Le 21 mars, mardi, au Louvre.—Il va chez la Reine; la reine Marguerite y vient, le prévenant en ce que la Reine le vouloit mener chez elle pour lui dire adieu.
Le 22, mercredi.—Il va chez la Reine, qui lui demande s'il est pas plus aise de s'en retourner à Saint-Germain que de demeurer auprès d'elle; il répond: Oui, froidement, lui dit adieu et, à une heure mis en litière, est parti pour se y en retourner. Arrivé au Pecq, il y trouve Madame, qui lui étoit venue au-devant, accompagnée de M. de Verneuil, la fait mettre avec lui dans la litière, la baise, l'embrasse, la fait asseoir près de lui.
Le 27, lundi, à Saint-Germain.—M. de Souvré; sur l'alarme de ceux qui avoient couru M. de Mansan, l'on fait murer les portes des deux petits ponts[279].
Le 1er avril, samedi, à Saint-Germain.—J'arrive de Paris, il me saute au col; je lui apporte un trompette turc à cheval, qu'il fait manier à courbettes. Il va chez la petite Madame, qu'il aimoit fort, vient en ma chambre, où je lui montre les figures de la Castramétation des Romains par du Choul[280]; il y prend plaisir. L'on parloit Avr
1606 du Roi, qui étoit allé assiéger Sedan; il demande: Mamanga, qui est dedans?—«Monsieur, c'est monsieur de Bouillon.»—Je lui couperai la tête.
Le 2, dimanche, à Saint-Germain.—Il se plaint à Mme de Montglat que l'on ne donne de la bougie à sa maman Doundoun, lesquelles, par ménage, M. de Montglat avoit retranchées aux officiers, encore que il en eût de l'argent du Roi pour les fournir.
Le 5, mercredi.—Sa nourrice parloit d'acheter une maison, mais disoit n'avoir point d'argent; elle lui en demande.—Je n'en ai point, maman, si j'en avois, je vous donnerois tout. Je lui demande qui le lui gardoit; il répond en souriant: C'est moucheu de Rosny.—Mené en carrosse au Pecq pour voir prendre, en la rivière, une oie par le gros barbet de M. de Frontenac, il s'amuse à voir pêcher du poisson, s'en fait donner des petits qu'il met dans la pelle creuse du batelier, où il y avoit de l'eau, fait jeter dans l'eau les plus petits disant: Hé! les pauvres petits! hé! sauvez-les; jettez-les dans la rivière.
Le 6, jeudi.—Il se fait mettre aux fenêtres du préau; il passa un nommé Dumesnil sans le saluer, suivi de son laquais, qui fit de même. Il demande: Qui est cettui-là qui passe sans ôter son chapeau? Bompar, allez arrêter ce laquais! Il y va, l'arrête. L'on disoit derrière M. le Dauphin: «Voilà un homme mal avisé et son laquais aussi»; il crie: Laissez, laissez-le aller, Bompar; il est aussi sot que son maître. M. de Crillon le vient voir pendant son goûter; il ne veut point dire adieu à M. de Crillon; Mme de Montglat l'en tance dans sa petite chambre: Mais, Mamanga, c'est un méchant homme. Je suis brave, moi, je suis furieux, dit-il en faisant les contenances de M. de Crillon[281].—Il fait allumer un feu au coin de la cheminée; l'on dit que c'est le feu de joie pour la prise de Sedan: Non, dit-il; Avr
1606 c'est le feu de joie de la paix, et avec toutes ses femmes de chambre il chante: Vive le Roi, à grosse voix.
Le 10, lundi, à Saint-Germain.—Il va en la chambre de Mme de Montglat, qui avoit pris médecine, s'amuse à un cabinet d'Allemagne, y trouve la chambre du Roi, les cabinets, la salle du bal, la galerie rouge.
Le 11, mardi.—Mme de Vitry lui donne des poules et un renard d'ivoire[282].
Le 12, mercredi.—En se couchant il dit: Mamanga, je veux prier Dieu; Mamanga, c'étoit la nourrice du feu roi Charles qui se levoit toujours matin, et c'étoit qu'elle alloit prier Dieu?