Le 24, lundi.—Il se ressouvient d'avoir ouï parler sur Juil
1606 le jour[303] du sentinelle [sic] et de ce qui lui étoit arrivé la nuit précédente, et ayant entendu de quelques-uns que c'étoit un esprit, il dit: Si j'eusse été sentinelle, je l'eusse tué cet esprit.
Le 25, mardi, à Saint-Germain.—On lui demande s'il est pas bien fâché de ce que M. le Chevalier s'en étoit allé (on l'avoit transporté au vieux château, à cause de la petite vérole qu'il avoit, sans fièvre); il répond: Non. Il s'amuse à faire des dessins avec du charbon, (représentant) des forges et des grottes.
Le 26, mercredi.—Il voit ses femmes s'en aller à la messe, y veut aller, y va; c'étoit le prêtre qui nourrissoit les petits oiseaux du Roi [qui la disoit]. Il fait quelque dessin; il avoit l'imagination du dessin de fontaine qu'il avoit fait en papier le soir précédent. Il s'amuse à voir faire un modèle de fontaine de terre de potier par M. Hindret, son joueur de luth. Il faisoit une journée froide comme en plein hiver et grand vent du nord; il y avoit plus de six semaines que la constitution de l'air étoit comme d'hiver.
Le 27, jeudi.—A souper il mange gaiement, et dit: Je sens la senteur des lapins qui sont dans ce fossé. Je lui dis: «Mais, Monsieur, ce ne sont pas des lapins, la fenêtre est fermée».—Je sais pas, mais je sens quéque chose qui pue; je pense c'est c'homme qui vouloit passer et qui potoit cette boîte; je pense qu'il est dans ce fossé.—«Monsieur, que sentoit cette boîte?»—Elle sentoit le safran.
Le 28, vendredi.—Il se fait mettre son corselet, son épée à sa ceinture, en écharpe, prend sa pique et se fait mettre en sentinelle par Descluseaux, soldat aux gardes, qui avoit accoutumé de le faire jouer et qu'il appeloit son mignon; mais il ne vouloit pas qu'il fût assis à table avec lui, pource que, disoit-il, il est pas gentilhomme.
Juil
1606
Le 29, samedi, à Saint-Germain.—Il est fouetté le matin, et prie Mme de Montglat de n'en rien dire. Il va au cabinet, où il regarde donner le fouet à Bigneux, page de Mme de Montglat, crie trois fois: Fouettez fort; soudain le cœur lui grossit, et il eut envie d'en pleurer, mais pour assurer sa contenance il se print à rire; il avoit beaucoup de peine à s'en garder. Mené au parterre et à la coudraie, il court, va aux vignes pour cueillir du verjus; montant la demi-lune, il m'aperçoit entrer au parterre pour monter par le degré par où, les jours précédents, voulut passer l'homme à la boîte. M. Birat le portoit; il s'avance et, avec soin et crainte que j'eusse du mal, rougit disant: Moucheu Hérouard, moucheu Hérouard, passez pas par là, c'est par où cet homme a passé; il me le dit plusieurs fois.
Le 30 juillet, dimanche.—Il donnoit de son pain à son petit chien; Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, il ne faut pas donner du pain aux chiens, il le faut donner aux pauvres.»—Les chiens sont-ils riches?—A neuf heures et demie dévêtu, pissé, il dit: Velà comme pisse papa; il montroit tout le ventre. Mis au lit, il parle de l'Orphée de la fontaine, qui joue de la lyre. Je lui demande de quoi étoient faites les cordes. Il répond: D'airain, ce qui étoit vrai. Je commençai à lui raconter qui étoit Orphée, comme il jouoit bien de la lyre, ce qu'il enseignoit aux hommes. Je lui représente la figure de la lyre antique; je lui dis que, après sa mort, sa lyre fut mise au ciel parmi les autres, il demande: Y a t'i point de violon?
Le 31, lundi.—Il va en la chambre de Mlle de Vendôme, qui étoit au lit, fait déboutonner les boutons à queue qui le tenoient ferme, disant: Déboutonnez tout; sœu-sœu n'a point de plaisir. Il va en la chambre de sa nourrice qui étoit au lit, lui saute au col, lui donne des coups de poing sur les joues par caresses, disant: Je t'aime tant que je te veux tuer, en mâchant sa grosse langue Juil
1606 comme il avoit accoutumé de faire quand il faisoit quelque chose avec grande ardeur.
Le 3 août, jeudi, à Saint-Germain.—En se couchant il dit à Mme de Montglat: Mamanga, me donnez pas le fouet demain matin[304]; elle lui répond: «Monsieur, je vous ai promis que vous ne l'aurez point.»—Ho! je sais bien que si; vous me fairez dire mes quadrains et puis vous direz: Ça troussons ce cu.