C’est Mrs. California Asterell qui frappe à ma porte, et me crie:

—Réveillez-vous! Don Manuel! Habillez-vous! Il est neuf heures, et je vous apporte la nouvelle la plus heureuse du monde.

Que ferais-je du bonheur à cette heure-ci? Mon cœur, mes yeux n’ont pas encore leur provision d’ombre. Je n’ouvrirai pas plus ma porte à Mrs. Callie que ma fenêtre au soleil.

Elle refrappe; je la devine, penchée à demi, souriant à ma serrure comme elle sourit à son téléphone.

—Seriez-vous mort, Don Manuel? C’est la fortune qui vient vous prendre au lit, et vous fermez la porte à clef!

—Je dors, Mrs. California.

—Grave maladie, Monseigneur. Frottez-vous les yeux, hâtez-vous. Puis lavez-les à grande eau. Puis, passez à la douche froide. Et peut-être alors verrez-vous.

—Je vois, Mrs. Hôtesse. Je vous vois. Et ce n’est point beau de montrer ainsi votre gorge.

Son peignoir doit lui monter au menton, mais je parie qu’elle regarde, pour se rassurer, dans la glace de l’antichambre... C’est ainsi que nous flirtons, elle qui a trente ans, moi qui en ai dix-neuf, à travers mon dernier sommeil, chaque matin, comme deux bergers que sépare une rivière.

D’un bond je vais ouvrir; d’un bond, je me recouche. Je m’arrange pour qu’un de mes pieds sorte des draps, genou compris, et ma poitrine est peu couverte. Mrs. Callie n’osera poser ses yeux que sur mes yeux, et je la regarderai fixement, affectant de croire qu’elle s’y complaît. Et elle continuera de sourire de ce sourire lassé et solitaire qui se débat à peine, cloué sur son visage, comme une hirondelle blessée sur une porte.