A Richmond, le 25 d'octobre 1605.

A Monsieur et frère Monsieur le Dauphin.

Le 13, vendredi, à Saint-Germain.—A deux heures la marquise de Verneuil s'en retourne[262].

Le 16, lundi.—Il s'amuse à voir travailler les maçons qui raccoustroient son âtre, est toujours parmi eux; il arrive un joueur de musette poitevin; il l'écoute assez longtemps, attentivement et comme immobile, puis dit tout à coup: Qu'il s'en aille, allez jouer à la grande salle.

Le 17, mardi.—Il vient en ma chambre, où il demande le livre des oiseaux, puis me demande son livre rouge; c'étoit l'histoire de la paix de Matthieu, donné par M. de Vic, ambassadeur, de la part de l'auteur; il le remporte lui-même en sa chambre.

Le 18, mercredi.—Je lui dis qu'il iroit au-devant de papa, au bâtiment neuf; il répond: Ho! ho! je veux pas aller au bâtiment neuf, il tombe tout; quand la gelée viendra tout tombera; il en avoit ouï parler entre nous; il écoutoit tout, et tout ce qu'il entendoit lui demeuroit en l'entendement. A onze heures mené au-devant du Roi sur les terrasses, il le rencontre à la descente qui va au Neptune; le Roi descend de cheval, le baise, l'embrasse. Ramené au vieux château et dîné avec le Roi, à midi.—M. de Lorme, premier médecin de la Reine, baise les mains au Dauphin de la part de M. de Lorraine, avec Janv
1606 commandement de lui dire qu'il lui faisoit faire deux canons; il demande: Sont-ils grands?

Le 19, jeudi, à Saint-Germain.—Il va chez le Roi, qui le mène au jardin; dîné avec le Roi.—M. de Loménie lui donne un petit gentilhomme fort bien habillé d'un collet parfumé, enrichi de broderie d'or, les chausses à bande de même; il le peigne, et dit: Je le veux marier à la poupée de Madame.—Mené chez Mme la comtesse de Moret, où il se piqua un peu au bout du doigt, en coupant des cartes avec les ciseaux de Mme de Montglat.

Le 20, vendredi.—Mené au Roi, et, à neuf heures, déjeûné avec lui; il se fait porter aux fenêtres où le Roi étoit allé pour voir courir un lièvre devant la meute des chiens courants que le prince de Galles avoit envoyée à M. le Dauphin. Le Roi part pour aller à la chasse.—Un honnête homme donna quatre piques de Biscaye, non ferrées, au Roi; le Roi en donne trois à M. le Dauphin, lui disant: «Il y en a une pour vous, donnez-en une à féfé Chevalier et l'autre à féfé Verneuil.» Étant en sa chambre, M. de Souvré lui dit: «Monsieur, je m'en vais à Paris; me voulez-vous commander quelque chose?»—Faites-moi accommoder ma pique.—«Monsieur, comment? Voulez-vous qu'elle pique, qu'elle tue, qu'elle égratigne? Comment la voulez-vous?»—Je veux pas que la mienne tue, mais je veux qu'elle pique, et je veux pas que celles de féfé Chevalier et de féfé Vaneuil tuent, et qu'elles ne piquent, et qu'elles n'égratignent; mettez y un clou au bout.—Le Roi revient de la chasse, le Dauphin se trouve à son dîner, fort gentil, obéissant, craignant et respectueux du Roi. Le Roi part pour s'en retourner à Paris à deux heures trois quarts.

Le 22, dimanche.—Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, voyez que Madame a les cheveux beaux et blonds pour ce qu'elle se laisse bien peigner;» il répond: Les noirs sont les plus beaux, puis me dit: Allez, allez écrire en votre registre ce que j'ai dit de mes cheveux.

Janv
1606