[Note 571: ][(retour) ] Cheruel, Marie Stuart et Catherine de Médicis, Paris, 1858, ch. II. p. 17-28.

[Note 572: ][(retour) ] Id., ibid., demande en mariage faite en septembre 1564--le traité de Troyes est du 11 avril--par Castenau de Mauvissière.--Nouvelle demande en février 1565, par Paul de Foix, Mignet, Histoire de Marie Stuart, 1851, t. I, app. D, p. 473 sqq. Cf. t. I, p. 195-199.

[Note 573: ][(retour) ] Sur la culpabilité ou le degré de responsabilité de Marie Stuart dans l'assassinat de Darnley et son mariage avec Bothwen, on peut lire Mignet, Histoire de Marie Stuart, 1851, 2 vol.--Cf. Martin Philippson, Histoire du règne de Marie Stuart, 3 vol., Paris, 1891-1892.--Gauthier, Histoire de Marie Stuart, 2e éd., Paris, 1875, et enfin Andrew Lang, The Mystery of Mary Stuart, Londres 1900, qui reprend les discussions antérieures et revendique pour Marie le bénéfice du doute.

Cette application hypocrite de la raison d'État, sous couleur de justice et de vertu, et l'acharnement des protestants d'Angleterre et d'Écosse, qui lui donnait un air de persécution religieuse, provoquèrent dans tout le monde catholique, et particulièrement en France, la seconde patrie de la victime, une grande indignation. On oublia les fautes passionnelles, dont Marie Stuart, d'ailleurs, d'après les idées du temps, ne devait compte qu'à Dieu, et on ne vit plus en elle qu'une martyre de sa foi. Le pape Pie V, par une bulle du 25 février 1570, qui fut placardée sur la porte de l'évêque anglican de Londres le 15 mai, excommunia et déposa la Jézabel anglaise, comme hérétique et bâtarde. Ce fut pour conjurer l'effet de ce jugement privatoire et détourner la France de s'unir contre elle avec l'Espagne qu'Élisabeth encouragea les avances à la Reine-mère. Elle avait trente-sept ans: le Duc d'Anjou, seulement dix-neuf. Mais cette différence d'âge pouvait-elle entrer en compte avec les avantages et les espérances que le Vidame, un imaginatif de grande envergure, énumérait avec une confiance superbe. «Monseigneur (le duc d'Anjou) (devenu l'époux d'Élisabeth) pouroit instement (justement) avec forces du Roy (de France), faveur d'Angleterre et moiens du prince d'Orange (Guillaume de Nassau) avoir la confiscation de la Flandre par droict de féodalité pour félonie commise.» Ainsi «la Maison d'Autriche qui se bastit l'Empire héréditaire et la monarchie trouverait en ung instant deux frères, roys ausy puissants l'ung que l'autre, pour contre poids de son ambition, ligués avec les princes protestants de l'Allemaigne, et auroient les deux frères plus de part en l'Empire que ceulx» qui se veulent attribuer tout pouvoir «par la ruyne des anciennes Maisons de la Germanie». «Le partage de monsieur d'Alençon (le dernier fils de Catherine) serait aisé à trouver en la duché de Milan avec la faveur de l'Allemaigne, des Suisses ausy et des princes italiens dévotieux de la France, et, si besoing estoit pour le recouvrement du royaume de Naples, la faveur du Turc se trouveroit par après bien à propos.» De cette façon, «ung grand plaisir viendrait à la Royne de veoir tous ses enfants roys»[574].

[Note 574: ][(retour) ] Octobre 1570, H. de La Ferrière, Le XVIe siècle et les Valois, d'après les documents inédits du British Museum et du Record Office, 1879, p. 270-271.

Catherine fut tellement éblouie par ce mirage d'avenir qu'elle oublia de se demander si Élisabeth était sincère.

Le duc d'Anjou résistait à l'appât; il avait des préventions contre cette vieille fille coquette, amoureuse de son corps, sensible aux hommages et au frôlement des beaux jeunes hommes, et dont les familiarités avec son cousin Leicester prêtaient à des bruits fâcheux. «Il m'a faict dire par le Roy, écrivait la Reine-mère à La Mothe-Fénelon, ambassadeur de France à Londres, qu'il ne la veut jamais espouser, quand bien mesme elle le voudroit, d'aultant qu'il a toujours si mal ouï parler de son honneur et en a vu des lettres escriptes de tous les ambassadeurs qui y ont esté qu'il penseroit estre déshonoré»...[575]. Elle ne se consolait pas de «perdre un tel royaume» pour ce dégoût et suggérait d'autres solutions. Élisabeth ne pourrait-elle pas adopter pour héritière une de ses parentes, que le duc d'Anjou épouserait, ou bien encore s'accommoder elle-même du duc d'Alençon? «De luy, il (Alençon) le désire [ce mariage] et il a seize ans passés»; mais voudra-t-elle de ce tout jeune prince, «d'aultant qu'il est petit de (pour) son âge». Elle fit si bien qu'elle ramena le duc d'Anjou et s'empressa de l'annoncer à l'ambassadeur (18 février 1571). C'était un succès de conséquence; il coupait court à un projet de mariage entre Élisabeth et le fils de Jeanne d'Albret, qu'à défaut de don Carlos, de don Sébastien et de Philippe II elle destinait à sa fille Marguerite. Henri de Navarre était le chef du parti protestant et il serait roi à la mort de sa mère. D'un coup, Catherine gagnerait deux couronnes[576].

[Note 575: ][(retour) ] Lettre du 2 février 1571, Supplément à la Correspondance, t. VII, p. 179.

[Note 576: ][(retour) ] Sur le mariage français et les dispositions vraies ou feintes d'Élisabeth, voir dans les Mémoires et instructions pour les ambassadeurs ou Lettres et négociations de Walsingham, ministre et secrétaire d'État sous Élisabeth, reine d'Angleterre, trad. de l'anglais, Amsterdam, 1700, une lettre d'Élisabeth du 24 mars 1571, p. 68-72 et passim, et la réponse de Walsingham à lord Burleigh (Robert Cecil), p. 74 sqq.

Mais pour réussir elle avait besoin des huguenots. Or les grands du parti, malgré la paix, restaient distants et défiants. Coligny, la reine de Navarre, les princes s'étaient retirés à La Rochelle; ils avaient décliné l'honneur d'assister aux épousailles de Charles IX à Mézières avec l'archiduchesse d'Autriche, Élisabeth (26 novembre 1570). L'Amiral dénonçait avec sa rudesse habituelle les crimes des catholiques et réclamait l'application de l'Édit «non seulement en paroles mais principalement en effect». Comme Catherine affectait de se plaindre de ses exagérations et de son humeur, il répliquait: «Je vous supply très humblement de ne dire que ce sont de mes opinions ou que je menace le Roy». Le maréchal de Cossé avait été mal accueilli à La Rochelle, où il était allé faire à Jeanne d'Albret des ouvertures de mariage.