Nous sommes partis. Tous les cinquante mètres nous donnons au colonel un peu de repos et nous relayons. Jeudit qui était resté étendu près de lui depuis sa blessure, le forçant à faire le mort quand les Allemands passaient, porte son képi, son sabre. Il s’occupe uniquement de sa tête pâle; il la soutient parfois de sa main, il fait un oreiller d’une musette qu’il remplit de foin; essuie son front, car il a chaud; le coiffe d’un bonnet, car il a froid; à son exemple, chaque soldat réserve sa sollicitude pour un bras, une main, une épaule, n’osant, dans sa modestie, s’occuper du colonel entier et lui, pour nous remercier, se divise aussi entre nous.
—Jeudit, mon cou!
—Dollero, mon bras!
Un gros paysan bégaye une phrase qu’il prépare depuis les gerbes.
—Tout va très bien, mon colonel, tout va très, très bien!
Le colonel sourit, et c’est le paysan désormais encouragé, qui s’occupe du cœur, qui dit que la guerre ira bien, qu’il fait froid, mais qu’il fait beau. On enlève la capote de celui qui a le moins de courroies à défaire et on l’étend sur le blessé. Il divague un peu.
—Fermez les fenêtres.
—Nous les fermons, disent les soldats.
Il ouvre les yeux, il voit le village qui brûle. Il murmure, parlant pour s’éviter de penser:
—Ce feu me gêne.... me gêne!