—Ah! regarde le grand brun! Ah! regarde le gros rouge!
Mais on contient sa passion, et les voisins ne reçoivent pas moins que le favori. De chaque fenêtre, on nous crie:
—Que voulez-vous?
—Des allumettes!
On nous distribue le paquet d’allumettes, chacun en a deux, le dernier même, c’est la chance, en a trois.
—Du savon!
Le savon sort, par carrés de Marseille, puis par savonnettes, puis on nous donne la savonnette entamée. De vieux messieurs nous demandent le numéro des régiments qui nous suivent, car ils auraient préféré peut-être, au fond de leur cœur, être délivrés par leur fils, ou leur petit-fils, ou leur gendre, mais après tout qu’est-ce que cela fait! et ils nous accompagnent une minute, par politesse, nous demandant d’où nous venons.
—D’Alsace.
Ils deviennent un peu plus cérémonieux: que ce devait être beau quand nous sommes entrés à Mulhouse! Quels étaient les numéros des régiments qui étaient avec nous là-bas?
Des vieilles nous suivent, donnant leur sucre morceau par morceau. Sous nos capotes, elles ne reconnaissent personne, et, comme elles marchent à notre pas sans s’en douter, elles donnent toujours au même. Dans leurs tabliers empesés, leur bonnet gauffré, elles regardent avec humilité nos déchirures, nos taches, elles demandent si nous allons loger dans la ville, elles nous blanchiraient, et aussi, pendant une courte halte, elles hasardent enfin la question qui les torture: