Le 24, dimanche, à Cély.—A dix heures et demie il dit qu'il a faim; je lui demande s'il vouloit pas dîner: Non, dit-il, je veux attendre papa. Le Roi arriva à onze heures et demie; dîné avec le Roi. Il va en sa chambre, où le Roi se joue à lui. A deux heures et demie parti de Cély en carrosse, avec le Roi qui le mène à Fleury; amené au moulinet du canal. A quatre heures le Roi part pour aller à la chasse, et le Dauphin à Fontainebleau; il arrive à six heures et un quart, va chez la Reine, est ramené en sa chambre qui regarde l'étang, vers la grande galerie.
Le 25, lundi, à Fontainebleau.—A neuf heures mené à la chapelle, puis au jardin de la Reine; monté en la chambre du Roi et de la Reine, puis à onze heures il va dîner avec le Roi en sa chambre. Il ne veut point de betterave, y ayant tâté; le Roi lui donne du fenouil vert, il dit qu'il le plantera dans son jardin. Il va chez la Reine, puis en sa chambre, à une heure se met à la fenêtre du cabinet, commande aux laquais: Ne faites point de mal à cette femme, qui puisoit de l'eau, se ressouvenant y avoir vu jeter une femme dans la fontaine par les laquais, au dernier voyage[337]. A quatre heures et demie mené au grand canal, puis au jardin des canaux, il va voir l'autruche puis les gazelles; il s'amuse autour de l'eau, voit les ombres dans l'eau de ceux qui étoient à Sept
1606 l'opposite avoir la tête dedans et les pieds en haut, et dit: Hé! velà les antipodes! Ramené à six heures, il rencontre le Roi qui le ramène en la chambre de la Reine et souper avec lui.
Le 26, mardi, à Fontainebleau.—Il va par le long du canal de l'étang au grand jardin, s'amuse à la fontaine du Tibre à faire donner et arrêter l'eau. Mené chez la Reine lui donner le bonjour, puis retourné en sa chambre. Amusé jusqu'à trois heures et demie à peindre, ayant fait apporter des couleurs.—M. de Sillery, garde des sceaux, le vient voir.
Le 27, mercredi.—Mené à neuf heures trois quarts au jardin des canaux où il trouve le Roi, il lui donne le bonjour et se y joue jusqu'à dix heures et un quart. Ramené par le grand jardin à la messe, puis chez la Reine. Il lui donne le bonjour et, à onze heures et trois quarts, en sa chambre, dîné.
Le 28, jeudi.—Se jouant avec un fouet de postillon, il le va passer sur de la fumée de genièvre et dit: C'est parce qu'il vient de Paris, je le passe pardessus le feu. La peste étoit à Paris.—M. de Souvré le vient voir et lui dit: «Monsieur, vous aurez aujourd'hui cinq ans, il ne faut plus être opiniâtre;» il répond gaiement et souriant: J'ai tout laissé à Saint-Germain, dans mon cabinet des armes.—A midi dîné en la salle du bal avec le Roi.
Le 29, vendredi.—Mené au jardin des canaux, où le Roi faisoit pêcher des truites. Il va chez la Reine, s'amuse à écrire disant: Je ferai bien d'un o un a, et il le faisoit.
Le 30, samedi.—Il prie Dieu, dit ses quatrains de Pibrac et, à celui où il y a que Dieu, d'un souffle de sa bouche, nous peut emporter, Mme de Montglat lui remontre que, s'il n'étoit sage, que Dieu l'emporteroit bien loin, d'un coup de son souffle. Eh! dit-il, je m'en retournerois dans le ventre à maman.—Le Roi lui donne un barbet, il demande: Papa, que sait-il faire? Comment s'appelle-t-il? le Roi lui répond: «Il s'appelle Lion.» Il Sept
1606 l'embrasse et le baise. Mme de Montglat l'en reprend et lui dit qu'il ne faut point de chiens, qu'il est si laid.—J'aime, dit-il, tout ce qui vient de papa.—Soupé avec le Roi. Il va avec le Roi en la chambre de la Reine, laquelle lui donne deux pièces de monnoie d'or; ramené en sa chambre, querelle pour ces pièces d'or entre Mme de Montglat et sa nourrice, lui bien empêché pour les contenter toutes deux; et ses larmes et cris voyant pleurer sa nourrice[sic]; enfin apaisé[338].
Le 1er octobre, dimanche, à Fontainebleau.—Mené au jardin des canaux, au Roi, où M. de Vitry emmena la meute de chiens que le prince de Galles avoit, depuis quelques mois, envoyée à M. le Dauphin[339]; le Roi lui demande: «Mon fils, que lui envoyerez-vous en récompense de ces chiens?»—De petits chevaux, mais que ma petite jument les ait faits.—Il vouloit aller au rut avec le Roi et la Reine; il en est diverti, est mené au chenil.—Mené au cabinet de la Reine, où il s'amuse à jouer aux cartes, au hoc; le petit More[340] l'appelle coquin, il lui jette ses cartes au visage.
Le 2, lundi.—A neuf heures déjeuné; M. de Lesdiguières y étoit présent qui lui promet des armes de Milan. Mené au jardin des canaux, Ange Cappel, sieur du Luat, lui fait la révérence, lui dit qu'il est son très-humble serviteur; le Dauphin l'ayant vu un peu retiré dit: Mamanga, il ressemble à maître Guillaume[341], le voyant chauve et la barbe rase[342]. La Reine le mène en carrosse Oct
1606 dans la forêt au devant du Roi qui étoit allé à la chasse du chevreuil.
Le 3, mardi, à Fontainebleau.—Éveillé à une heure après minuit, en sursaut, avec un cri haut extrêmement, et effroyable. Sa nourrice et Mlle de Ventelet vont à lui, demandant ce qu'il avoit: Hé! c'est que papa s'en va sans moi, pleurant et fondant en larmes; hé! je veux aller avec papa, attendez-moi, papa! Il le songeoit et s'en éveille; il aimoit fort et craignoit le Roi; il se rendort à peine ayant le cœur saisi. Éveillé à sept heures, sa nourrice lui a demandé: «Monsieur, qu'aviez à songer et à crier cette nuit?»—Doundoun, c'est que je songeois que j'étois à la chasse avec papa, j'ai vu un grand, grand loup qui vouloit manger papa et un autre qui me vouloit manger, et j'ai tiré mon épée, puis je les ai tués tous deux[343].—A huit heures trois quarts dévêtu. On lui a lavé les jambes dans de l'eau tiède, au bassin de la Reine; c'est la première fois.