[Note 366: ][(retour) ] Février 1562, Lettres, I, p. 614; Louis Paris, Négociations, p. 849.

Pour détourner Navarre de prendre parti contre elle, elle recommandait ses intérêts à l'ambassadeur de France à Madrid et sollicitait de Philippe II plus vivement que jamais, cette entrevue où elle se croyait sûre de le convaincre. Irritée de l'opposition où s'acharnait le Parlement contre l'Édit de janvier, elle galopa jusqu'à Paris et força l'enregistrement (6 mars). C'était six jours après le massacre de Vassy.

Les triumvirs s'étaient donné rendez-vous à Paris pour décider ou obliger la Régente à revenir sur ses concessions. Le duc de Guise, parti de son château de Joinville, s'arrêta le dimanche 1er mars à Vassy pour y entendre la messe. Quelques-uns de ses gens se prirent de querelle avec les réformés de la ville et des environs, qui tenaient leur prêche dans une grange près de l'église. Ils appelèrent à l'aide leurs compagnons, assaillirent en armes l'assemblée des fidèles, frappèrent et tuèrent[367]. Cette échauffourée sanglante fut célébrée par les catholiques à l'égal d'une victoire. Le Connétable alla au-devant de Guise jusqu'à Nanteuil[368]. Paris, où il entra le 16 mars, le salua de ses acclamations[369]. Le prévôt des marchands lui offrit, au nom de la ville vingt mille hommes et six millions de livres, pour rétablir la paix religieuse, c'est-à-dire l'unité. Le Duc répondit modestement que c'était l'affaire de la Reine-mère et du roi de Navarre, lieutenant général du royaume, et «qu'en sa qualité de sujet du roi, il mettait son honneur à leur obéir»[370]. Les protestants armèrent pour se défendre et se venger. Des centaines de gentilshommes rejoignirent à Paris le prince de Condé, qui, depuis la défection de son frère, était regardé comme le chef du parti. Bèze courut à Saint-Germain demander justice des massacreurs. Le roi de Navarre, avec l'ardeur d'un néophyte, imputa le fait de Vassy à l'insolence des religionnaires, mais la Reine «fit gratieuse response promettant que bonnes informations seroient prises et que pourvu qu'on se contînt on pourvoiroit à tout»[371]. Elle nomma gouverneur de Paris le cardinal de Bourbon, qui, frère du roi de Navarre et du prince de Condé, devait inspirer confiance aux deux partis. Le Cardinal réunit les présidents au Parlement et, sur leur avis, décida que Guise et Condé seraient priés de s'éloigner. Mais «les habitans, mesmement (surtout) les marchands» requirent les triumvirs «de n'abandonner la dite ville», et Guise et Montmorency restèrent[372]. Quelques jours après, Condé, qui appréhendait de livrer bataille dans les rues à cette population fanatique, partit avec ses troupes.

[Note 367: ][(retour) ] Sur le massacre, voir Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 58-59.--Lavisse, Le massacre fait à Vassy dans les Grandes Scènes historiques du xvie siècle... de Tortorel et Perrissin, publiées par Franklin, Paris, 1886.

[Note 368: ][(retour) ] Mémoires du duc de Guise, Michaud et Poujoulat, t. VI, p. 489.

[Note 369: ][(retour) ] Journal de l'année 1562, Revue rétrospective ou Bibliothèque historique, 1re série, t. V (1834), p. 86-87.

[Note 370: ][(retour) ] De Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. IV, p. 119.

[Note 371: ][(retour) ] Histoire ecclésiastique, II, p. 3.

[Note 372: ][(retour) ] Mémoires du duc de Guise, Michaud et Poujoulat, t. VI, p. 489.

Il aurait dû marcher sur Fontainebleau, où se trouvait la Cour, enlever le Roi et la Reine et, les conduisant dans son camp, y transporter la légalité. Il ne lui vint même pas à l'esprit de rester dans le voisinage pour les défendre contre une agression des triumvirs. Les quatre lettres que Catherine lui écrivit du 16 au 26 mars le lui signifiaient assez clairement[373]. «Je n'oublyeray jamais, dit-elle dans l'une, ce que ferez pour le Roy mon filz et moy»[374]. «Je voy tant de choses qui me déplaisent, écrit-elle dans une autre, que, si ce n'estoit la fiance que j'ay en Dieu et asseurance en vous que m'ayderez à conserver ce royaume et le service du Roy mon fils, en despit de ceulx qui veullent tout perdre, je seroys encore plus faschée, mais j'espère que nous remédirons bien à tout avec vostre bon conseil et ayde...»[375] Et dans une troisième: «Je n'oublyeray jamais, disait-elle, ce que faictes pour moy et si je meurs avant avoir le moyen de le pouvoir recongnoistre, comme j'en ay la voulonté, j'en lairray une instruction à mes enffans»[376]. Plus tard elle avouait que lorsque le Prince, à son départ de Paris, lui avait, de La Ferté, demandé la permission «pour sa seureté», de rester en armes, elle lui avait répondu qu'elle ne le trouvait «mauvés pourveu qu'y (il) ne fallit à set (se) desarmer» quand elle le lui manderait[377]. Condé manqua de décision ou voulut éviter jusqu'à l'apparence de la contrainte. Il abandonna la capitale et ne mit pas la main sur Charles IX, oubliant que la prise du Roi ou de Paris est, comme dit Tavannes, la moitié de la victoire.