Charles IX chargea son ambassadeur à Constantinople (11 mai 1572) d'informer le Grand-Seigneur qu'il ferait partir vers la fin du mois «une armée de mer de douze ou quinze mil hommes... soubz prétexte de garder mes havres et costes des déprédations, mais en effect en intention de tenir le Roy catholique en cervelle et donner hardiesse à ces gueulx des Païs-Bas de se remuer et entreprendre, ainsi qu'ils ont faict aiant jà prins toute la Zélande et bien esbranlée la Holande....» «Toutes mes fantaisies, déclarait-il fièrement, sont bandées pour m'opposer à la grandeur des Espagnols...[587].» Quelques jours après, Ludovic de Nassau sortait secrètement de Paris, muni d'une lettre de créance où Charles IX avouait son entreprise; il parut subitement avec une troupe de huguenots devant Mons et Valenciennes, qui lui ouvrirent leurs portes.

[Note 585: ][(retour) ] Abel Desjardins, Charles IX. Deux années de règne, 1570-1572, 1873, p. 35-37.--Cf. Négociations, III, p. 713, 3 octobre 1571.

[Note 586: ][(retour) ] Le traité dans Du Mont, Corps diplomatique, t. V, 1re partie, p. 211-215.

[Note 587: ][(retour) ] Marquis de Noailles, Henri de Valois et la Pologne en 1572, Paris 1867, t. I, p. 9, note I.--Cf. Baguenault de Puchesse, Jean de Morvillier, 1869, p. 253.

Catherine était perplexe. Elle ne savait que résoudre en cette alternative également périlleuse de rompre avec Philippe II ou avec les protestants. «La Royne fluctue entre paix et guerre, dit Tavannes, crainte de civile la penche à l'étrangère; comme femme, elle veut et ne veut pas, change d'advis et rechange en un instant»[588]. Elle attendait l'inspiration du succès.

Malheureusement pour les huguenots, Valenciennes fut presque aussitôt perdue que prise, et les Espagnols bloquèrent dans Mons Ludovic de Nassau et ses compagnons. Ces échecs lui dictèrent son parti. Le jeune Roi lui-même, impressionnable et mobile, craignait de s'engager plus avant, et il défendit à l'Amiral de conduire lui-même des renforts aux assiégés. Probablement sous la dictée de sa mère, il écrivit à M. de Vulcob, son ambassadeur en Autriche, une lettre (16 juin 1572) où il qualifiait l'agression de Ludovic de Nassau de «malheureuses entreprises» et louait le «juste jugement de Dieu envers ceulx qui s'eslèvent contre l'auctorité de leur prynce»[589], désaveu indigne qui devait, par la voie de Vienne, parvenir à Madrid, et dégager, s'il en était besoin, sa responsabilité. «Ici, écrivait Petrucci le 4 juillet, on discute s'il y a lieu de porter la guerre en Flandre ou non. Beaucoup la préconisent et la voudraient, mais le Roi et la Reine ne veulent pas, parce qu'ils sont déjà fatigués des tambours et des trompettes»[590]. Le 3 juillet, Catherine écrivait au pape que son fils ne ferait la guerre à Philippe II que «contreint par force»[591].

[Note 588: ][(retour) ] Mémoires de Tavannes, éd. Buchon, p. 419.

[Note 589: ][(retour) ] Lettres, t. IV, p. 104, note 1.

[Note 590: ][(retour) ] Desjardins, Négociations diplomatiques, t. III, p. 788.

[Note 591: ][(retour) ] Lettres, t. IV, p. 106.