—Hourrah! Hourrah pour le Cyclope! L’Amour tâche à lui ressembler. Cache-toi, ô Amour! Tu connais les cachettes!

Le Cyclope les écoutait, stupide. Les éclats grecs de ces voix traversaient de ses pavillons la forêt épaisse, que les optatifs chatouillaient. Une minute il semblait les y retenir, penchant la tête, comme un vin dans une coupe; puis, laissait aller la louange par l’énorme canal qui conduit au marteau. Celui-ci frappait sur l’enclume, l’enclume sur le tympan. Alors il entendait. Mais son tympan était si sonore et si large qu’on l’entendait entendre.

—Étranger, dit-il enfin, tu as la langue bien pendue. S’il est permis avec toi de n’avoir qu’un œil, il ne l’est point de n’avoir qu’une oreille!

Alors les matelots, comprenant qu’ils étaient sauvés, claquèrent des mains et crièrent:

—Ce n’est pas du miel qu’il y a sur les lèvres du Cyclope! Ou alors, avec ce miel, l’abeille oublia son aiguillon. Il a de la répartie comme un diable!

—Étrangers, répondit le Cyclope, j’aime vos discours. Je m’en voudrais de vous cacher qu’un jour viendra où vous me servirez de pâture. Mais que cela ne nous empêche point d’être amis! La cuisinière alerte tuera les poules, mais elle est la bienvenue dans la basse-cour et la gent ailée, à l’envi, s’ébroue de joie à sa vue.

Alors les compagnons d’Ulysse, comprenant qu’ils étaient perdus, s’écrièrent:

—Il a raison! Ébrouons-nous à l’envi! Le Troyen qui affirmera que la cuisinière alerte n’est pas la meilleure amie des poules, nous lui enfoncerons,—dans sa bouche fendue de biais comme l’œil amande de l’hypocrite asiatique,—à coups de maillets, une betterave!

Le Cyclope tourna le dos au feu. Sa longue barbe était pleine des débris de l’antilope, mais les matelots n’osèrent le lui signaler sachant que les hommes eux-mêmes se froissent d’une telle remarque, que l’intérêt public pourtant inspire seul.

—Et toi, dit enfin le géant à Ulysse, qui as la langue comme un python pendu par la queue et par elle pourrais soulever un bœuf, quel est ton nom?