Le 5, vendredi.—Il entend jouer les joueurs de cornemuse du Roi avec attention, et jusqu'au transport; les joueurs de musette jouent pendant son dîner.
Le 7, dimanche.—Mlle Mercier, l'une de ses femmes de chambre, qui l'avoit veillé, étoit encore au lit contre le sien; il se joue à elle, lui fait mettre les jambes en haut, en cornemuse, et des pailles entre les orteils des pieds, puis les y fait remuer comme si elle eût dû jouer de l'épinette; après il dit à sa nourrice qu'elle aille querir des verges pour la fesser, le fait exécuter; puis sa nourrice lui demande: «Monsieur, qu'avez-vous vu à Mercier?» Il répond: J'ai vu son cu, froidement.—«Est-il bien maigre?»—Oui, puis soudain il se reprend: Non, non, il est bien gras.—«Qu'avez-vous vu encore?» Il répond froidement et sans rire qu'il a vu son conin.—Il voit le colonel Berman, du canton de Fribourg, qui avoit emmené un régiment de Suisses pour le siége de Sedan, lui donne sa main à baiser et à ceux de sa compagnie, puis soudain demande son corselet et ses armes complètes, va en la salle du Roi, où il se fait armer de la cuirasse, puis prend sa pique, fait mettre près de lui M. de Verneuil, fait battre le tambour, et marche en garde. A l'arrivée, les Suisses lui firent un petit mot de harangue par la bouche du colonel Berman, qui étoit, en somme, pour lui faire entendre qu'ils étoient venus pour le service du Roi et pour le sien et qu'ils étoient serviteurs du Roi et les siens; le Dauphin, sur cette parole, répondit: Bien. A la salle, avant partir, Mme de Montglat fit porter du vin pour la collation, et dit à l'oreille à M. le Dauphin qu'il falloit qu'il bût à eux; il dit soudain: Mai
1606 Qu'on apporte mon verre; on l'envoie querir, l'on y met un bien peu de vin avec beaucoup d'eau, et il boit à eux; il ne y fait que tâter. Ils en furent fort aises, disant que cette action iroit bien loin.
Le 9, mardi, à Saint-Germain.—Mené au bâtiment neuf, où étoit la mariée du jardinier, qui dansoit au petit jardin du Roi; l'on y vouloit jeter le coq; il le jeta par trois fois en la cour, puis il s'en va en la galerie, où il a dansé en branle où étoit la mariée, dansa la courante et la bourrée avec Mlle de Vendôme.
Le 10, mercredi.—Maître Martin, son peintre, vient pour le peindre, le peint armé de son corselet, sous sa robe de velours cramoisi garnie d'or, l'épée au côté et la pique de la main droite, la tenant droite, la tête couverte de son bonnet de satin blanc, d'enfant, avec une plume blanche; c'est la première fois qu'il ait été ainsi peint. Il se fait donner des couleurs et un pinceau, imite le peintre mêlant ses couleurs, regarde parfois la besogne de son peintre. Il tenoit sa chienne Isabelle, la caressoit, la baisoit, l'appeloit sa mignonne, car il aimoit extrêmement les chiens; il disoit à son peintre qu'il peignit sa chienne auprès de lui. Mlle Mercier lui dit: «Monsieur, il ne faut pas que ceux qui sont armés aient des chiens avec eux;» il répond soudain: Mais ce sera pour prendre les ennemis par les jambes.
Le 11, jeudi.—Il prend en coutume, quand on lui dit quelque chose, de répondre: Je m'en soucie bien.
Le 12, vendredi.—La reine Marguerite le vient voir; il permet à Mme de Montglat d'aller au-devant d'elle, puis il y va, et la salue au milieu de l'allée du jardin qui est sur le fossé, l'emmène voir faire son jardin.
Le 14, dimanche.—Il devient amoureux de la nourrice de la petite Madame; il alloit et revenoit à la chambre de la petite Madame, tout exprès pour la voir en passant, la guignant de l'œil et se souriant.
Le 15, lundi.—Je lui maniois le pouls, lui ayant dit Mai
1606 que je reconnoîtrois s'il étoit amoureux; il me demande: Que fait-il?—«Monsieur, il frétille.» Il se laisse coiffer pour l'amour de la nourrice de Madame sa petite sœur, prend plaisir que l'on lui en parle et que l'on lui demande de qui il est amoureux. A dîner il fait les doux yeux à la nourrice de Madame la petite, fait le honteux et retourne sa face; Mme de Montglat lui dit qu'il ne faut point qu'un amoureux soit honteux.—Il se joue en sa chambre; arrive une femme, revendeuse à Paris, nommée, à ce qu'elle me dit, Opportune Julienne; elle se prend à danser devant, à découvrir ses cuisses bien haut, tantôt l'une et puis l'autre; il regardoit tout cela avec un extrême plaisir, auquel il se laisse transporter, et court après cette femme pour lui soulever la cotte.
Le 18, jeudi.—Il fait porter son écritoire[285] à la salle à manger pour écrire sous Dumont[286], dit: Je pose mon exemple; je m'en vas à l'école; il fait des O, fort bien.
Le 21, dimanche, à Saint-Germain.—M. de Longueville le vient voir, a dîné avec lui.