[Note 380: ][(retour) ] 15 avril 1562, Bulletin de la Société du Protestantisme français, XXIV, 1875, p. 507.
[Note 381: ][(retour) ] Le duc de Wurtemberg à la Reine-mère, 16 mai, Mémoires de Condé, III, 286. La lettre de Catherine du 17 avril à laquelle il répond ne dit rien de semblable (ibid. 283). Catherine vient d'apprendre à ses dépens le danger des écritures et elle se garderait bien de se compromettre à nouveau. Mais il n'est pas douteux qu'elle a fait donner au Duc oralement les assurances qu'il répète et probablement dans les mêmes termes où Courtelary les lui a transmises.
La réaction s'annonça par un privilège octroyé à la ville de Paris. Le 11 avril, le Roi, tout en confirmant l'Édit de janvier, interdit par une dérogation formelle les prêches, assemblées publiques ou privées, et administration des sacrements, si ce n'est à la mode catholique, dans les faubourgs et la banlieue de la capitale. Après que Catherine eut fait ce premier pas en arrière, les triumvirs lui délivrèrent un certificat d'orthodoxie qu'elle s'empressa d'expédier à Philippe II (16 avril)[382]. Le 12 mai, elle sortit de Paris et alla s'établir en son château de Monceaux.
[Note 382: ][(retour) ] Lettres, I, p. 296-297.
Libre de ses mouvements, elle ne désespérait pas de maintenir la paix. C'était avoir une foi robuste en ses moyens. À Sens, à Angers, à Tours et en d'autres grandes villes, la populace catholique avait renouvelé l'exploit de Vassy; la «grande lèvrière», comme on disait, donnait la chasse aux hérétiques avec un entrain furieux[383]. De leur côté, les bandes huguenotes assaillaient les places fortes et quelquefois rendaient violence pour violence. Condé, avec quelques centaines de gentilshommes, avait enlevé Orléans, pour ainsi dire au galop (2 avril). Ses lieutenants occupèrent Angers, Tours, Blois, tout le cours moyen de la Loire. Dans la vallée du Rhône, le baron des Adrets surprit Valence le 27 avril et, trois jours après, Lyon, la seconde ville du royaume. Le prestige des triumvirs était atteint par ces échecs. Catherine n'en était que plus à l'aise pour négocier. Elle n'aimait pas la guerre qui donne aux chefs militaires trop d'importance. Elle expédia à Orléans, devenue la capitale du parti protestant, des ambassadeurs de tout état: gens de robe, gens d'épée, gens d'Église, Arthus de Cossé, sieur de Gonnor, l'abbé de Saint Jehan de Laon, le maréchal de Vieilleville, le sieur de Villars--et son fidèle Monluc, l'évêque de Valence, qui, pour rester plus longtemps dans la ville, contrefit si bien le malade que le bruit courut qu'il était mort. Mais il y perdit sa peine. Catherine voulait supprimer partout le libre exercice du culte réformé que Condé voulait maintenir là où il était autorisé par l'Édit de janvier. C'étaient des exigences inconciliables.
[Note 383: ][(retour) ] Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 63-64.
Elle se mit elle-même en campagne et donna rendez-vous au Prince à Toury (9 juin)[384]. Gênée peut-être par la présence du roi de Navarre, en qui elle pouvait craindre un surveillant, elle se montra, contre son naturel, violente et agressive. Elle parla même d'excepter de l'amnistie les magistrats rebelles. Comme Condé témoignait une grande confiance en ses troupes, elle riposta sur un ton de menace: «Puisque vous vous fiez à vos forces, nous vous montrerons les nôtres». On se sépara sans avoir rien fait. Cependant l'opinion s'établissait que la présence des triumvirs à la tête de l'armée catholique était le grand obstacle à la paix. Condé offrit à son frère, s'ils s'éloignaient, de se livrer lui-même en otage à la Reine: condition qui fut de part et d'autre exécutée. Mais quand, à Talcy, où les chefs protestants allèrent la trouver (29 ou 30 juin), elle leur signifia qu'il fallait renoncer à l'Édit de janvier et au libre exercice du culte, Coligny, au nom de tous, protesta. La Reine s'emporta et reprocha au Prince de l'avoir trompée sur les dispositions de ses partisans. «Ha! mon cousin, vous m'affolez, vous me ruinez»[385]. Avait-elle pu croire que les huguenots se livreraient à merci? Même s'ils avaient eu pleine confiance en son bon vouloir, ils pouvaient douter de sa puissance et se défier de la pression des chefs catholiques et de la fureur des masses. Elle estimait probablement que la capitulation sans réserves d'un parti serait glorieuse pour elle et lui donnerait la force d'imposer un compromis à l'autre. C'était toujours au rôle de médiatrice et d'arbitre qu'elle en revenait. Mais était-il possible de faire la loi aux belligérants avant qu'ils fussent épuisés par la lutte? Le passé ne permettait pas de le croire. Toutefois il est certain que la Régente, comme on le vit après ces premiers troubles, n'avait pas l'intention de désarmer les protestants pour les donner en proie aux catholiques.
[Note 384: ][(retour) ] Sur cette entrevue et celles qui suivirent, voir de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. IV, p. 244, ou Edmond Cabié, Ambassade en Espagne de Jean Ébrard, seigneur de Saint-Sulpice, de 1562 à 1565.., Albi, 1903, p. 44 sq., note 1.
[Note 385: ][(retour) ] De Ruble, t. IV, p. 263.
Alors, dans son grand désir de pacification, elle s'avisa d'un moyen qui n'était pas ordinaire. Sachant la répugnance de Condé à «entrer en guerre contre sa propre nation», elle lui fit suggérer par Monluc de faire paraître ses sentiments «par toutes belles offres et beaux effets», comme de déclarer, à la première entrevue qu'elle aurait avec lui, qu'il aimait mieux sortir du royaume «avec ses amis» que de le «voir.... exposé au feu et au sang». Monluc laissait entendre que la Reine, surprise de cette générosité, «ne sauroit que respondre» et se montrerait d'autant plus facile sur les conditions d'un accord. Aussi, quand Condé revit Catherine, il se dit résigné à l'exil, s'il le fallait absolument pour épargner au pays les malheurs de la guerre. Elle le prit au mot et sur-le-champ lui donna congé de vivre hors de France jusqu'à la majorité du roi. Mais l'Amiral, que son expérience et son caractère égalaient presque à Louis de Bourbon, ne crut pas que l'armée fût liée par l'imprudence de son chef. Il consulta les soldats qui, tout d'une voix, répondirent «que la terre de France les avoit engendrez et qu'elle leur serviroit de sépulture»[386]. Ainsi finit cette comédie à l'italienne.