[363] Le traité de capitulation fut conclu le 21 mai 1375. Par ce traité Thomas Catterton, écuyer, capitaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, s’engageait à rendre cette place le 3 juillet suivant, si le roi d’Angleterre ne parvenait point dans l’intervalle à envoyer à la garnison des renforts suffisants pour obliger les Français à lever le siège, moyennant toutefois une somme de 40 000 francs d’or dont le payement lui fut solennellement garanti par Jean de Vienne, amiral de France, lieutenant du roi de France en Normandie, Milon de Dormans, qui venait d’être transféré du siège de Bayeux à celui de Beauvais, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, Guillaume Paynel, sire de Hambye, Guillaume du Fayel, dit le Bègue, Robert, seigneur de Pirou, Jean dit le Sénéchal d’Eu, Guillaume de Villiers, seigneur du Hommet, Jean de Blaisy, Jean le bâtard de Vernay, Raoul Tesson, Guillaume, seigneur de Magneville, Henri, seigneur de Colombières, Pierre Bardoul et Gui de Châtillon. Outre les 40 000 francs ainsi stipulés, il fut convenu que Thomas Catterton toucherait personnellement une somme de 12 000 francs, Thomas Trevet, une somme de 2000 francs et Hennequin Vallebreton, une somme de 1000 francs. Jean de Vienne dut promettre également de faire payer les rançons exigées de plusieurs hommes d’armes français, capturés par la garnison anglaise de Saint-Sauveur pendant le cours du siège. En retour, cette garnison livra huit otages en garantie de l’engagement qu’elle avait contracté de livrer la forteresse le 3 juillet. Ces huit otages étaient Thomas Trevet, Hochequin l’Inde, Jean de Burgh, Guillaume Maulevrier, Guillaume Chelleton, Janequin Noel, Willecoc Standon et Jean Hericié, que l’amiral Jean de Vienne interna, en les traitant avec les plus grands égards, dans les châteaux de Caen, de Falaise, de Rouen et de Vernon (Delisle, Hist. de Saint-Sauveur, p. 198 à 200; Preuves, p. 242 à 248).

[364] Le 15 juin 1375, Charles V notifia aux maréchaux de France qu’afin d’être le plus fort à la journée de Saint-Sauveur, il avait fait faire semonce générale à toutes manières de gens d’armes et arbalétriers du royaume pour se rendre à la dite journée (La Roque, Hist. de Harcourt, IV, 1597). M. Léopold Delisle a publié en 1867, comme pièces justificatives à la suite de son Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, un certain nombre d’articles de comptabilité où l’on trouve les noms de beaucoup des hommes d’armes qui se réunirent dans le Cotentin à la fin du mois de juin 1375, sous les ordres des deux maréchaux de France Mouton de Blainville et Louis de Sancerre ainsi que du premier chambellan Bureau de la Rivière (Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 257, 265 à 277). Les milices communales fournirent leurs contingents, et la ville de Châlons-sur-Marne, par exemple, envoya douze arbalétriers à la journée de Saint-Sauveur (Boutaric, Institutions militaires de la France, p. 220, note 2).

[365] A la fin de 1374 et au commencement de 1375, Jean Devereux était capitaine de Brest (Voy. plus haut, p. CXXI, [note 359]).

[366] Quimperlé, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du Finistère, est situé à une certaine distance de la mer. Ce qui explique jusqu’à un certain point l’expression d’île dont se sert Froissart, c’est que l’ancienne ville fortifiée de Quimperlé s’entassait sur une étroite langue de terre resserrée entre les deux rivières d’Ellé et d’Isole, à la pointe même où elles viennent confondre leurs eaux. Le périmètre de cette ancienne ville était seulement de six hectares formant un parallélogramme irrégulier dont chaque grande face avait pour fossé le lit de l’une de ces deux rivières.

