[373] Aisne, arr. Laon, c. la Fère. La seigneurie de Nouvion, récemment achetée par Jean le Mercier, avoisinait les possessions du seigneur de Coucy.

[374] En 1365, Enguerrand VII avait épousé Isabelle d’Angleterre, fille d’Édouard III et de Philippa de Hainaut, et l’année suivante il avait été créé comte de Bedford à l’occasion de ce mariage.

[375] En disant qu’Enguerrand VII voulait emmener les Compagnies en Autriche, Froissart commet une erreur que la plupart des historiens de ce siècle ont reproduite, quoiqu’elle ait été solidement réfutée dès 1759 par le baron de Zurlauben (Hist. de l’Acad. des inscriptions, XXV, 174). L’objectif de l’expédition était, non le duché d’Autriche, mais l’Alsace et les cantons suisses de Brisgau, d’Argovie et de Thurgovie, c’est-à-dire les pays où se trouvaient les biens allodiaux revendiqués par le seigneur de Coucy.

[376] Ces routiers, désignés souvent sous la qualification de «Bretons», sans doute parce que beaucoup d’entre eux étaient originaires de la province de Bretagne, occupaient surtout le comtat d’Avignon, le Lyonnais, le Forez et le comté de Bourgogne, du moins pendant la première moitié de 1375, à la veille de l’expédition dont le seigneur de Coucy prit le commandement. Plusieurs de ces aventuriers, après avoir été l’année précédente à la solde du duc d’Anjou, s’étaient ensuite laissé enrôler au service du Saint-Siège, et l’on remarquait parmi leurs chefs des hommes d’armes appartenant aux meilleures familles de Bretagne. Tels étaient, par exemple, Olivier du Guesclin, frère puîné de Bertrand, Geoffroi et Silvestre Budes, cousins de Bertrand et d’Olivier, Jean de Malestroit et Jean de Saint-Pol. Charles V et Louis, duc d’Anjou, mirent tout en œuvre pour empêcher les bandes bretonnes cantonnées sur la rive gauche de la Saône et du Rhône de repasser ces deux fleuves et de rentrer dans le royaume. Le 14 mars 1375 (n. st.), Jean de Saint-Pol, chevalier, et Colin du Breuil, écuyer, du duché de Bretagne, donnèrent quittance à Pierre le Saut, sergent d’armes du roi, maître des ports et receveur de la traite des blés en la sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes, d’une somme de 500 francs d’or qui leur avait été allouée par Louis, duc d’Anjou, moyennant l’engagement qu’ils avaient pris en leur nom et au nom de leurs compagnons: 1o de ne pas passer le Rhône pour venir au royaume sans mandement du roi ou du duc; 2o de ne porter aucun dommage en la terre de l’Église, c’est-à-dire dans le Comtat d’Avignon; 3o d’empêcher Olivier du Guesclin et ses compagnons de passer la dite rivière et de porter dommage au royaume ainsi qu’à la dite terre de l’Église (Hay du Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 386). Les comptes des ducs de Bourgogne sont remplis de mentions relatives aux brigandages exercés par ces Bretons en Dombes (Arch. de la Côte-d’Or, B 8254, 8767, 9296; Invent., 111, 228, 299, 399) ainsi qu’en Bourgogne (Ibid., B 5255, 5311, 5619; Invent., II, 238, 245, 291), particulièrement vers le milieu de l’année 1375. Ici, c’est un héraut de Philippe le Hardi qui va de Dijon à Chalon «vers les capitaines des routes de gens d’armes», pour leur présenter des lettres de la duchesse de Bourgogne. Là, c’est un messager qui accourt de Chalon à Dijon avertir le duc que «Jean de Malestroit venoit en Bourgogne avec une grande quantité de gens d’armes et le prier de s’opposer à cette invasion» (Ibid., 3575; Finot, Recherches sur les incursions des Anglais, Vesoul, 1874, p. 112, note 5). Ailleurs, Jean de Chatenay, écuyer, se rend de Dijon à Jaucourt auprès de la duchesse de Bourgogne, pour lui «dire nouvelles des routes de gens d’armes estans en Lyonnois, devers lesquelles il avoit esté pourter lettres de creance du lieutenant de messire Olivier du Guesclin pardevers ma dite dame, de certaines choses que le dit lieutenant li avoit enchargié» (Ibid., B 4421; Invent., 111, 114).

[377] Par lettres patentes datées de Paris le 4 août 1374, Charles V assigna une pension annuelle de six mille francs d’or au seigneur de Coucy, qui donna quittance de la sixième partie de cette somme, c’est-à-dire de mille francs, le 8 novembre suivant (P. Anselme, Hist. généal. de la maison de France, VIII, 542).

