Tout enfant, elle avait la réputation d'être dépensière et libérale. Ses appétits de magnificence s'ajoutant aux charges du gouvernement et des guerres civiles, le trésor, à la mort de Charles IX, était vide, et toute la matière imposable imposée. Inquiète de la détresse de l'État, elle recommanda à Henri III de regarder de très près à ses finances, mais Henri III aima mieux suivre son exemple que ses conseils. Elle n'était pas meilleure ménagère de ses propres revenus[798]. Elle ne savait rien refuser à qui la sollicitait et, par exemple, faisait don d'une coupe de bois à un gentilhomme qu'elle ne pouvait gratifier d'un secours d'argent. Longtemps l'abbé de Plainpied, son intendant, s'efforça de contenir les profusions de cette mère prodigue, mais, lui mort, elle cessa de compter. Elle avait près d'elle des nains et des naines, comme les autres souverains, mais ce que seule elle faisait, à ce qu'il semble, c'était d'entretenir des gouverneurs, des gouvernantes, un aumônier pour ces êtres disgraciés, de les marier à grands frais et de leur faire des cadeaux, quand ils allaient à confesse.
Elle empruntait à tous les taux l'argent nécessaire à ses fantaisies, à son luxe, à ses besoins, et, cette ressource même lui manquant, elle engageait d'avance ses revenus, et payait irrégulièrement ou ne payait pas les gages des officiers de sa maison et de ses dames. A sa mort elle devait huit cent mille écus, environ vingt millions de notre temps, et n'avait pas un sol. Elle riait de ses embarras, disant à ses financiers «qu'il falloit louer Dieu du tout et trouver de quoy vivre»[799]. C'est à peu près le mot qu'on prête à son grand-oncle, Léon X: «Godiamo il papato, poiche Dio ci l'ha dato» (Jouissons de la papauté, puisque Dieu nous l'a donnée).
[Note 798: ][(retour) ] Bouchot, p. 147: Le livre de comptes de Cl. de Beaune.--Cf. p. 149 et la cause des dépenses p. 151.
[Note 799: ][(retour) ]: L'abbé Chevalier, Debtes et créanciers de la Royne mère, Techener, 1862, p. XLIII. En 1588, elle avait dévoré les revenus de 1589 et devait un an de gages à ses serviteurs.
CHAPITRE VIII
LES DÉBUTS DE LA DYARCHIE
Assurément elle a pleuré Charles IX, et, comme elle dit, elle a pensé «crever» quand il lui dit adieu, et la pria de l'embrasser une dernière fois[800]. Mais le lendemain, elle écrivait au nouveau roi, cet autre fils encore plus chéri: «Si je vous venois à perdre, je me feroys enterrer avec vous toute en vie». Elle le pressait de revenir immédiatement de Pologne: «...Je meurs d'ennuy de vous revoir,... car vous sçavez combien je vous aime, et quant je pense que ne bougerez jamais plus d'avec nous, cela me fait prendre tout en patience». Elle se promettait de cette réunion «joye et contentement sur contentement»[801].
[Note 800: ][(retour) ] Lettres, IV, p. 310, 31 mai 1574.
[Note 801: ][(retour) ] Ibid., p. 311-312.