—Nous l’éteignons, mon colonel, disent les hommes.

Partout des plaintes; les plaintes des gens de la ville, qui nous appellent par nos grades; les plaintes des paysans, inarticulées, toutes différentes selon les régiments, car les blessés de la Loire font: Holà, holà! ceux du Nord: Lo! lo! et les Bourbonnais: Voilà! voilà! Je reconnais les miens à ce cri qui offre ce dont ils souffrent. Voilà! mon épaule! Le colonel frissonne d’entendre cet homme se plaindre de sa propre blessure.

—Emportez-moi!

—On ne peut pas, mon vieux!

—Mais vous portez un autre.

—C’est le colonel.

Cela leur donne une minute de résignation; et, de préférence, c’est auprès d’un blessé que nous faisons nos pauses. Il nous raconte son malheur, sa blessure, se tait quand nous le quittons, puis, dès que nous sommes à nouveau éloignés, il nous appelle, il se débat:

—Emmenez-moi, mon colonel!

Nous crions que nous allons revenir. Les uns nous maudissent. Les autres naïvement nous croient et nous expliquent comment nous les retrouverons.

—Tu vois, c’est à gauche de la grande gerbe, près de la haie. J’allumerai de temps en temps des allumettes.