—Vous avez eu des blessés?

—Oui.

—Et des tués?

—Oui.

Elles n’osent pas nous demander le nombre exact. Elles sentent en elles augmenter peu à peu le chiffre de ceux qu’elles sacrifient; il y en a peut-être eu dix, quinze, vingt, mon Dieu peut-être trente.

—Cinq cents, dit Bergeot.

Elles sont atterrées. Bergeot dit qu’il exagère peut-être et maintenant leur pensée malhabile, peu à peu, de ces cinq cents morts sauve un par un quelques survivants, dix, quinze, puis vingt. C’est un peu comme si leur revenaient ceux-là justement qu’elles avaient acceptés pour morts. Ah! si seulement il pouvait s’en sauver trente!

Nous repartons. Ici l’on ne donne que des objets pour enfants,—c’était la maternelle,—de petits mouchoirs, de petits pots de confitures, de petits pains. Là des femmes ont sauvé du vin et nous le versent par litres. Au milieu de la route, un ouvrier agite une bouteille et la vide dans nos quarts.

—Buvez, buvez, dit-il, ils ont tué mon fils.

C’est du byrrh.