Le 12, dimanche.—A sept heures levé, vêtu, il aide lui-même à démonter son lit. A une heure il part pour aller à Paris dans la litière de la Reine, va par les bacs, trouve M. de Souvré au Pecq. Goûté à Chatou. Passant le bac de Mars
1606 Neuilly il voyoit Madrid: Hé! dit-il, velà une grande maison qui chemine? M. le prince de Condé, M. de Vendôme, M. le connétable, M. le Grand et grand nombre de noblesse lui viennent au-devant jusque près du port de Neuilly. A quatre heures trois quarts il arrive aux Tuileries, où le Roi l'attendoit qui, l'ayant promené jusques à cinq heures et demie, le mène, par la porte du jardin et la grande galerie, au Louvre. Il va voir la Reine, court à elle qui s'essaye de l'élever pour le baiser[274]; ne pouvant, le Roi l'élève; mené au grand cabinet, où il se joue avec des volants que la Reine lui avoit donnés. Soupé avec le Roi au petit cabinet de la Reine, il s'endormoit, demande congé d'aller en sa chambre, où il est mené à sept heures et demie, sous le cabinet de la Reine.

Le 13, lundi, au Louvre.—A une heure et demie mené par la galerie aux Tuileries, au Roi, qui lui fait voir piquer des chevaux; ramené par le même chemin en sa chambre. Mené chez la Reine à douze heures et un quart, et à deux heures et demie le Roi le fait mettre avec lui en carrosse, à la portière, assis sur un carreau, pour aller vers la reine Marguerite, logée à l'hôtel de Sens, pour la remercier du don qu'elle lui avoit fait. En chemin le Roi lui demande: «Mon fils, aurez-vous pas froid?»—Ho! non, papa, je ne crains point le soleil ni la pluie. Il dit à la reine Marguerite: Maman ma fille, je vous remercie très-humblement du présent que vous m'avez fait, je suis votre très-humble serviteur. Ramené au Louvre à six heures et demie.

Le 14, mardi, au Louvre.—Mené par la galerie au jardin, aux Tuileries, il va à la messe aux Capucins[275]; ramené par le même chemin en la chambre de la Reine, puis en la sienne. A huit heures mené chez le Roi et la Reine, il leur donne le bonsoir.

Mars
1606

Le 15, mercredi, au Louvre.—A sept heures et demie, le Roi vient lui dire adieu, s'en allant assiéger Sedan, y est fort peu, le baise, l'embrasse, lui disant ces mots: «Adieu, mon fils, priez Dieu pour moi, adieu, mon fils, je vous donne ma bénédiction.»—Adieu, papa, répond le Dauphin; il étoit tout étonné et comme interdit de paroles. Soudain Mme de Montglat lui dit s'il veut pas prier Dieu: Oui, Mamanga, et il prie Dieu soudain.—Mené par la galerie aux Tuileries, il joue du palemail sur la terrasse, ne veut point aller à la messe aux Capucins. Mme de Montglat lui dit à l'oreille que le Roi lui a commandé de le mener ouïr la messe aux Capucins; il y va soudain.—Mené chez la Reine, il est logé à la chambre du Roi, aide à porter son bois de lit à la vue de la Reine; Mme de Montglat y fait mettre son lit pour y coucher. Il va seul en la ruelle de la Reine, y voit Mlle de Renouillère qui y dormoit, s'en vient doucement à la Reine, et lui demande: Maman, qui est cette bête-là?

Le 16, jeudi, au Louvre.—Mené jusques à la chapelle de Bourbon[276] pour ouïr la messe, il n'y veut point entrer: Il y fait noir, on n'y voit goutte! Hé! Mamanga, que j'entre pas là dedans! Mené au jardin du Louvre, ramené en sa chambre. A une heure trois quarts mené en la litière de la Reine à l'Arsenal; il ne veut descendre de la litière que M. de Rosny ne y fût arrivé; mené par les galeries des armes sur le rempart, et de là à la Bastille, en la cour, d'où il est salué du haut des tours par M. le comte d'Auvergne, qui lui dit: «Bonsoir, Monsieur, je suis votre très-humble serviteur»; il lui répond: Dieu vous garde, moucheu le comte. Il étoit accompagné de Mme de Montglat, de MM. de Souvré, de Châteauvieux; je y étois. Ramené par le jardin en la salle et au cabinet où, à trois heures et un quart, il fait collation; M. de Rosny lui donne Mars
1606 un canon d'argent. Il demande le nom et l'usage des outils et des parties, s'en veut aller et par le même chemin qu'il étoit entré, ne voulut jamais passer par autre chemin. Ramené à quatre heures et demie, mené à la Reine, puis en sa chambre.

Le 17, vendredi, au Louvre.—Il part en litière à dix heures, accompagné de MM. de Souvré, de Châteauvieux, de Liancourt, va au jardin du Palais par le Pont-Neuf, où il est reçu par M. le premier président, messire Achille de Harlay; il le prie pour une affaire de sa maman Doundoun; M. de Harlay lui promet de n'oublier à le servir, au premier commandement qu'il lui a fait. Monté par le logis dudit sieur président, il est allé à la Sainte-Chapelle, où il entend la messe, baise la vraie croix, demande les noms et les usages de tout ce qu'il voit, passe et repasse porté par le sieur Birat, regarde deçà delà avec gravité et allégresse de tout le monde. Il se trouva des femmes qui se portoient à sa robe pour la baiser. Ramené par le même chemin au Louvre, et à onze heures et demie dîné. Il va chez la Reine, va en la galerie, où il court un renard avec les chiens du Roi.

Le 20, lundi, au Louvre.—Il va chez la Reine, qui partoit pour conduire Mlle Straler, damoiselle flamande, et Gratienne, l'une de ses femmes de chambre, aux Carmélines, où elles s'alloient rendre.—Il écrit au Roi par M. de Vendôme:

Papa, depuis que vous êtes parti, j'ai bien donné du plaisir à maman. J'ai été à la guerre dans sa chambre: Je suis allé reconnoître les ennemis: ils étoient tous en un tas dans la ruelle du lit à maman, où ils dormoient[277]. Je les ai bien éveillés avec mon tambour: J'ai été à votre arsenal, papa: M. de Rosny m'a montré tout plein de belles armes, et tant, tant de gros canons, et puis il m'a donné de bonnes confitures et un petit canon d'argent; il ne me faut qu'un petit cheval pour le tirer. Maman me renvoie demain à Saint-Germain, où je prierai bien Dieu pour vous, papa, afin qu'il vous garde Mars
1606 de tout danger et qu'il me fasse bien sage et la grâce de vous pouvoir bientôt faire très humble service. J'ai fort envie de dormir, papa: Féfé Vendôme vous dira le demeurant, et moi que je suis votre très-humble et très-obéissant fils et serviteur,

Dauphin[278].