[378] La concentration de ces bandes dut avoir lieu vers le milieu de 1375, sur les confins de la Champagne et des duché et comté de Bourgogne. Des lettres de rémission octroyées en octobre 1375 à Garnier, dit le Grangier, retracent une scène de pillage dont la seigneurie d’Amance (Aube, arr. Bar-sur-Aube, c. Vendeuvre), appartenant au doyen de Vendeuvre, avait été le théâtre «environ la Saint Michel archange», c’est-à-dire vers le 29 septembre précédent (Arch. Nat., JJ 107, no 278, fo 136). A Togny en Champagne (auj. Togny-aux-Bœufs, Marne, arr. Châlons-sur-Marne, c. Écury-sur-Coole), les habitants avaient été réduits à s’entasser dans des cachettes, «pour doubte des gens d’armes qui lors passoient continuelment par le pais pour aler en Autriche avec nostre amé et feal le seigneur de Coucy» (Ibid., no 337, fo 167).

[379] L’appel adressé par Enguerrand, seigneur de Coucy, comte de Soissons et de Bedford, aux cités de Strasbourg, de Colmar et autres cités impériales d’Alsace, contre Albert et Léopold, ses cousins, ducs d’Autriche, est daté de Massevaux ou Masmunster (Haut-Rhin, arr. Belfort), le 24 septembre 1375. D’où il y a lieu de conclure que le gros des Compagnies, après avoir remonté le cours de la Moselle, depuis Metz jusqu’à la source de cette rivière, s’avança vers la rive gauche du Rhin, en suivant les petits cours d’eau qui descendent du Ballon d’Alsace et viennent grossir l’Ill près de Mulhouse. Le seigneur de Coucy écrit aux villes impériales d’Alsace qu’il vient revendiquer la succession de Léopold Ier, son aïeul, usurpée par Albert et Léopold ses cousins. Il déclare que Wenceslas, duc de Brabant, lieutenant de l’empereur, l’a assuré qu’il ne mettrait aucun obstacle à cette revendication. Il termine en réclamant la fidélité, l’amitié, le concours effectif des bourgeois des villes impériales d’Alsace, en s’engageant, de son côté, à ne rien entreprendre contre eux et à concentrer tous ses efforts contre les fauteurs de ceux qui détiennent injustement son héritage (Wencker, Apparatus archivorum, 216; analysé par Schoepflin, Alsatia diplomatica, II, 272).

[380] Les Compagnies, s’étant répandues dans les duchés de Bar et de Lorraine avant d’entrer en Alsace, se firent payer par les bourgeois de Metz une indemnité de guerre de 34 000 francs. A cette condition, elles promirent d’épargner le territoire messin dans un rayon de trois lieues autour de cette ville. Quant à l’évêque de Metz Thierry, dont les domaines s’étendaient bien au delà du rayon ainsi épargné, il acheta la même faveur en payant une somme de 16 000 francs et en comblant de riches présents les principaux chefs de ces bandes (Hist. de Metz, Metz, 1775, II, 589). On voit par les registres de comptabilité du duché de Bar conservés aux archives de la Meuse que, dès la première quinzaine d’août 1375, Robert, duc de Bar, prit certaines mesures de précaution contre les bandes de Bretons et d’Anglais dont on lui avait annoncé la prochaine arrivée, en garnissant de bonnes troupes ses principales forteresses, notamment Saint-Mihiel, Gondrecourt, Foug et Lamothe en Bassigny. On y voit également que ces bandes, après avoir franchi la frontière du duché de Bar, traversèrent ce duché par le centre en passant par Revigny, vers le 28 août, et par Gondrecourt, dont quelques-uns de ces aventuriers occupèrent les faubourgs jusqu’au 12 septembre suivant (Servais, Annales historiques du Barrois, Bar-le-Duc, 1865, I, 302-304). On lit dans un des registres dont nous venons de parler que «li grant route des Bretons estoit ou paiix après la mixon l’an 75 avec le signour de Coucy». L’irruption de ces bandes dans la plaine de Metz dut par conséquent avoir lieu vers la mi-septembre 1375. Un cadet de la maison ducale de Bar, Pierre de Bar, seigneur de Pierrefort (château situé à Martincourt, Meurthe-et-Moselle, arr. Toul, c. Domèvre), prit part à l’expédition du seigneur de Coucy.

[381] Raoul de Coucy, seigneur de Montmirail (Marne, arr. Épernay), troisième fils de Guillaume, seigneur de Coucy, et d’Isabeau de Châtillon, frère puîné d’Enguerrand VI, était par suite l’oncle d’Enguerrand VII.

[382] Par actes datés de Reims le 3 mars et de Vienne le 2 mai 1376, Robert de Béthune, vicomte de Meaux, donna quittance des gages qu’il avait desservis à la poursuite des Compagnies (Bibl. Nat., collect. Clairambault, reg. 14, p. 917).