[367] Cette trêve fut conclue à Bruges le 27 juin 1375 entre Jean, duc de Lancastre, qui s’intitule en outre roi de Castille et de Léon, traitant au nom d’Édouard III son père, et Philippe, duc de Bourgogne, investi des pleins pouvoirs de Charles V son frère; elle devait durer depuis le jour où elle avait été signée jusqu’au dernier jour de juin 1376. Jean de Montfort, duc de Bretagne, y fut compris avec cette réserve qu’il ne tiendrait sur pied que 200 hommes d’armes dans le duché pour la garde de ses villes. La trêve de Bruges stipulait: 1o la levée du siège de Saint-Sauveur-le-Vicomte, les bastilles construites par les Français restant en l’état; 2o la remise de Cognac entre les mains du Saint-Père, qui rendrait cette place, à l’expiration de la trêve, à qui de droit; 3o la mise en liberté de Jean de Grailly, captal de Buch, fait prisonnier par les Français à Soubise, le 23 août 1372, de Roger de Beaufort et de Jean de la Roche, neveu du dit Roger, capturés par les Anglais à la prise de Limoges le 19 septembre 1370, lesquels prisonniers on promettait de délivrer sous caution pendant quatre mois afin de les mettre en mesure de payer leur rançon, à la condition toutefois qu’il leur serait interdit de pénétrer en Guyenne; 4o l’envoi à Bruges, le 15 septembre suivant, de personnes notables munies des pleins pouvoirs des deux rois de France et d’Angleterre pour traiter de la paix; 5o l’annulation du traité de capitulation intervenu le 21 mai précédent entre Jean de Vienne, amiral de France, et Thomas de Catterton, capitaine du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et la remise du dit château au roi de France, le 15 juin 1376, moyennant le payement de 40 000 francs; 6o le retour des négociateurs à Bruges, le 12 juin de l’année suivante, quinze jours avant l’expiration de la présente trêve (Rymer, vol. III, pars II, p. 1032 à 1034). Le duc de Bourgogne et les deux légats du pape étaient arrivés à Bruges dès la fin de mars 1375. Le dimanche 25 de ce mois, Philippe le Hardi donna dans cette ville un grand dîner diplomatique où il eut pour convives l’archevêque de Ravenne (Pileus de Prata), l’évêque de Carpentras (Guillaume de Lestrange), l’évêque d’Amiens (Jean de la Grange), Jean, comte de Saarbruck, Hue de Châtillon, maître des arbalétriers, messire Arnaud de Corbie, premier président du Parlement «et autres gens du roy estans à Bruges ainsi que plusieurs chevaliers, escuiers, bourghemaistres, officiers et bourgois de la dite ville» (Itinéraire de Philippe le Hardi, dressé par M. Ernest Petit).

[368] Le 27 juin 1375, le jour même où la trêve de Bruges fut conclue et signée, Jean, duc de Lancastre, expédia une dépêche à Thomas de Catterton pour inviter le capitaine de Saint-Sauveur à publier dans le Cotentin les articles de cette trêve qui concernaient la forteresse assiégée par les troupes du roi de France (Ibid., 1034). Cette lettre arriva sans doute trop tard à destination, et c’est ainsi que la convention du 21 mai fut rigoureusement exécutée, quoiqu’elle eût été annulée par le traité du 27 juin. Le roi d’Angleterre protesta avec énergie et prétendit qu’on eût dû s’en tenir aux stipulations de la trêve de Bruges et les exécuter strictement. Le 2 août suivant, il donna pleins pouvoirs à Jean, évêque de Hereford, à Jean, sire de Cobham, à Henri Le Scrop, bannerets, à maître Jean Shepey, docteur en droit, pour poursuivre l’exécution de la clause de la trêve de Bruges relative à Saint-Sauveur (Ibid., 1059); ces protestations n’aboutirent à aucun résultat, et la convention du 21 mai 1375 eut son plein effet.

