Le 4, vendredi, à Saint-Germain.—Ramené au vieux château, tambour battant à l'esquadre[305] de la compagnie, lui à la tête, ayant son haussecol.

Le 7, lundi.—Il se fait donner une enseigne de pierreries et de diamants que la Reine avoit baillée à mettre à son chapeau, s'en joue disant: Velà qui pèse neuf livres. Je lui dis qu'elle ne pesoit pas tant, et qu'il falloit envoyer querir les balances de M. Guérin, son apothicaire. Il répond: Oui, oui, Pierre (c'étoit le valet de chambre de M. de Ventelet). Venez ici, allez dire à Guérin qu'il m'appote ses petites balances pour peser mon enseigne, puis il me dit: Il pensera que c'est mon enseigne quand j'entre en garde. On lui met une petite coiffe de toile pour lui ôter le bonnet d'enfant et lui donner le chapeau. Je lui dis: «Monsieur, maintenant que l'on vous ôte le bonnet, vous ne serez plus enfant, vous commencerez à devenir homme; il ne faudra plus faire l'enfant.» Il m'écoute, et dit: Ho! je n'ai garde.—Il va au bâtiment neuf, entre dedans pour y voir les chambres tendues pour y recevoir Mme la duchesse de Mantoue.

Le 8, mardi.—Sur les deux heures, il vient au pied de la vis, où il se tenoit pour le frais[306], et pour y entendre Août
1606 une défense que Mme de Montglat fit faire à son de trompe par Thomas le suisse et proclamée par Hugues Rabouyn, huissier de salle, par laquelle, de par le Roi et Monseigneur le Dauphin, il étoit enjoint à toutes personnes, de quelque qualité, condition ou nation que ce fût, de n'avoir à faire leurs ordures dans l'enclos du château, sinon aux lieux destinés pour ce faire, à peine d'un quart d'écu d'amende applicable: une moitié aux pauvres et l'autre au dénonciateur des infracteurs, ou, à faute de ne la pouvoir payer, de tenir prison au pain et à l'eau par l'espace de vingt et quatre heures. Il y avoit en ce temps ici de la peste à Paris et autres lieux circonvoisins. Après le souper Mlle d'Agre surprend le Dauphin pissant contre la muraille de la chambre basse où il étoit: «Ha! Monsieur, dit-elle, je vous y prends! Vous payerez un quart d'écu;» il se trouve surpris, rougit, ne sait que dire, se reconnoissant avoir contrevenu.

Le 9, mercredi.—L'on vient dire que le Roi arrivoit, il va en la cour, où le Roi arrive de Paris, pour le voir, court au-devant, lui saute au col. Il va au palemail, par le petit pont avec le Roi et un peu auparavant, en la salle du conseil, arriva Don Ferdinand de Gonzague, fils puîné du duc de Mantoue et chevalier de Malte, son cousin germain. Le Roi le lui fait accoler, puis ils vont au palemail, où il joue de grands coups jusques à la chapelle[307], où il entend la messe avec le Roi. Dîné avec le Roi; peu après il a dansé les branles et autres danses, puis il s'arme de son corselet et de sa pique, fait armer sa compagnie; M. le Chevalier étoit le capitaine; M. de Verneuil marchoit avec lui. Il va en la cour, fait les exercices en la présence du Roi; à la fin M. le Chevalier porta au Roi un papier où étoient les noms des soldats de la compagnie pour le supplier de Août
1606 faire ordonner le payement; le sieur de Saint-Aubin-Montglat[308] se trouva là: le Roi lui bailla le papier, disant: «Tenez, monsieur le commissaire, faites-leur faire la monstre» (il étoit homme réputé pour être fort avaricieux). Le Roi dit à M. le Chevalier qu'ils seroient payés comme ils serviroient, puis, les voyant en bataille, il leur dit qu'il ne falloit qu'un balai de verges pour faire fuir toute cette compagnie[309]; à ces mots M. le Dauphin regarde de côté, se souriant et rougissant. Le Roi s'en va au bâtiment neuf, M. le Dauphin retourne en sa chambre; il presse son goûter pour aller trouver le Roi, qui montroit le bâtiment neuf au sieur don Ferdinand de Gonzague. Le Roi part pour s'en retourner à Paris à quatre heures et trois quarts.

Le 10, jeudi, à Saint-Germain.—Je lui demande: «Monsieur, qui a été le premier, la poule ou l'œuf?» il répond: La poule, après avoir tant soit peu songé. Je lui dis que je l'allois écrire en mon registre.

Le 12, samedi.—Il dit ses quatrains de Pibrac, en dit quinze, et ses sentences; et en l'une, où il y avoit: «Celui qui contient sa langue est sage,» il ajoute, du sien et de son mouvement: Celui donc qui la lâche est fou.—A quatre heures mené en carrosse, au bâtiment neuf, pour y attendre la Reine, qui y arriva à quatre heures trois quarts, menant Mme la duchesse de Mantoue, à laquelle il fit grandes caresses; elle lui donna une écharpe de gaze d'or et d'argent, où pendoit un poignard garni à l'antique, et le lui mit au col. Il va en la galerie, où il court, joue au palemail et envoie querir ses armes aux vieux château, s'arme et toute sa compagnie, fait à l'accoutumée. A six heures et demie, la Reine part pour s'en retourner à Paris; les dames italiennes le baisèrent. Un quart d'heure Août
1606 après, le Roi arrive, revenant de la chasse, le baise, l'embrasse; à sept heures soupé avec le Roi. Pendant qu'il mangeoit le Roi lui demandoit s'il lui vouloit donner à coucher, et lui dit: «Si vous ne me couchez avec vous, je coucherai avec maman Doundoun.»

Le 13, dimanche, à Saint-Germain.—On lui remet son bonnet par le commandement de la Reine, qui lui fit ôter sa coiffe à son arrivée. Mené au bâtiment neuf, au Roi, qui le mène à la chapelle, puis aux grottes de Neptune et d'Orphée. Ramené, il ne se veut point asseoir pour dîner que M. de Vendôme ne fût venu de chez le Roi, qui dînoit ayant en sa compagnie le sieur don Ferdinand de Gonzague, le prince d'Anhalt, M. de Bouillon et M. de Montbazon; enfin il se met à table sans vouloir manger tant que M. de Vendôme arrive: c'étoit par jalousie de ce qu'il ne y dînoit pas. A onze heures le Roi s'en retourne à Paris.

Le 16, mercredi.—Il fait assembler, entre les deux portes de la chambre et de la salle, tous ceux qu'il connoissoit savoir chanter et jouer des instruments, et leur commande de faire la musique; il étoit dans sa chambre, qui les écoutoit à travers la tapisserie avec transport.

Le 17, jeudi.—Il accommode son écritoire, la porte en sa chambre, disant qu'il veut étudier; Dumont, clerc de sa chapelle, lui apprenoit à lire et à écrire[310].

Le 20, dimanche.—Le sieur Francesco.....[311], peintre du sieur don Ferdinand, puîné de M. le duc de Mantoue, le pourtrait de son long; il s'amuse aussi à peindre et fait, dit-il, Mistaudin, petit garçon qui servoit le fils de M. de Liancourt, premier écuyer[312].