Elle abandonna la «sambue», sorte de selle en forme de fauteuil où les dames étaient assises de côté, les pieds appuyés sur une planchette, mais ne pouvaient aller qu'à l'amble, et elle introduisit l'usage, qu'elle avait déjà peut-être pratiqué en Italie, de monter à cheval comme les amazones d'aujourd'hui, le pied gauche à l'étrier et la jambe droite fixée à la corne de l'arçon[82]. Elle pouvait ainsi courir du même train que les hommes et les suivre partout. François Ier, grand chasseur, appréciait fort cette enragée chevaucheuse, que les chutes ne décourageaient pas. Elle ne renonça qu'à soixante ans à ce plaisir dangereux[83].

[Note 82: ][(retour) ] Cependant Brantôme rapporte que Catherine avait appris à monter en amazone de la duchesse douairière de Lorraine, Christine de Danemark, c'est-à-dire après sa venue en France. Éd. Lalanne, t. IX. p 621.

[Note 83: ][(retour) ] En 1545, dans une chasse au cerf, la haquenée qu'elle montait s'emballa et se précipita dans une cabane dont le toit était très bas. Elle fut désarçonnée et se blessa au côté droit. En 1563, elle tomba de cheval au sortir du château de Gaillon et se fit à la tête une blessure si profonde qu'il fallut la trépaner. Bernardino de Médicis, ambassadeur florentin, à Côme Ier 29 avril 1545. Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. III p. 158.--Lettre de Charles IX du 19 septembre 1563 et du cardinal de Lorraine du 2 octobre, dans Additions aux Mémoires de Castelnau, éd. Le Laboureur, 1731, t. II, p. 288-289.

Sa vive intelligence, à défaut de ses habitudes de complaisance, lui rendait facile de s'adapter aux goûts lettrés de cette Cour. Elle avait très bien appris le français que d'ailleurs elle écrivit toujours en une orthographe très personnelle et elle le parlait non sans une pointe d'accent exotique, dont elle ne parvint jamais à se débarrasser.

Il n'y a pas dans ses lettres une citation, une phrase latine[84]. Au lieu de l'expression courante in cauda venenum, elle emploie la forme française «en la queue gist le venyn». Ce n'est pas d'ailleurs la preuve qu'elle ignorât le latin[85]. Elle savait du grec. En 1544, l'ambassadeur de Côme, Bernardino de Médicis, bon lettré et l'un des fondateurs de l'Académie Florentine, écrivait qu'elle possédait cette langue «à stupéfier tout homme» (che fa stupire ogni uomo). Même en admettant que ce compatriote de la Dauphine, qui était aussi son arrière-petit-cousin à la mode de Bretagne, ait un peu exagéré, il doit y avoir dans cet éloge une part de vérité. Avait-elle commencé à étudier le grec en Italie? Bernardino ne le dit pas. Elle a bien pu l'apprendre en France où elle était depuis dix ans. Il est probable qu'elle eut pour maître notre grand helléniste Danès[86].

[Note 84: ][(retour) ] Une seule fois, elle aurait cité une phrase latine, mais c'est un verset de l'Évangile.

[Note 85: ][(retour) ] Elle le comprenait assurément. Voir ci-dessous, p. 103, note 2.

[Note 86: ][(retour) ] L'ambassadeur ne nomme pas Danès. Il dit simplement que des dix hommes très lettrés qui vont se réunir pour arrêter les articles à présenter au Concile de Trente, l'un est le maître de la Dauphine (Desjardins, III, p. 140, déc. 1544). Or nous savons d'autre part que Danès fut envoyé à ce Concile par François Ier et qu'il s'y distingua comme orateur. Voir Abel Lefranc, Hist. du Collège de France, Paris, 1893, p. 172. L'identification paraît donc légitime.

Un fait qui paraît bien établi, c'est sa culture scientifique. Elle est, dit François de Billon, dans Le Fort inexpugnable de l'Honneur du sexe féminin, 1555, réputée pour sa «science mathématique». Ronsard célèbre aussi en images poétiques «le comble de son savoir»:

Quelle dame a la pratique