Il passait devant la maison de son oncle. Il entra. Le capitaine Golaud habitait une petite rue qui portait son nom: la municipalité l’avait baptisée alors que lieutenant il avait enlevé à lui seul une batterie chinoise. Dans la salle à manger, il découpait la bordure noire de quelques lettres de faire-part; il les conservait, ainsi inoffensives, pour connaître le détail des familles. Les volets étaient fermés; un rayon était pris dans une des fentes transversales; il semblait avoir été mis là par le facteur. Au mur, des cartes de navigation, semées d’îles si minuscules qu’on y devait, au lieu d’enterrer les morts, les jeter à l’eau comme d’un navire. Une étoile de mer était accrochée à un ruban. Un sabre pendait à une écharpe. Tout devenait une médaille chez l’oncle Golaud, chevalier de la Légion d’Honneur.

Bernard l’embrassa.

—Mon oncle, je viens te demander un conseil, un ordre.

Hypocritement, il donnait de l’importance à cette visite faite par hasard. Par compassion sans doute, pour que le vieux soldat ne finît point par se croire inutile et méprisé.

L’oncle ferma la fenêtre qui donnait sur la rue Golaud.

—Tu ne m’en as guère demandé pour tes palmes. Que deviens-tu? Bonjour.

Bernard s’était vanté, dans une lettre à ses parents, d’avoir refusé le titre d’officier d’Académie. Le capitaine trouvait de mauvais ton cette répugnance.

—J’aime une jeune fille.

L’oncle sourit.

—L’amour est le grand chef. Épouse-la. Tu l’aimes?