre le siège devant la Réole (Journal de Scatisse publié dans Hist. de Nismes, II; Preuves, p. 6). Dès le 4 août, Louis, duc d’Anjou, était déjà arrivé à Agen, où il fit un cadeau à un homme d’armes nommé Robert Sadot (Hist. de Languedoc, X, col. 1506), et il est probable qu’à cette même date Du Guesclin se trouvait aussi dans cette ville. Le 10 de ce mois, la présence du connétable de France à Agen est attestée par une quittance qu’il y donna de ses gages et de ceux de 100 hommes d’armes de sa compagnie, dont 12 chevaliers et entre autres son cousin Hervé de Mauny (Hay du Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 384; dom Morice, Preuves de l’histoire de Bretagne, II, col. 81). Dans aucun de ces documents il n’est question d’une prétendue journée de Moissac qui aurait été prorogée au 15 août.
[328] La trêve, qui expira le 21 mai 1374, n’aurait pu s’appliquer à une journée de Moissac prorogée au 15 août suivant.
[329] Gaston Phœbus, comte de Foix, ne fit sa soumission définitive au roi de France qu’en 1375.
[330] Louis, duc d’Anjou, qui vers le 15 août 1374, à la date de la prétendue journée de Moissac prorogée, se trouvait à Agen ou près d’Agen, et non à Périgueux, ne retourna pas alors à Toulouse, mais continua sa marche vers la Réole. Il n’eut pas besoin de prendre possession de la ville de Moissac, qui était redevenue française dès le 23 juillet 1370 (Voy. le tome VII de notre édition, sommaire, p. LXVIII, note 211, et p. LXIX). Nous ignorons sur quoi se fonde dom Vaissete lorsqu’il mentionne un siège de «la ville de Marziac, au diocèse d’Auch», vers la fin de juin 1374, par le duc d’Anjou (Hist. de Languedoc, IX, 843).
[331] On a vu par la note précédente que Louis, duc d’Anjou, accompagné de Louis, duc de Bourbon, et de Bertrand du Guesclin, avait quitté Toulouse dès le 1er août, non le 7 ou le 17 septembre, et qu’il était déjà arrivé à Agen le 4 de ce même mois d’août. Certains manuscrits assignent en effet à son départ de Toulouse, les uns la date du 7, d’autres celle du 17 septembre. On voit que ces deux dates sont inexactes.
[332] Auj. chef-lieu d’arrondissement de la Gironde, sur la rive droite de la Garonne, à 51 kil. en amont et au sud-est de Bordeaux. La garnison de cette place était alors commandée par Hugh de Calverly, auquel Florimond, seigneur de Lesparre, et le maire de Bordeaux Robert Roux, lieutenants en Aquitaine pour le duc de Lancastre, avaient fait délivrer, dès le 4 août, des munitions, «ad redeundum ad villam Regule contra adventum ducis Andegavie» (Arch. hist. de la Gironde, XII, 338). Du 3 août au 21 septembre, Regnaut de Montléon, l’un des maîtres d’hôtel du duc de Berry, alla de Lusignan à la Réole et revint de cette ville à Poitiers par l’ordre de son maître qui l’avait chargé d’une mission auprès du duc d’Anjou au sujet de Thomas de Percy (Arch. Nat., KK 252, fo 37). Dès le 21 août, la ville proprement dite se rendit «gracieusement et grandement» au duc d’Anjou (Arch. Nat., JJ 107, no 18; JJ 126, no 104), qui, le 27 de ce mois, témoigna sa reconnaissance aux habitants en confirmant leurs privilèges (Ordonn., VI, 105 à 108); le lendemain 28, le duc d’Anjou partit de la Réole après avoir fait promettre à la garnison anglaise qui tenait bon dans le château que, si elle n’était secourue avant le 8 septembre suivant, elle rendrait à cette date le dit château au roi de France (Grandes Chroniques, VI, 343). Du Guesclin fut sans doute chargé de continuer le blocus et de tenir la main à l’exécution de cette convention, car plusieurs des hommes d’armes de sa compagnie, tels que Colart d’Estouteville, seigneur de Torcy (Bibl. Nat., Titres scellés de Clairambault, reg. 45, p. 3373), et l’arbalétrier génois Louis Doria, écuyer (Ibid., reg. 41, p. 3071), furent payés de leur solde à la Réole le 4 septembre, et nous possédons une quittance du connétable de France datée également de la Réole le 11 du même mois (Ibid., Collect. des Pièces originales, vol. 1433, dossier Du Guesclin). Le 15 septembre, le duc d’Anjou lui-même, après une chevauchée où il s’était fait rendre sans doute quelques-unes des petites places des environs de la Réole indiquées par Froissart, était de retour dans cette ville, où il fit remise de 10 000 francs d’or au duc de Bourbon sur les 30 000 stipulés en échange de la renonciation à ses prétentions sur le comté de Forez (Huillard-Bréholles, Titres de la maison de Bourbon, I, 573).