Le 4, mercredi.—Il va courant jusqu'en la chambre de M. de Guise pour donner le bonjour au Roi, qui s'en alloit à la chasse. Mené chez le Roi au retour de la chasse.

Le 5, jeudi.—Il va au jardin des canaux, est ramené avec le Roi, qu'il ne veut point quitter pour dîner avec lui.

Le 6, vendredi.—Mené au grand canal où étoit le Roi qui se promenoit sur la chaussée, parlant à un capitaine espagnol tout seul; Mme de Montglat le lui dit, il répond: S'il vouloit faire mal à papa, je le battrois bien.—Dîné avec le Roi; il prend plaisir à ouïr maître Guillaume.—Mené chez le Roi et la Reine au cabinet, il s'amuse à faire des châteaux de cartes; M. de Verneuil lui demande: «Mon maître, cette maison est-elle à vous?»—Non, je n'en ai point, elle est à papa.—«J'en ai une, moi.»—Qui est-elle?—«Verneuil.»—Vous êtes un menteur, elle est pas à vous, elle est à votre maman.—Soupé Oct
1606 avec le Roi qui lui fit servir de la viande; il voulut demander au Roi du poisson[344], le Roi lui dit un peu brusquement qu'il l'envoyeroit souper en sa chambre s'il ne mangeoit sa viande; il se tut tout court et ne demanda plus rien, et mangea du mouton bouilli (deux nœuds de la queue).

Le 7, samedi, à Fontainebleau.—Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, vous pleurerez bien quand vous ne serez plus avec moi et que vous irez avec M. de Souvré.» Il lui répond: Mamanga, ne parlons point de cela.—Il va avec la Reine au devant du Roi revenant de la chasse.

Le 8, dimanche.—Il va au jardin des canaux, puis en celui où étoient les gazels (sic), les fait courir et son chien après eux. Dîné avec le Roi.

Le 9, lundi.—La Reine le mène en son carrosse jusques à la route de Moret, pensant rencontrer le Roi revenant de la chasse.

Le 10, mardi.—Mis en carrosse avec LL. MM. pour aller aux toiles, hors de la forêt, au commencement du chemin de Melun. Il voit prendre quinze ou seize sangliers.

Le 13, vendredi.—Le Roi venoit de jouer et avoit perdu, et le baisant lui dit: «Mon fils je viens de jouer tout votre bien.»—Excusez-moi, papa, il n'est pas à moi, il est à vous, papa. Il va donner le bonsoir à LL. MM. puis revient en sa chambre où il se joue encore, fait prendre à Boileau, son violon, un petit fagot de paille entre les jambes, chantant: «Vous ne me sauriez bouteur, bouter, etc.;» lui, avec le flambeau, le suit partout et y mit le feu par deux fois.

Le 14, samedi.—Mené au lever de la Reine et de là en carrosse pour aller trouver le Roi au grand canal, il le rencontre en chemin; le Roi le ramène et le mène au parterre du Tibre, où, par les sentiers des compartiments, Oct
1606 le Roi court après lui, faisant semblant de lui vouloir prendre son chapeau sur la tête, puis il court après le Roi qui se laisse surprendre.—A six heures et demie soupé; il y avoit un page de la chambre auquel il demanda: Comment vous appelez-vous?—«Monsieur, je m'appelle Des Ars.»—Vous êtes donc un arc? il vous faut attacher une corde au nez et au bout des jambes, et puis y mettre une flèche et tirer. Il dit d'un autre page de la chambre qui se nommoit Racan[345]: Mamanga, velà l'arc en ciel, pour ce qu'il tournoit le nom en son entendement imaginant Arcan, et ajoutoit ciel en sa petite fantaisie; il avoit et se plaisoit à des pareilles rencontres.

Le 15, dimanche, à Fontainebleau.—A neuf heures et demie déjeûné. Il flatte Mme de Montglat, lui baise les mains, la robe, lui saute au col; c'étoit instruction, non de son naturel. Dîné avec le Roi. A six heures et demie soupé; il demande à un page de la Reine qui étoit Italien: Comment vous appelez-vous?—«Monsieur, je m'appelle Pettrousse[346].»—Vous appelez donc Troussepet, dit-il soudain.