Après avoir signé la bulle de canonisation, Grégoire IX déclara qu’il ne doutait pas plus de la sainteté de saint Dominique que de celle des apôtres Pierre et Paul ; de nombreuses générations de chrétiens l’ont redit avec lui. Il est impossible, en effet, d’imaginer une abnégation plus complète de soi-même, une vie plus entièrement vouée au service de Dieu. Depuis le jour où, jeune étudiant à Palencia, il vendait ses livres pour secourir les pauvres, jusqu’à celui où mourant, il adressait à ses religieux ses dernières exhortations, saint Dominique n’a poursuivi qu’un but, la gloire de Dieu ; et c’est ce qui donne à sa vie une merveilleuse unité. En cela, il ressemble à un grand nombre de saints ; mais sa physionomie devient plus précise et plus personnelle, quand on considère les moyens dont il s’est servi. Parmi les élus, les uns se consacrent à la contemplation des choses divines ; pour mieux pratiquer l’ascétisme, ils s’enfoncent dans la solitude, s’enferment dans les cloîtres, afin qu’aucun bruit extérieur ne vienne troubler leurs extases. D’autres se lancent dans l’action, soit pour opérer des miracles de charité, soit pour étendre toujours plus loin le règne de l’Évangile. Quelques-uns même arrivent à la sainteté par des moyens qui répugnent à notre délicatesse et étonnent notre esprit. Rares sont ceux qui ont uni harmonieusement le mysticisme et l’action, en les poussant l’un et l’autre jusqu’au sublime.

Saint Dominique fut de ceux-là. Si l’on considère ses austérités, si l’on se rappelle le cilice qui était attaché à sa chair, la chaîne de fer qui adhérait à ses reins, les disciplines qu’il se faisait donner jusqu’au sang, les abstinences qu’il pratiqua toute sa vie, les nuits entières qu’il passa en prières ; si l’on n’oublie pas qu’il a fondé un Ordre de religieuses cloîtrées qui, derrière leurs grilles, se vouent à la pénitence et à la contemplation, il nous apparaît comme un mystique digne de figurer sur les autels à côté de saint Bruno, sainte Thérèse, saint Paul de la Croix. Mais le même Saint a parcouru à pied l’Europe occidentale pour prêcher ; il a fait entendre sa voix à des milliers de villes et de bourgades ; il a fondé un Ordre où tout converge vers l’action de l’apostolat ; il a organisé lui-même la plupart de ses couvents, dirigé les délibérations de ses Frères réunis en Chapitre. Savant dans les choses du ciel, connaissant à merveille les choses de la terre, il excellait à conduire ou une négociation ou une controverse, à gérer des intérêts matériels, à faire des achats, des échanges, des comptes d’exploitation rurale pour assurer l’existence de ses chères filles de Prouille. Ami de Simon de Montfort, conseiller des Papes, il a été mêlé aux affaires politiques les plus importantes de son temps : il a jugé les hérétiques ; le crucifix à la main, il a paru dans les batailles, et, à peine âgé de cinquante-un ans, il est tombé, épuisé par son activité autant que par ses macérations.

C’est ce qui a rendu son influence si profonde et si durable. C’est ce qui nous permet aussi de rechercher dans sa vie des enseignements qui s’appliquent à merveille aux nécessités de l’heure présente. Ce n’est plus seulement en Lombardie ou dans le Languedoc que l’Église est aujourd’hui reniée et que la société est agitée par des doctrines néfastes. Ce n’est plus dans un pays isolé que les gouvernements favorisent les missionnaires de l’erreur et entravent les apôtres de la vérité. Les grands moyens qu’employa saint Dominique avec tant de succès, sont encore nécessaires aujourd’hui ; plus que jamais, il faut des Prédicateurs ; plus que jamais, il faut que l’Église fasse œuvre de science et que, tout en augmentant en eux-mêmes par la prière et les secours surnaturels, la vie divine, ses défenseurs ne manquent pas d’aller puiser dans les Universités et dans l’étude, la connaissance des choses divines et humaines.

La vie de saint Dominique est encore une école de patience et de courage. Après dix ans de prédications en Languedoc, il n’avait encore que quinze compagnons et les hérétiques semblaient triompher ! Mais sa foi restait inébranlable et, cinq ans après, plus de mille Frères étaient répandus dans le monde chrétien tout entier, attestant par leur zèle combien était féconde cette œuvre qui avait paru d’abord échouer. Il n’avait pas attendu le succès pour avoir confiance : ouvrier dans la vigne du Seigneur, il était assuré d’avance que le Père céleste la ferait fructifier.

BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES ET DOCUMENTS DU TREIZIÈME SIÈCLE.

Jourdain de Saxe. — De l’origine de l’Ordre des Frères Prêcheurs. Successeur immédiat de saint Dominique comme Maître général de l’Ordre, Jourdain de Saxe écrivit ce récit sommaire avant la canonisation du Saint, avant 1234. Ce texte est imprimé dans le recueil des Bollandistes Acta Sanctorum, 4 août, p. 545 ; et a été réédité par le R. P. Berthier O. P., professeur à l’Université catholique de Fribourg. Écrit par un ami et un disciple de saint Dominique, ce texte a une valeur capitale.

— Lettre encyclique adressée par le Maître général Jourdain de Saxe à l’Ordre, sur la translation de saint Dominique. Elle fut écrite entre le 24 mai 1233, date de la translation, et le 13 juillet 1234, date de la canonisation du saint. C’est le récit d’un témoin oculaire ; nous nous en sommes particulièrement servi. — Éditée par les Bollandistes, ibidem.

Actes de Bologne et de Toulouse, recueil des dépositions sur la vie, les vertus et les miracles du Saint, qui furent recueillies en 1233, par les commissaires enquêteurs dans le procès de canonisation. Nous nous en sommes servi pour décrire les traits particuliers de la vie et du caractère de saint Dominique. — Édités par les Bollandistes.