[Note 1070: ][(retour) ] Mémoires du vicomte de Turenne, depuis duc de Bouillon, 1565-1586, publiés pour la Société de l'Histoire de France par le comte Baguenault de Puchesse, 1901, p. 147.

[Note 1071: ][(retour) ] Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, p. 199.

D'Aubigné, l'historien-poète, veut, lui, que la reine de Navarre et son entourage aient provoqué la prise d'armes. Henri III, le médisant Henri III, se serait plu à colporter l'histoire amoureuse de la Cour de Nérac, et les dames, pour se venger du diffamateur, auraient excité contre lui leurs maris et leurs amants[1072]. Mais si le ressentiment des femmes a fait battre les hommes de meilleur cœur, il y avait longtemps qu'ils en avaient «envie».

Marguerite aurait eu une raison de plus de détester le Roi, son frère, s'il est vrai, comme le rapporte l'agent florentin, Renieri, souvent bien informé, qu'il ait écrit à son mari que Turenne la «caressait»[1073]. Mais elle se défend dans ses Mémoires, avec beaucoup de vraisemblance, d'avoir voulu la rupture; elle a fait de son mieux pour réconcilier son mari et le maréchal de Biron; elle a remontré au Conseil de Navarre tous les dangers d'une agression, et, d'autre part, averti le Roi son frère et la Reine-mère de l'aigreur croissante des réformés. Si Catherine avait douté de Marguerite, elle ne l'aurait pas appelée à l'aide pour rétablir la paix. «Faictes luy congnoistre (à votre mari) le tort qu'il se faict et mettez peine de rhabiller cette faulte qui est bien lourde»[1074] (21 avril 1580).

[Note 1072: ][(retour) ] D'Aubigné, Histoire universelle, publiée pour la Société de l'Histoire de France par de Ruble, t. V, p. 383-384.

[Note 1073: ][(retour) ] «... Che Turenne chiava sua moglie». Caressait est un euphémisme, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, p. 320. Henri III n'était pas incapable de cette dénonciation. En tout cas, au début de la guerre, Turenne laissa la lieutenance de la Guyenne, qui le retenait près du roi de Navarre, et prit de son plein gré, du moins il le laisse entendre, le gouvernement du Haut-Languedoc, pour avoir tout le mérite ou assumer la responsabilité de ce qu'il ferait. Il ajoute: «J'avois outre cela un sujet qui me convioit à m'éloigner dudict Roy pour m'esloigner des passions qui tirent nos ames et nos corps après ce qui ne leur porte que honte et dommage.» Mémoires, p. 149. Il avoue la passion et se fait un mérite de l'avoir fuie. N'oublions pas qu'il écrit en sa vieillesse pour l'édification de ses enfants.

[Note 1074: ][(retour) ] Lettres de Catherine, t. VII, p. 254.

Le roi de Navarre, qui savait mieux que personne les sentiments de sa femme, lui écrivait le 10 avril, quelques jours avant la déclaration de guerre: «Ce m'est un regret estresme qu'au lieu du contentement que je desirois vous donner... il faille tout le contraire et qu'aïez ce desplaisir de voir ma condition réduicte à un tel malheur»[1075]. Parlerait-il ainsi à une complice et pouvait-il signifier plus clairement qu'il entrait en campagne malgré lui et malgré elle? De la prétendue cause passionnelle de la prise d'armes, il convient de ne retenir que le nom pittoresque de guerre des Amoureux.

Catherine fut outrée de cette révolte qui récompensait si mal sa longanimité. «Le Roy, écrivait-elle à son gendre, quelle occasion vous donne-[t]-il de ce faire? Il vous demande que luy observiez ce que luy avez promis et juré et de quoy avez esté tous contens, car ce n'est pas une loy ny commandement qu'il vous ait faict par la puissance que Dieu luy a donnée sur tous estans ses subjects.... mais c'est bien paix et traicté faict et disputté comme de per à per» (de pair à pair). Elle ne voulait pas croire que Dieu l'eût assez «abandonné» pour avoir commandé la prise d'armes.... «Je ne croyray jamais qu'estant sorty d'une si noble race (les Bourbons), vouliez estre le chef et général des brigands, voleurs et malfaicteurs de ce royaulme.» Il fallait «remettre les choses comme la raison le veult... et faire exécuter ce que le Roy vous mande.... affin que ce pauvre royaume demeure en repos et qu'il n'y ait occasion de dire que l'avez troublé». Les formules de politesse: «Et vous prie, pour l'amour que je vous porte, excuser ce que je vous dis....»; «Je prie Dieu qu'il vous le fasse bien prendre» n'enlevaient rien à la vigueur de la leçon[1076].

[Note 1075: ][(retour) ] Lettres missives de Henri IV, t. I, p. 528.