[Note 625: ][(retour) ] Mémoires de Marguerite, éd. Guessard, p. 14.
[Note 626: ][(retour) ] Sur cette négociation on peut voir les Mémoires de Jean Choisnin, un des secrétaires de Monluc, éd. Buchon, Panthéon littéraire, p. 677 sqq., et Marquis de Noailles, Henri de Valois et la Pologne en 1572, t. I et II, 1867.
[Note 627: ][(retour) ] Lettres de Catherine de Médicis, t. IV, Introd., p. CLVI sqq, CLXII sqq.
[Note 628: ][(retour) ] Charles IX a-t-il donné à son frère l'ordre d'abandonner le siège de La Rochelle? ce n'est pas sûr. Dans sa lettre du 1er juin, aussitôt qu'il eût appris «la promotion» du duc d'Anjou au trône de Pologne, il lui ordonna de faire partir «le plus tôt que faire se pourra» 4 000 Gascons qui étaient «demandés», probablement par les Polonais contre les Turcs, et de se préparer lui-même à partir. Rien de plus. Mais Catherine ajoute dans la lettre qui accompagne celle du Roi: «Le Roi vous mande son intention, en cas que vous auriez pris La Rochelle par force ou par composition; à quoy je vous prie vous resouldre et prendre cette seureté de moi...» (Lettres, t. IV, p. 227 et note 1). N'était-ce pas engager le duc d'Anjou, s'il ne pouvait prendre La Rochelle, à conclure avec les Rochellois un accord dont elle prenait la responsabilité?
C'était un nouveau répit laissé au parti protestant. Après la Saint-Barthélemy, qu'il ne pouvait oublier ni pardonner, il eût été prudent, quoique inhumain, de le réduire à l'impuissance. Mais Catherine n'était pas capable d'un effort suivi. Elle négligea, pour une œuvre de magnificence ou d'union familiale, les cruelles obligations de son crime. Maintenant elle dissuadait le duc d'Anjou de tout excès de zèle catholique. Un jésuite, le Père Edmond Auger, célèbre prédicateur et confesseur, avait pris un grand ascendant sur le jeune prince. «Donné vous guarde, écrivait-elle à son fils, de mestre Aymont, le jésuiste, car yl escript partout que vous avé promis de aystirper tous ceulx qui ont jeamès ayté hugenos, et qu'i le set (qu'il le sait) come seluy qui s'et meslé de vostre comsense (conscience). Ces bruis là font gren mal à toutes les afeyres qui cet présentet (se présentent)»[629] (30 mai 1573). Très enthousiaste de son dessein de Pologne, elle en avait causé en mars avec le maréchal de Tavannes et se fâchait que le «bonhomme» soutint que le royaume de Pologne «est désert et ne veault rien, n'est si grent que l'on dist et que les jeans sont brutaulx». Elle affirmait au contraire «qu'y (ils) sont bien sivils et jeans de bon entendement et que c'et un bon et grent royaume qui a toujours sant (cent) cinquante mils chevauls pour faire cet qu'il veut».--«Yl faut voir», reprenait Tavannes.--Sa vraie raison, expliquait Catherine au duc d'Anjou, c'est qu'il ne voulait pas le suivre et s'en aller «or (hors) de son fumier»[630]. Elle était fort en colère contre le cardinal de Lorraine, qui ne se pressait pas de lui faire avoir du Clergé de France trois cent mille francs, dont elle avait besoin. Et même n'avait-il pas osé lui dire que, tout en accordant ce subside, «en darière (par derrière) l'on dyst que c'et un grent argent qui s'en va hors de Franse....» «Encore, remarquait-elle aigrement, ne sortira-t-i pas tent d'argent qu'il (le Cardinal) a fest [sortir] pour le royaume d'Écosse». En comparaison de plus de dix millions dépensés là-bas, qu'était-ce que la somme qu'elle réclamait et pour un si grand résultat? Car «c'est jouindre une couronne à jeamès alla Franse, et pour le plus pour troys milions de francs pour une foys, et le trafic et les comodités que cet réyaume [de France] enn auré (aurait) qui profiteront plus que vint millions par an et que c'et, aultre (outre) sela, la grandeur de cette couronne et la ruyne de ceulx qui nous ont voulu ruyner»[631].
