[353] Le 25 octobre 1375, Charles V envoya de Senlis Charles de Poitiers, l’un de ses chambellans, vers Louis, comte de Flandre, en le chargeant de remettre au dit comte une lettre close où le roi de France invitait son vassal à rejoindre à Saint-Omer ses «très amez frères d’Anjou et de Bourgoigne, vostre filz, es traictiez encommenciez pour le bien de paix entre nous et nostre adversaire d’Angleterre» (Delisle, Mandements de Charles V, p. 610, 611, no 1174a). Le 2 novembre suivant, Louis, duc d’Anjou, qui se rendait à Saint-Omer, était de passage à Guise, ville qui lui avait été apportée en dot par Marie de Bretagne, fille de Charles de Blois, sa femme (Bibl. Nat., Quittances, XXI, no 1706).

[354] Ces deux légats étaient Pileus de Prata, archevêque de Ravenne, et Guillaume de Lestrange, d’abord évêque de Carpentras, promu à l’archevêché de Rouen à la fin de 1375. C’est également à l’instigation de ces deux légats que l’on avait entamé les premières négociations à Bruges dès les premiers mois de cette année.

[355] Par acte daté de Bruges le 4 février 1376, Louis, duc d’Anjou, fit payer une somme de 400 francs à Gui, seigneur de Laval et de Châteaubriand, pour ses gages «en la compagnie de monseigneur le duc ou voyage de Bruges que mon dit seigneur y fist pour le traité de la paix» (Arch. Nat., KK 245, fo 47).

[356] Dès la fin de 1372, Charles V avait arrêté le projet de reprendre aux Anglais Saint-Sauveur-le-Vicomte; l’usufruit de cette vicomté fut promis dès lors à Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, par des traités passés les 20 novembre, 1er et 15 décembre de cette année (Voy. plus haut, p. LV, [note 177], et p. [LVI)]. Le 27 décembre 1372, il chargea Louis Thesart, évêque de Bayeux, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, ses conseillers, maître Thomas Graffart, archidiacre d’Auge, l’un de ses secrétaires, Raoul Paynel, capitaine de Coutances, Jean Martel, capitaine de Falaise, les baillis de Caen et de Cotentin, Raoul Campion, son receveur général en basse Normandie, Robert Assire, vicomte d’Auge, Robert Aupois, maire de Falaise, Nicolas le Prestrel, bourgeois de Saint-Lô, de lever dans la partie de la Normandie située à l’ouest et au midi de la Seine une imposition de 40 000 francs pour le recouvrement du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte occupé par les Anglais (Arch. Nat., K 49, no 69; Delisle, Hist. de Saint-Sauveur, 208 à 210). Toutefois, le siège de cette forteresse ne commença réellement que vers le milieu de 1374. Le 1er août de cette année, Jean de Vienne, vice-amiral de la mer, fut chargé de diriger les opérations avec le titre de capitaine général, et Milon de Dormans, qui avait succédé sur le siège de Bayeux à Louis Thesart, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, Jean le Mercier et le Bègue de Fayel furent adjoints comme commissaires du roi à ce capitaine général, tant pour le seconder dans la direction des opérations que pour présider à la levée des aides, à la confection des engins, au recrutement, à l’armement, à l’approvisionnement et au payement de la solde des troupes (Arch. Nat., K 50, no 9; Delisle, Hist. de Saint-Sauveur, p. 212 à 215). Comme Jean de Vienne, mis à la tête des forces assiégeantes, portait le titre de vice-amiral, Froissart, aussi peu familier avec la géographie de la Normandie qu’avec celle de la Bretagne, a supposé que le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, situé à plusieurs lieues de la mer, pouvait être bloqué par une flotte. En réalité, la rivière d’Ouve, qui fait communiquer ce château avec la baie des Veys, n’est navigable que pour de simples barques, et ce fut surtout pour enlever aux assiégés tout moyen de se ravitailler par cette voie que Jean de Vienne fit construire, dès le début du siège, les bastilles du Pont-d’Ouve (auj. écart de Saint-Côme-du-Mont, Manche, arr. Saint-Lô, c. Carentan), de Beuzeville (Manche, arr. Valognes, c. Sainte-Mère-Eglise, sur la rive droite de l’Ouve), de Pont-l’Abbé (auj. écart de Picauville, Manche, arr. Valognes, sur la rive gauche de l’Ouve) et de Pierrepont (auj. Saint-Sauveur-de-Pierrepont, Manche, arr. Coutances, c. la Haye-du-Puits). En septembre et octobre 1374, Milon de Dormans, évêque de Bayeux, se tenait en personne dans la bastille de Beuzeville, tandis que le vice-amiral Jean de Vienne, bloquant d’un peu plus près la place assiégée, avait son quartier général à Pont-l’Abbé. Cf. Delisle, Hist. de Saint-Sauveur, p. 188, 189.