[369] Le 3 juillet 1375, la garnison anglaise évacua le château de Saint-Sauveur et s’achemina vers le havre de Carteret, où Thomas de Catterton devait s’embarquer avec ses compagnons pour rentrer en Angleterre (Delisle, Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 185, 263, 264). On fit expédier des lettres de rémission aux Français mêlés à cette garnison. Le mécontentement fut très vif en Angleterre, où Guillaume de Latymer et Thomas de Catterton furent accusés de trahison (Rotuli parliament., II, 325). Charles V récompensa dignement tous ceux de ses serviteurs qui avaient concouru à amener le recouvrement de cette importante forteresse. Il concéda en usufruit les revenus de la baronnie de Saint-Sauveur à Bureau de la Rivière (Ibid.; Preuves, p. 297). Le 15 juillet 1375, il autorisa Jean le Mercier, qui avait mené à bien la partie financière de l’opération, à accepter une somme de six mille francs qui lui était offerte en témoignage de reconnaissance par les habitants de la basse Normandie (Ibid.; Preuves, p. 277, 279). Milon de Dormans, le prélat guerrier et patriote, qui avait tenu garnison dans la bastille de Beuzeville, fut promu à l’évêché de Beauvais, qui lui conférait la dignité de pair de France et d’où sa famille tirait son origine. Huguenin du Bois, capitaine de Bricquebec, fut gratifié d’un don de 600 francs (Ibid.; Preuves, p. 219), et Henri de Colombières reçut 200 francs pour remettre en bon état de défense son château de la Haye-du-Puits (Ibid., p. 288, 289). Comme nous l’avons fait remarquer plus haut (Voy. p. CXIX, [note 357]), Froissart s’est trompé en rapportant à Du Guesclin l’honneur d’avoir mis le siège devant Saint-Sauveur-le-Vicomte et d’avoir obtenu la reddition de cette place; cet honneur appartient à Jean de Vienne. Au moment où l’on commença le blocus, le connétable de France guerroyait en Languedoc avec le duc d’Anjou, d’abord contre les Compagnies, ensuite contre la Réole et les forteresses anglo-gasconnes situées sur les confins de l’Agenais et du Bordelais. Nous ne retrouvons Bertrand en basse Normandie qu’à la fin de décembre 1374. Le 14 de ce mois, le connétable, qui s’intitule dès lors seigneur de Tinténiac, parce que la seigneurie de ce nom venait de lui être apportée en dot par sa seconde femme Jeanne de Laval, le connétable se trouvait à Pontorson, où il donna quittance de 100 livres tournois au receveur d’Avranches (Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 1433, dossier Du Guesclin). En supposant qu’il ait mis à profit son séjour en basse Normandie pour prendre une part quelconque aux opérations commencées dès lors contre Saint-Sauveur-le-Vicomte, il ne put faire devant le château ainsi assiégé qu’une simple apparition.

[370] Enguerrand VII, seigneur de Coucy, comte de Soissons, de Marle et de Bedford, était par Catherine sa mère, mariée à Enguerrand VI, le petit-fils de Léopold Ier, dit le Glorieux, troisième fils d’Albert de Habsbourg, duc d’Autriche de 1282 à 1308. Léopold Ier mourut à Strasbourg le 28 février 1326. Catherine d’Autriche était, non la sœur germaine, mais la nièce de Frédéric Ier le Beau, duc d’Autriche de 1308 à 1330, d’Albert II le Sage, frère puîné et successeur de Frédéric le Beau, décédé le 23 juillet 1358; elle était par conséquent la cousine germaine de Rodolphe IV l’Ingénieux, de Frédéric II, d’Albert III et de Léopold II, fils et successeurs d’Albert II, dont le second, Frédéric II, fut tué à la chasse le 10 décembre 1362 et dont l’aîné, Rodolphe IV, mourut à Milan, à l’âge de 22 ans, le 27 juillet 1365.

[371] Le seigneur de Coucy ne revendiquait pas le duché d’Autriche, mais seulement des biens allodiaux situés dans l’Alsace, le Brisgau et l’Argovie, qu’il prétendait avoir été assignés en dot à sa mère. Albert III et Léopold II, contre lesquels Enguerrand VII prit les armes, possédèrent par indivis le duché d’Autriche jusqu’en 1379; à cette date, un partage définitif intervenu entre les deux frères assura l’Autriche tout entière et quelques villes de la Styrie à Albert III, tandis que la Carinthie et le surplus de la Styrie échurent à Léopold II, qui fut en outre mis en possession des biens de sa maison situés en Alsace, en Souabe et en Suisse (Art de vérifier les dates, III, 573, 574; II, 721, 722; P. Anselme, Hist. généal. de la maison de France, VIII, 542-545). Cf. l’Abrégé de la vie d’Enguerrand VII du nom, sire de Couci, avec un détail de son expédition en Alsace et en Suisse, par le baron de Zurlauben, dans Histoire de l’Académie des inscriptions, XXV, 168-186.

[372] Avant de mettre son épée au service du Saint-Siège, vers la fin de 1369, au moment où la lutte allait se rallumer entre Charles V et Édouard III, le seigneur de Coucy, gendre du roi d’Angleterre, auquel il répugnait de prendre parti, soit contre son suzerain, soit contre son beau-père, avait déjà cherché et trouvé une diversion en déclarant la guerre à Albert et à Léopold, ducs d’Autriche, ses cousins. Nous possédons aux Archives, dans le fonds de Montbéliard, un acte daté du 10 novembre 1369, par lequel Enguerrand, seigneur de Coucy, comte de Soissons et de Bedford, s’oblige à payer une somme de 21 000 francs à Étienne, comte de Montbéliard et seigneur de Montfaucon, lequel a promis de l’aider dans la guerre qu’il a déclarée à Albert et à Léopold, ducs d’Autriche (Arch. Nat., K 1752, no 15).