[Note 629: ][(retour) ] Catherine au roi de Pologne, 30 mai 1573, Lettres, t. IV, p. 225.
[Note 630: ][(retour) ] 15 mars 1573, Lettres, IV, p. 181. Tavannes mourut en juin.
[Note 631: ][(retour) ] 30 mai, au roi de Pologne, ibid., t. IV, p. 225.
Ce noir projet contre la couronne de France, c'était en l'espèce le refus de Philippe II de marier avantageusement le duc d'Anjou et la compétition d'un archiduc autrichien au trône de Pologne. La politique extérieure de Catherine a toujours un caractère personnel et maternel. Mais elle triomphait trop de l'élection, comme si le nouveau roi était capable de fonder à l'Est de l'Europe une dynastie française, pour prendre à revers les Habsbourg de Vienne. Ses rêves de grandeur reposaient sur un être d'imagination. Elle croyait que son fils serait un grand souverain, comme elle l'estimait un grand capitaine, parce qu'elle l'idolâtrait. En réalité, son héros était surtout occupé d'intrigues de Cour et d'intrigues de cœur, et n'avait ni énergie d'homme, ni ambition de roi. Mais elle, aveuglée par la tendresse, s'attachait uniquement à sauvegarder ses intérêts et son avenir. Elle avait laissé tomber les négociations avec Guillaume de Nassau qui offrait à Charles IX de l'aider à conquérir et à mettre sous son obéissance tous les Pays-Bas, sauf les provinces de Hollande et Zélande, qui resteraient libres, sous sa protection d'ailleurs, à condition qu'il rétablît la paix religieuse dans son royaume[632]. Elle les reprit pour calmer les ressentiments de l'Allemagne protestante et assurer au duc d'Anjou un libre et sûr passage jusqu'en Pologne. Le Duc aurait bien voulu se dédire, tant la France avait d'attraits, mais le Roi, son frère, heureux de se débarrasser de lui, l'avait pressé, aussitôt qu'il sut la nouvelle de son élection, de rejoindre au plus tôt ses sujets, dont il était «désiré et attendu avecques très grande affection». La Reine-mère tâchait de stimuler son orgueil. «... Je vous ay trop montré, lui écrivait-elle, que je vous aime mieux où vous pouvez acquérir réputation et grandeur que de vous voyr auprès de moy, encore que ce me soit un grand contentement, mais je ne suis pas de ces mères qui n'ayment leurs enfans que pour eulx, car je vous ayme pour vous voir et désirer le premier en grandeurs et honneur et réputation...»[633] Le bruit courut que les Guise complotaient d'empêcher le départ de celui qu'on regardait comme le chef du parti catholique. Charles IX ne fut que plus impatient de pousser son frère hors du royaume. Il l'accompagna aussi loin qu'il put et ne s'arrêta qu'à Vitry, où la maladie l'obligea de s'aliter. Il mit tant d'affectation dans ses adieux que les spectateurs sentirent le contentement sous les plaintes et les cris[634]. Catherine, qui, voyant l'état du Roi décliner, commençait peut-être à regretter le succès de sa diplomatie, suivit le duc d'Anjou jusqu'à l'extrémité de la Lorraine, à Blamont, où elle avait donné rendez-vous à Ludovic de Nassau et au duc Christophe, fils de l'Électeur palatin, pour débattre avec eux les conditions d'un accord entre l'Allemagne protestante et la France (29 novembre-3 décembre).
[Note 632: ][(retour) ] Groen van Prinsterer, t. IV, p. 44 sqq. Projet rédigé par Ludovic de Nassau et Schomberg, le 27 mars 1573, et amendé par Guillaume de Nassau, ibid., p. 116.