[357] C’est par erreur que Froissart et aussi Jean de Noyal (Delisle, Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 275) font honneur à Bertrand du Guesclin de l’expulsion des Anglais du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Cette erreur était déjà accréditée en basse Normandie au commencement du XVe siècle, comme on le voit par une enquête faite à Valognes en 1423 (Ibid., p. 340).

[358] Trois habiles ingénieurs, Gérard de Figeac, Nicole de Billy et Bernard de Montferrat, servant sous le vice-amiral Jean de Vienne, le premier aux gages de 15 francs, les deux autres aux gages de 12 francs par mois, fabriquèrent pour le siège de Saint-Sauveur des canons plus puissants que ceux dont on s’était servi jusqu’alors. Un engin, dit le gros canon de Saint-Lô, parce que Girard de Figeac l’avait fait forger dans cette ville, lançait des pierres pesant cent livres (Delisle, Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 237, 238, 241). Un autre grand canon de fer, fabriqué dans la halle de Caen du 20 mars au 3 mai 1375 par quatre maîtres de forge travaillant sous la direction de Bernard de Montferrat, nécessita l’emploi de 885 livres de fer d’Auge, de 1200 livres de fer d’Espagne et de 200 livres d’acier (Ibid., p. 186 à 190). Ces batteries de canons, établies sur le mont de la Place à Rauville (Manche, arr. Valognes, c. Saint-Sauveur), un peu à l’est du château de Saint-Sauveur, et aussi dans l’enceinte de l’abbaye que les assiégeants avaient convertie en bastille, firent pleuvoir sur le château, principalement du 10 au 21 mai 1375, date de la capitulation, une pluie de grosses pierres taillées en forme de boulets.

[359] Par acte daté du palais de Westminster le 24 novembre 1374, Édouard III institua Edmond, comte de Cambridge, et Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemond, ses lieutenants spéciaux et capitaines généraux dans le duché de Bretagne (Rymer, III, 1018, 1019). Les 16 et 24 décembre suivants, le roi d’Angleterre enjoignit à Hugh Tyrel, capitaine du château d’Auray, à Jean Devereux, capitaine du château de Brest, de recevoir en toute obéissance les ordres du duc de Bretagne et du comte de Cambridge, qui sont «ja à aler en Bretaigne», et de leur livrer les dits châteaux à leur premier commandement (Ibid., 1019, 1020).

[360] A la fin de son récit de l’expédition du duc de Lancastre en France pendant la seconde moitié de 1373, Froissart avait déjà mentionné par avance le décès d’Édouard Spencer, l’un de ses protecteurs, qui mourut en novembre 1375 (Voy. plus haut, p. CIII, [note 311]).

[361] Des détails aussi précis et aussi minutieux doivent émaner de quelqu’un qui se trouvait, à ce moment du siège, dans l’intérieur de la place. Il y a lieu par conséquent de supposer que Froissart a raconté le siège de Saint-Sauveur d’après la version de l’un des hommes d’armes anglais qui avaient concouru à la défense. Si l’on admet cette supposition, on s’explique plus aisément l’erreur assez grave que le chroniqueur de Valenciennes a commise en plaçant Bertrand du Guesclin à la tête des assiégeants. Ceux-ci avaient intérêt à annoncer soit la présence, soit la prochaine arrivée de Bertrand, à cause de la terreur que le nom seul du connétable de France inspirait à ses adversaires; mais on n’a pu ajouter foi à ce faux bruit que dans les rangs des assiégés.

[362] Pendant les derniers mois du siège de Saint-Sauveur, c’est-à-dire au printemps de 1375, Bertrand du Guesclin ne guerroyait point en basse Normandie, mais en Saintonge. Il assiégeait alors Cognac, qui se rendit le 1er juin (Grandes Chroniques de France, VI, 346).