Le 23, mardi.—On lui dit que M. le connétable venoit pour le voir; le voilà soudain en mauvaise humeur, et il demande d'aller en la salle du bal. M. le connétable y monte; le voilà à crier; enfin apaisé. On lui porte son mousquet, sa bandoulière, et il descend en la basse-cour, puis au jardin, ayant avec lui M. le Chevalier, M. de Verneuil, M. de Montmorency et M. le comte de Lauraguais, armés aussi; il se met à la tête de la compagnie, va chez M. de Frontenac pour être à la collation qui se y faisoit, à cause que M. le connétable tenoit à baptême un sien fils[287] avec Mlle de Vendôme. M. le connétable Mai
1606 prend congé de lui, s'en allant en Languedoc; M. de Montmorency prend aussi congé de lui.

Le 24 mai, mercredi, à Saint-Germain.—Mlle Value, Mlle Prévost-Biron, Mlle Gillette[288], maîtresse du feu maréchal de Biron, assistent à son goûter.

Le 26, vendredi.—Arrive M. de Vaudemont, qui baise la main du Dauphin en la chambre du Roi.

Le 27, samedi.—M. et Mme de Montpensier viennent voir le Dauphin; il leur fait bonne chère.—On lui demande si l'Infante est pas sa maîtresse, il dit: Non, c'est la nourrice à ma petite sœur, et de fait l'ayant rencontrée, il lui sauta au col et la baisa.

Le 30, mardi.—M. le cardinal de Joyeuse arrive, auquel il donne sa main à baiser.—A huit heures trois quarts, il avoit envie de dormir, et toutefois il lui prend une humeur de s'armer, se fait mettre son corselet, prend sa pique pour se faire mettre en sentinelle par Hindret, son joueur de luth, qui étoit le caporal. Je lui demandai s'il seroit longtemps, il répond: Deux heures. C'étoit l'heure des sentinelles de la garnison qu'il avoit apprise, car il savoit toutes les fonctions d'un soldat. L'on ne sut jamais le dissuader de cette action; il y est quelque temps, et n'en voulut jamais partir qu'il ne fût relevé, se promenant la pique haute.

Le 1er juin, jeudi, à Saint-Germain.—Il récite les quatre premiers quatrains de M. de Pibrac, qu'il savoit, comme s'il eût récité une comédie; M. le Chevalier en faisoit autant, puis M. de Verneuil.

Le 3, samedi.—Mme de Montglat le tance et lui arrache son tablier, qu'il tenoit à la bouche; le voilà en colère. Il la bat sur la main; elle ne disoit mot; il se retourne Juin
1606 et lui rue des coups de pied, tant que voyant deux maçons qui travailloient à faire l'enceinte de la chapelle, l'un avec un balai l'autre avec une hotte, il se jette à genoux: Hé! Mamanga, pardonnez-moi! Cependant les maçons prennent le petit laquais de M. de Mansan et l'emportent dans la hotte, le mettent dans la chapelle. Hé! Mamanga, parlez pour lui!

Le 4, dimanche.—Il se joue à une petite fontaine faite dans un verre, qui lui venoit d'être donnée par les verriers de la verrerie de Saint-Germain-des-Prés, s'amuse à une vaisselle de poterie où il y avoit des serpents et des lézards représentés[289], y faisoit mettre de l'eau pour les représenter mouvants.—Il appelle Hindret, son joueur de luth, Boileau, son violon, et un soldat qui jouoit de la mandore, et lui, prenant un luth, dit: Faisons la musique; il les fait ranger tous autour de lui, au chevet de son lit; il pinçoit son luth comme s'il eût joué avec intelligence. Il aimoit extrêmement la musique.

Le 5, lundi.—M. le marquis de Rainel, revenant de Hongrie, le vient voir; il lui disoit: «Monsieur, me ferez-vous pas un jour grand maître de votre artillerie?» Le Dauphin ne répondant point, M. de Ventelet lui dit: «Monsieur, c'est M. le marquis de Rainel qui vous prie de le faire un jour grand maître de votre artillerie, le ferez-vous pas?» Il répond: Je le veux bien. J'entendois tout cela, et lui demandai: «Monsieur, vous plaît-il que j'enregistre cette promesse que vous avez faite à M. de Rainel, dans mon registre?»—Oui! oui!—Mené au palemail, il fait démasquer la nourrice de la petite Madame, lui disant: Démasquez-vous, je vous veux baiser.

Le 6, mardi.—Il frotte le derrière de son oreille, en rapporte une ordure qu'il met en sa bouche, comme il faisoit souvent, et celles du nez, qu'il avaloit; Mme de Montglat l'en reprend, il répond: Quoi! est-ce du poison? Juin
1606 Il va en la chambre de la petite Madame, en baise la nourrice à la bouche, aux yeux, au front, au nez, aux tétons, avec transport, disant: Je vous baiserai toujours. Il en étoit amoureux par inclination.