Le 8, dimanche.—Il aide à faire son lit comme s'il eût été le garçon de la chambre[261], veut seul porter et rapporter toutes les pièces, sur sa tête ou sur son épaule.—Mme de Montglat le fait écrire à son fils:
Petit Montglat, voyez de ma part monsieur le grand-duc, mon oncle, et madame la grande-duchesse, ma tante, et leur dites que je leur baise très-humblement les mains et que je suis leur très-humble serviteur. Venez-moi servir à mon baptême et amenez-moi un beau cheval pour courir la bague, et soyez bien sage, et je serai votre bon petit maître. Adieu, petit Montglat. Votre bon petit maître,
Daulphin.
Le 9, lundi.—Il va à la salle du bal, danse toutes sortes de danses; on en rit de le voir si joliment faire, il cesse la danse incontinent, fâché, et dit: Je veux pas qu'on rie, je veux pas donner du plaisir, et ne voulut plus danser.
Le 10, mardi.—Il vient des violons de la noce d'un Janv
1606 de ses cuisiniers; il leur commande de jouer, et les écoute si attentivement qu'il demeuroit immobile. M. Birat, pour le faire jouer, lui dit: «Monsieur, ce matin il est venu en ma chambre une bête si grande, si grande.» Il lui demanda en souriant: Étoit-elle plus grande que vous? A dîner on fait le conte ci-dessus mis de M. Birat; il se retourne en souriant, et me demande: L'avez-vous mis en votre registre?
Le 12, jeudi.—Le sieur Thomas Parry, ancien ambassadeur d'Angleterre, lequel conduisoit le sieur Georges Kerry, ambassadeur demeurant en sa place, présente à M. le Dauphin une lettre de la part de M. le prince de Galles, disant, lui ayant tous deux baisé la main, que, venant prendre congé de lui et lui amenant celui qui entroit en sa place pour lui baiser bien humblement les mains, il avoit aussi charge de lui présenter une lettre de M. le prince de Galles. Il la prend, et ne voulut jamais entendre à autre chose qu'ayant lui-même rompu le cachet, il n'eût vu ce qui étoit dedans. On lui demande qui il vouloit qui lui lût la lettre, il répond: Je veux que ce soit moucheu Hérouard. Il me la baille, et en présence des ambassadeurs, de M. de Souvré, qui les étoit venu conduire, je la lus. En voici la teneur, écrite et signée de sa main, et, ce dit-on, de sa façon, le roi d'Angleterre n'ayant pas voulu qu'un autre que lui y mît la main, disant qu'il avoit demeuré assez longtemps à l'école pour la savoir faire, et toutefois que le Roi son frère et non autre repassât dessus [sic]:
Monsieur et frère, ayant entendu que vous commenciez monter à cheval, j'ai creu que vous auriez pour aggréable une meute de petits chiens que je vous envoie pour tesmoigner le desir que j'ay que nous puissions suyvre les traces des Rois noz pères comme en entière et ferme amitié; aussi en ceste sorte d'honneste et louable recreation j'ay supplié le comte de Beaumont, qui retourne par delà, remercier en mon nom le Roy vostre père, et vous aussi, de tant de courtoisies et obligations dont je me sens surchargé, et vous déclarer combien de pouuoir vous avés sur moy, et combien je suis desireux rencontrer Janv
1606 quelque bonne occasion pour monstrer la promptitude de mon affection à vous seruir, et pour ce me remettant à luy, je prie Dieu,
Monsieur et frère, vous donner en santé longue et heureuse vie.
Vostre très-affectionné frère et seruiteur,
Henry.